Fruits: pourquoi les prix ne baissent pas malgré une surproduction évidente

الفواكه الموسمية

Des cerises de saison.

Le 21/06/2026 à 12h52

VidéoProduction record, mais prix toujours élevés: le marché des fruits de saison ne suit pas la logique habituelle de l’offre et de la demande. Alors que la disponibilité des fruits augmente sur le marché national, les tarifs observés dans les circuits de vente ne reflètent pas cette abondance. D’où provient ce décalage? Éléments de réponse.

Le marché marocain des fruits de saison traverse actuellement une phase singulière. Bien que l’offre soit d’une abondance rare, cette situation peine paradoxalement à se traduire par une baisse généralisée des prix pour le consommateur final.

Pourtant, au sein des marchés de gros, les quantités disponibles dépassent largement la demande. Cette surproduction, qui devrait mécaniquement alléger le panier de la ménagère, laisse place à une certaine confusion et à un décalage persistant entre les prix à la source et ceux affichés au détail.

Interrogé sur cette apparente contradiction, Abderrazak Echabi, président de l’Association du marché de gros des fruits et légumes à Casablanca, exprime son étonnement: «C’est un questionnement qui nous paraît étrange, car il ne reflète nullement la réalité observée au sein des marchés de gros.»

Selon lui, le volume de fruits arrivant sur les étals, notamment la pastèque, le melon et la figue, est largement suffisant pour maintenir des tarifs très compétitifs. «Ces produits emblématiques de l’été sont disponibles à des prix très bas, tout comme l’abricot ou la cerise, dont la récolte récente a été particulièrement généreuse», précise-t-il.

À cet égard, Abderrazak Echabi souligne que les prix de gros restent globalement stables et à des niveaux relativement bas. Il précise que le prix du melon varie entre 1 et 3 dirhams, tout comme celui de la pastèque, tandis que le melon jaune oscille entre 1,5 et 4 dirhams.

Le même intervenant indique que la figue précoce se maintient autour de 5 dirhams, alors que l’abricot varie entre 8 et 13 dirhams. La cerise se situe entre 15 et 25 dirhams, tandis que l’orange à jus reste proche de 4 dirhams. La banane, quant à elle, se négocie entre 6 et 7,5 dirhams, et la pêche oscille entre 4 et 12 dirhams, selon la qualité et le calibre.

Si certains consommateurs pointent du doigt le prix de variétés spécifiques, comme certaines pommes de haute qualité, le professionnel souligne qu’il s’agit d’une lecture partielle de la situation: «Il existe une distinction claire. Les produits estivaux de base sont affichés à des prix à l’unité dérisoires, entre 1,50 et 2,50 dirhams, ce qui les rend accessibles à toutes les bourses.»

Pour les acteurs du marché, le nœud du problème ne se trouve pas dans les circuits de gros, mais dans la chaîne de distribution intermédiaire. «On désigne souvent le spéculateur comme le seul responsable des prix élevés, mais c’est une simplification excessive. Ces débats ne servent qu’à se renvoyer la faute et évitent de traiter les problèmes de fond», explique le professionnel.

La véritable faille réside, selon lui, dans une défaillance opérationnelle: «Le problème est lié, fondamentalement, au non-fonctionnement des sections économiques et à l’absence de commissions de suivi et de contrôle de la qualité et des prix.»

Sans une activation réelle des dispositifs de terrain chargés de veiller à l’adéquation entre les prix pratiqués et la réalité de l’offre, les écarts persistent tout au long de la chaîne de distribution.

Les données du marché actuel illustrent les prix pratiqués au sein des circuits de gros. Comme le souligne le professionnel, la cerise se négocie dans une fourchette allant de 15 à 40 dirhams, tandis que la pêche et la nectarine oscillent entre 5 et 12 dirhams.

Ainsi, la question de la répercussion des prix de gros sur le consommateur final reste, selon les intervenants du secteur, tributaire de la mise en place opérationnelle des commissions de contrôle et de suivi.

Par Hafida Ouajmane et Khadija Sabbar
Le 21/06/2026 à 12h52