Plusieurs blocs sciés issus du site géologique de Mibladen, près de Midelt, qui a été vandalisé, ont été récupérés et sont désormais conservés en sécurité à la délégation du ministère de l’Énergie et des Mines de Midelt. L’annonce est de Moussa Masrour, professeur retraité de paléontologie et de biostratigraphie, qui a conduit une mission d’évaluation des dégâts sur place à la demande du président de l’université Ibn Zohr. «Une bonne nouvelle au cœur d’une mauvaise situation», résume-t-il.

«À la demande du président de l’université Ibn Zohr, j’ai effectué une mission à Midelt afin de constater les dégâts causés par la dégradation d’un important bloc rocheux contenant des empreintes de ptérosaures. J’étais accompagné, lors de cette mission, par Mohamed Beraouz de la Faculté des sciences appliquées d’Aït Melloul», raconte-t-il.
La visite du site s’est déroulée en présence de plusieurs représentants des autorités locales, ainsi que de Ben Youssef Aït Lemkadem, président de l’Association du Géoparc Ayachi-Mouasker, qui a coordonné cette mission avec le gouverneur de la province de Midelt.
«La bonne nouvelle réside dans le fait que mon frère, Aissa Masrour, et son collègue Mustapha El Abouyi, de l’université de Meknès, ont découvert, lors d’une sortie pédagogique, plusieurs blocs sciés et abandonnés sur le site. Ils m’ont immédiatement transmis des photographies», poursuit-il.
C’est ainsi que Moussa Masrour a contacté sans délai le délégué du ministère de l’Énergie et des Mines afin qu’il se rende sur place pour les récupérer. Celui-ci est intervenu rapidement. Ces blocs sont désormais conservés en sécurité à la délégation du ministère à Midelt.
Mais la satisfaction a été de courte durée. L’état de ces blocs témoigne de l’ampleur des dégâts. Les morceaux de la dalle portant les empreintes de dinosaures et de ptérosaures ont été brisés. «Les photos attestent que les empreintes de ptérosaures ont subi des dégradations considérables. Les auteurs ont brisé le bloc pour extraire les empreintes de dinosaures, réduisant la surface à l’état de débris», décrit Moussa Masrour.
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Les vandales avaient cherché à détacher un morceau précis pour s’emparer des deux empreintes de théropodes. Une partie désormais perdue à jamais, qui contenait également plusieurs empreintes de ptérosaures.

L’histoire scientifique de Mibladen commence en 2016. Une équipe internationale se constitue autour du site, associant des chercheurs marocains des universités de Settat, d’El Jadida et de Fès avec des homologues allemands, polonais et français. Le lieu n’était alors guère connu en dehors d’un cercle restreint de spécialistes. Les premières fouilles et relevés changent rapidement la donne. Les chercheurs y identifient des empreintes de dinosaures, de crocodiles, de tortues, des fossiles d’invertébrés et de poissons. Mais c’est la découverte d’une surface couverte d’empreintes de ptérosaures qui confère au site son statut exceptionnel.
Les ptérosaures sont les premiers vertébrés à avoir conquis les airs. Apparus au Trias supérieur, il y a environ 228 millions d’années, ils ont dominé les cieux du Mésozoïque avant de disparaître à la fin du Crétacé, en même temps que les dinosaures non aviens. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, ils ne sont pas des dinosaures. Ce sont des reptiles volants d’un groupe distinct. Leurs traces fossiles sont rares. Les empreintes préservant à la fois les pattes antérieures et postérieures le sont encore davantage.
C’est précisément ce que Mibladen avait livré. Environ une dizaine d’empreintes de ptérosaures ont été identifiées sur deux blocs de grès sableux rougeâtre et ocre. Le bloc principal concentrait des pistes de deux mètres de long avec six empreintes de mains et six de pieds, des paires main-pied et des empreintes isolées. Les empreintes de pieds mesuraient en moyenne 9,7 centimètres de longueur, celles des mains 9,2 centimètres. Leur morphologie, avec un pied en forme de U aux bords latéraux quasi-parallèles, distinguait ces traces de la quasi-totalité des ichnoespèces connues de ptérosaures. Le premier article scientifique est publié en 2017, un second en 2018.
En mai 2026, les résultats d’une étude menée conjointement par une équipe maroco-espagnole, dans le cadre de recherches conduites fin 2024, sont publiés à leur tour. Ces travaux établissent que les empreintes de Mibladen présentent des similitudes morphométriques et stratigraphiques avec des ichnofossiles découverts en Corée du Sud, en Chine et en Espagne, attestant d’une large distribution géographique des ptérosaures au Crétacé moyen. Les analyses suggèrent que leur auteur probable appartient à la superfamille des Azhdarchoidea, un groupe qui regroupe certains des plus grands ptérosaures connus.
Comment en est-on arrivé là?
En octobre 2024, Moussa Masrour accompagne une longue mission de terrain conduite par le professeur Félix Pérez-Lorente, de l’université de La Rioja en Espagne. L’équipe étudie plusieurs sites géologiques majeurs, d’abord près de Demnate, puis dans la région d’Imilchil, avant de clôturer la mission par l’examen du site de Mibladen. Deux jours entiers sont consacrés à la dalle. Des mesures précises sont relevées, des centaines de photographies prises, en vue d’établir une carte détaillée et une reconstitution en trois dimensions des empreintes.
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Quelques mois plus tard, les chercheurs s’aperçoivent qu’il manque certaines images pour compléter l’analyse. Un collègue de l’université de Meknès, qui collabore avec l’équipe, se prépare à retourner sur place pour combler les lacunes. Ce qu’il découvre à son arrivée dépasse l’entendement. La dalle avait été découpée et vandalisée. La surface portant les empreintes avait été entièrement prélevée, vraisemblablement par des marchands de fossiles.
Moussa Masrour publie un premier avertissement sur sa page Facebook le 18 avril 2025, peu après avoir appris les premières dégradations. Mais la destruction ne s’arrête pas là. Dans une publication datée du 4 juin, il écrit avoir appris de son collègue Abdelouahed Lagnaoui que les derniers vestiges du site ont été entièrement détruits, «ne laissant aujourd’hui aucune trace des éléments que nous avions étudiés, à l’exception de quelques photographies». C’est ce constat qui conduit le président de l’université Ibn Zohr à diligenter la mission sur place.
La destruction s’est opérée en deux temps, sur plusieurs mois. Le premier passage a emporté une moitié de la surface. Le second a achevé le travail. Entre les deux, le site était pleinement identifié dans la littérature scientifique internationale. Les articles publiés depuis 2017 décrivaient précisément la localisation et la nature des empreintes.
Des photos du site géologique de Mibladen avant sa dégradation.
Pour Abdelouahed Lagnaoui, les auteurs savaient exactement ce qu’ils cherchaient. «Une dalle de roches n’intéresse pas les locaux, et si c’était un acte de vandalisme, on aurait trouvé la surface elle-même détruite. Ce sont des marchands de fossiles», tranche-t-il.
Ce qui reste
Face à la disparition du matériel original, les chercheurs s’accrochent à ce qui subsiste. Un moulage partiel de la surface avait été réalisé en 2009 par l’équipe de JuraPark, bien avant que le site ne soit pleinement documenté. Ce moulage en résine est conservé dans la collection JuraPark sous le numéro JP J389. Un modèle 3D par photogrammétrie aurait également été réalisé avant les dernières dégradations. Ses résultats sont attendus. «J’espère que ce sera à très haute résolution. On peut faire une impression 3D, mais ça ne sera jamais comme l’original», dit Abdelouahed Lagnaoui.
Le gouverneur de Midelt a validé un projet de sécurisation et de valorisation du site. Une clôture sera installée pour protéger les empreintes restantes, notamment celles de crocodiles et de tortues, qui n’avaient jusqu’ici bénéficié d’aucune protection physique. Un aménagement avec toutes les infrastructures nécessaires à l’accueil des visiteurs est également envisagé. «C’est un projet de valorisation», indique Moussa Masrour, qui tient à remercier l’ensemble des personnes ayant contribué au bon déroulement de la mission.












