«Transhumance» dans la majorité gouvernementale: un mauvais signal aux électeurs et aux jeunes

(De g. à d.) Abdellatif Ouahbi, alors secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Aziz Akhannouch, alors président du Rassemblement national des indépendants (RNI) et Nizar Baraka, secrétaire général de l'Istiqlal, ont signé la «Charte de la majorité», un contrat politique définissant la coalition gouvernementale, le 6 décembre 2021, à Rabat.

Revue de presseÀ l’approche des élections législatives, la tension est montée d’un cran parmi les membres de la coalition gouvernementale. Une guerre fait rage dans l’ombre: le «débauchage» de candidats entre partis alliés, ce qui révèle une profonde crise structurelle de l’action politique. Le récent recrutement d’une figure-clé de cette alliance, à Khémisset, fêle davantage encore cette alliance, déjà bousculée par le «mercantilisme électoral». Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 14/06/2026 à 18h45

Au fur et à mesure que l’échéance des élections législatives approche, cette pratique, cynique et très habituelle, s’installe: le débauchage de candidats à l’intérieur même de la coalition au gouvernement. Une «dynamique de débauchage agressif», qui n’est «pas un épiphénomène», et qui est «devenue une stratégie privilégiée par certaines formations pour densifier leurs rangs aux dépens de leurs propres alliés», affirme Assabah de ce lundi 15 juin. Le week-end dernier, dans la province de Khémisset, un coup d’éclat illustrant cette dérive a ravivé ces tensions: «un ‘commando’ du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), mené par le président de la région Rabat-Salé-Kénitra, Rachid El Abdi, a réussi à enrôler Bouchra El Ouardi, présidente du Conseil provincial de Khémisset, pourtant figure montante du Rassemblement national des indépendants (RNI), le parti qui dirige le gouvernement», annonce le quotidien.

Cette manœuvre, similaire à «un mercato politique agressif, alimente de vifs débats feutrés dans les salons de Rabat. Elle met à nu une crise structurelle majeure des organisations partisanes, qui privilégient désormais les solutions électorales ‘clés en main’ et avec effet immédiat, au détriment d’un travail militant de fond, patient et formateur. Selon les données du terrain, aucun des trois partis de la coalition n’échappe d’ailleurs à cette tentation du débauchage», affirme Assabah. Sur le plan de la gouvernance, signale le quotidien, «ce comportement érode le pacte de confiance et constitue un véritable coup de poignard dans le dos de l’esprit de coalition». Plus encore, «il accentue les clivages et menace la cohésion interne de la majorité, alors même que la conjoncture exige une harmonie totale pour faire face aux défis économiques et sociaux actuels».

Alors même que la législation n’interdit pas formellement «ces changements d’allégeance en dehors des périodes de campagne, cette pratique jette un discrédit moral sur le jeu politique», déplore Assabah, précisant qu’elle «consacre une logique de ‘butin’ où l’intérêt partisan à court terme l’emporte sur l’engagement de principe», ce qui a le don de «transformer les débats d’idées en de simples transactions utilitaires visant à conquérir des sièges à n’importe quel prix».

«Les conséquences de ce spectacle sont lourdes pour la démocratie», avertit le quotidien. En effet, «en réduisant la compétition politique à une guerre d’appareils et à un recyclage permanent de notables, cette dynamique ternit l’image de l’action partisane aux yeux des électeurs». Et pour les jeunes, écrit Assabah, «le message, dévastateur, nourrit un profond sentiment de frustration et pousse inéluctablement au désenchantement, au désintérêt pour la chose publique et, à terme, au boycott des urnes».

Par La Rédaction
Le 14/06/2026 à 18h45