La première remarque après le vote du 23 septembre concerne le taux de participation. 38%, c’est faible, même si les prévisions les plus optimistes ne tablaient que sur du 40-45%. Dans les grandes villes, ce taux est parfois descendu à 20%.
Ceux qui n’ont pas voté peuvent toujours se dire qu’ils appartiennent au premier parti politique marocain. Un rassemblement, encore un. Appelons-le le Hizboulla, celui qui ne vote pas. C’est de ce rassemblement que viendra probablement l’opposition au prochain gouvernement.
En 2021, les votants représentaient 50% des inscrits. D’une consultation à l’autre, la «déperdition» a été importante. La question est donc de savoir où sont passés ces 12%...
La deuxième remarque semble contredire la première puisque la majorité sortante vient d’être reconduite. RNI – PAM – Istiqlal. Seul l’ordre a changé. Quelqu’un a dit, en plaisantant, que l’on s’apprête à reprendre le même bus mais avec un chauffeur différent. Ce n’est pas faux. Mais un chauffeur, ça peut vous conduire à bon port ou droit dans le mur. Indépendamment, bien sûr, de l’état du véhicule entre ses mains…
Si l’Istiqlal a perdu des points, ce parti arrive toujours à retomber sur ses pieds, de manière à rester incontournable au moment de la constitution des blocs ou des coalitions gouvernementales. Le RNI, même en étant deuxième, a perdu 40% de ses sièges au parlement. On peut penser, vu de l’extérieur, que les électeurs des «Bleus» ont rejoint, au moins en partie, les rangs du «tracteur». Le PAM a récupéré les points perdus par le RNI. Pour ceux qui considèrent que les deux partis sont plus ou moins issus du même moule, ce «transvasement» n’a peut-être pas une grande signification.
Mais dans l’absolu, et alors que le taux de participation peut être interprété comme un rejet de la majorité sortante, la victoire électorale de cette majorité tend à prouver le contraire. Cela brouille les cartes. Il faut donc affiner et creuser davantage pour saisir la portée des résultats.
Troisième remarque: le regain de forme du PJD (4ème), qui ne surprend personne. Insuffisant pour perturber la prochaine coalition gouvernementale. D’ailleurs, personne ne semble vouloir des islamistes dans la prochaine équipe qui gérera les affaires du pays, à commencer par le PJD lui-même.
Passons sur le profil des nouveaux élus, qui mérite une étude sociologique à part. Les élus qui donnent l’impression de n’être sortis de nulle part alimentent toujours deux sentiments contradictoires. Le premier est effaré («Mais comment peuvent-ils atterrir au Parlement et pour y faire quoi?»), le deuxième est au contraire exalté («La réussite de monsieur tout le monde nourrira toujours l’idée d’un rêve marocain»).
Arrêtons-nous donc sur le fait le plus marquant: la victoire incontestée du PAM, avec une bonne longueur d’avance sur les autres. Le PAM a littéralement pris d’assaut les consultations électorales auxquelles il a pu prendre part, sans parvenir à les remporter. Aujourd’hui il le fait, malgré les déboires de certains de ses représentants qui ont défrayé la chronique au cours de ces dernières années.
L’effet Lekjaâ existe, c’est certain, mais il y a probablement d’autres explications à cette belle victoire électorale.
Et c’est là que tout va commencer pour le PAM. Le prochain chef de gouvernement sera issu de ses rangs. Deux candidats émergent avec deux promesses différentes. Et séduisantes, surtout. Fouzi Lekjaâ et Fatima Ezzahra El Mansouri. Leurs atouts ne sont pas les mêmes.
Lekjaâ a fait ses preuves, et pas seulement dans le football. Quelle que soit sa position future, il sera aux premières loges quant aux immenses chantiers à suivre pour le projet Maroc 2030. S’il est nommé chef de gouvernement, cela fera gagner du temps à tout le monde. Pratique et efficace.
Si Lekjaâ a fait ses classes loin de la politique, El Mansouri est née et a grandi dans la maison PAM, le parti qu’elle préside désormais. Son vécu politique et son expérience dans la gestion de proximité plaident pour elle. Elle n’est pas tombée de la dernière pluie. Nommer une femme à la tête du gouvernement fera gagner des points au royaume, c’est certain, et pas seulement au niveau de l’image.
Maintenant que les législatives ont livré leur verdict, la grande question sera de savoir qui sera le prochain «chauffeur» qui tentera de mener le pays à bon port. Pour commencer. Il suffit de se rappeler le profil clivant des derniers «chauffeurs» (Benkirane, El Othmani, Akhannouch) pour savoir que la question aura toute son importance.



