Le prix de gros de la viande ovine a atteint un niveau record historique en s’établissant à 140 dirhams le kilogramme, propulsant le prix au détail au-delà de la barre des 160 dirhams. Cette flambée représente une hausse spectaculaire de plus de 140% par rapport à l’année 2020, une époque où le cours ne dépassait pas 58 dirhams le kilogramme, indique le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 27 et 28 juin.
Cette déconnexion du marché survient alors que les discours officiels continuent de garantir l’abondance de l’offre, ce qui suscite de vives interrogations sur les rouages d’une telle augmentation. Sur le terrain, Assabah a constaté des disparités flagrantes: si les prix oscillent entre 160 et 170 dirhams dans les quartiers populaires, ils atteignent jusqu’à 200 dirhams le kilogramme pour certains morceaux dans les secteurs plus huppés.
Devant cette situation critique, les associations de protection des consommateurs montent au créneau. Elles exigent l’ouverture d’une enquête approfondie et responsable sur les mécanismes de tarification, ainsi que le plafonnement des prix des viandes rouges. Ces organisations réclament également la définition de marges bénéficiaires réelles tout au long de la chaîne de distribution et un renforcement strict des contrôles dans les marchés hebdomadaires, les abattoirs et les points de vente afin de contrer le monopole et la spéculation.
Par ailleurs, elles appellent les autorités de tutelle à fournir des données périodiques transparentes concernant l’évolution du cheptel national, les coûts de production et le volume du soutien public, une démarche jugée indispensable pour garantir le droit à l’information des citoyens face aux justifications infondées.
Les données statistiques contrastent pourtant avec la réalité du marché. Un communiqué du ministère de l’Agriculture, basé sur un recensement mené entre le 26 juin et le 11 août dernier, faisait état d’un cheptel national d’au moins 32,832 millions de têtes de bétail, dont 23,158 millions d’ovins comprenant plus de 16 millions de femelles. Malgré ces indicateurs officiels rassurants, les professionnels du secteur attribuent la hausse des prix à une pénurie de l’offre, jetant ainsi le discrédit sur la fiabilité des données publiques et sur la cohérence entre les chiffres annoncés et la réalité commerciale.
Cette crise met en exergue l’échec latent des politiques de développement sectoriel, écrit Assabah. Depuis 2009, les acteurs de la filière des viandes rouges ont conclu trois contrats-programmes successifs avec l’État pour moderniser la production et couvrir les besoins nationaux, s’étalant de 2009 à 2014, jusqu’en 2020, puis de 2021 à 2030. Les enveloppes budgétaires mobilisées ont dépassé les 25 milliards de centimes, dont plus de la moitié a été allouée au dernier programme en date, soit 14,45 milliards de centimes.
Ces investissements visaient à porter la production à 850.000 tonnes, à améliorer le poids moyen des carcasses pour atteindre 270 kilogrammes chez les bovins et 20 kilogrammes chez les ovins à l’horizon 2020 et à moderniser les infrastructures via l’agrément de 120 nouveaux abattoirs au lieu de 6. Face à la situation actuelle du marché des viandes rouges, force est de constater que ces engagements n’ont pas permis d’atteindre les objectifs fixés.




