La note d’orientation pour l’élaboration du Projet de loi de finances 2027, récemment diffusée par le gouvernement marocain, dessine les contours d’une équation économique complexe où l’ambition d’un État stratège se heurte à l’impératif de la rigueur budgétaire. Tablant sur une hypothèse de croissance de 4,1%, portée essentiellement par la dynamique des secteurs non agricoles, et visant un déficit contenu autour de 3% du PIB pour une dette publique frôlant les 65%, l’exécutif se prépare à un exercice d’équilibriste. «Il s’agira de financer simultanément de gigantesques chantiers d’infrastructures, de consolider l’État social et de stimuler le tissu économique, tout en imposant une cure de minceur aux dépenses de fonctionnement de l’administration publique», indique le magazine Finances News Hebdo.
Au cœur de cette nouvelle architecture budgétaire se trouve un changement de paradigme dans la gestion des territoires. L’État prévoit le lancement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, dotée d’une enveloppe colossale estimée à plus de 210 milliards de dirhams, étalés sur huit ans.
L’approche se veut résolument ascendante, ancrée dans les réalités locales et affranchie des calendriers électoraux classiques. Pour matérialiser cette décentralisation économique, les régions verront leurs ressources s’étoffer avec des transferts financiers annuels garantis à hauteur d’au moins 12 milliards de dirhams dès 2027. Cette manne s’accompagnera d’une refonte des organes d’exécution et de la mise en place d’outils de suivi affûtés pour garantir l’efficacité des investissements sur le terrain.
Le pragmatisme économique du prochain budget se lit également dans la volonté d’oxygéner les petites et moyennes entreprises, véritables poumons de la croissance nationale. Le gouvernement amorce un assouplissement très attendu des règles de la commande publique pour démocratiser l’accès aux marchés de l’État. Concrètement, le plafond des prestations exécutables par bons de commande sera rehaussé de 500 000 à 800 000 dirhams, et le seuil de certains appels d’offres simplifiés passera à 1,5 million de dirhams.
En parallèle du déploiement d’un système national de notation pour les TPE et PME, le secteur bancaire et les acteurs du marché financier sont directement interpellés pour muscler leur soutien à l’industrie et à l’innovation. «Sur le front extérieur, le programme de commerce extérieur ambitionne d’accompagner 400 nouveaux exportateurs pour générer près de 84 milliards de dirhams de recettes additionnelles d’ici à la fin du cycle budgétaire, soutenu par une enveloppe de 900 millions de dirhams dédiée à la recherche et développement», souligne Finances News.
L’horizon 2030 dicte par ailleurs le tempo des grands investissements publics de la décennie. Le texte confirme la poursuite des chantiers titanesques dans le domaine des transports, à commencer par le prolongement de la ligne à grande vitesse sur 430 kilomètres entre Kénitra et Marrakech, couplé au développement des réseaux express régionaux pour désengorger les métropoles. Le ciel marocain n’est pas en reste, avec la stratégie Aéroports 2030 visant à propulser la capacité d’accueil à 80 millions de passagers, en résonance avec le plan d’expansion de Royal Air Maroc qui projette une flotte de 200 appareils d’ici à 2037. Sur le front des ressources naturelles, la bataille de l’eau s’intensifie. La production d’eau dessalée, de plus en plus alimentée par des énergies vertes, devra atteindre 1,7 milliard de mètres cubes à l’aube de la prochaine décennie, en complément du vaste programme de construction de barrages.
Cependant, la construction de ces infrastructures ne saurait éclipser le volet humain. L’État social entame une phase de maturité qui vise à dépasser la simple logique d’assistance. Alors que l’aide sociale directe soutient aujourd’hui près de 4 millions de ménages pour un coût mensuel vertigineux dépassant les 2,2 milliards de dirhams, le gouvernement prépare des passerelles actives vers l’emploi. Une allocation d’insertion ponctuelle et un filet de sécurité garantissant la réintégration dans le dispositif en cas de perte d’emploi involontaire viendront sécuriser les bénéficiaires tentant l’aventure du marché du travail.
Dans le même esprit de refonte des services publics essentiels, la santé publique verra la réhabilitation des 1 600 centres médicaux restants dans les trois prochaines années, tandis que l’éducation nationale poursuivra le déploiement de ses écoles pionnières pour toucher 80 % du réseau primaire public à la rentrée 2026-2027.




