Le Maroc poursuit sa mobilisation pour préserver l’activité de ses banques en Europe et sécuriser les envois de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Lors du point de presse tenu le mardi 23 juin à l’issue de la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), son wali, Abdellatif Jouahri, a indiqué que les discussions lancées par le Maroc avec des pays européens dans ce cadre progressent dans un climat encourageant.
Les autorités marocaines ont engagé, rappelle-t-il, des cycles de négociations, d’abord avec la Commission européenne, puis en bilatéral avec les pays concernés, dans le but de préserver la continuité des services offerts aux MRE, face à une directive européenne entrée en application le 1er janvier 2026 et susceptible d’entraver les activités des banques non européennes au sein de l’Union et, par conséquent, les transferts des MRE vers le Maroc.
Interrogé sur l’évolution des discussions avec les partenaires européens, Abdellatif Jouahri a rappelé que le Maroc avait déjà obtenu un accord favorable avec la France garantissant la poursuite des activités relais des banques marocaines sur le territoire français. «Avec la France, nous avons obtenu un accord qui ne remet pas du tout en cause l’activité relais des banques marocaines», a-t-il affirmé.
Lire aussi : Banques marocaines en Europe: le feu vert de Bruxelles à l’accord avec la France ouvre la voie aux autres pays
Fort de cette réussite, le Maroc a élargi ses discussions à d’autres pays européens accueillant d’importantes communautés marocaines. «Nous sommes en train d’attaquer les autres pays. Actuellement, nous avons engagé des discussions avec la Hollande. Nous passerons ensuite à la Belgique. Nous avons aussi programmé l’Espagne et l’Italie», a précisé le patron de la Banque centrale.
Il révèle à ce sujet que les premiers échanges avec les autorités néerlandaises se déroulent dans des conditions plutôt favorables, même si les discussions s’annoncent moins faciles qu’attendu. «La manière avec laquelle nous avons mené les choses avec la France a été utile, mais vraisemblablement pas suffisante vis-à-vis des autres pays, puisque chacun est souverain de transposer cette directive comme il l’entend», a-t-il expliqué.
Malgré cette marge d’interprétation laissée aux États membres de l’Union européenne quant à l’application de cette réglementation, le wali de BAM se montre confiant quant à l’issue des négociations en cours.
Une task force sur tous les fronts
Pour défendre les intérêts du Maroc, une task-force réunissant Bank Al-Maghrib, les ministères des Finances et des Affaires étrangères ainsi que les banques concernées poursuit un travail intensif auprès des autorités européennes.
«La task-force mène un travail de fond, elle fait presque du harcèlement de façon à faire prévaloir la réciprocité sur les intérêts qui lient ces pays au Maroc d’une manière générale», a souligné Abdellatif Jouahri, notant que ce travail nécessitera encore du temps.
«Cela devrait vraisemblablement prendre toute l’année 2026», a-t-il indiqué, tout en estimant que les signaux recueillis jusqu’à présent restent positifs. «Il n’y a pas lieu pour le moment de s’inquiéter», a-t-il affirmé, évoquant une «impression plutôt positive» à l’issue des premiers contacts avec les autorités néerlandaises.
Lire aussi : Transferts des MRE: le Maroc attend le feu vert de Bruxelles sur la directive européenne
L’enjeu est de taille. «Ce que nous essayons de contrecarrer, c’est que les flux financiers restent en Europe», a expliqué Abdellatif Jouahri. «Nous voulons que les transferts des MRE continuent à affluer comme d’habitude pour être logés dans des comptes bancaires marocains, notamment pour alimenter l’épargne nationale et contribuer à l’investissement au Maroc», a-t-il insisté.
Dans cette optique, les discussions menées avec la France ont permis d’identifier et de lever les principaux obstacles susceptibles de freiner les opérations relais des banques marocaines. «Nous avons coché toutes les cases avec la France et nous allons les toucher avec les autres pays», a-t-il expliqué.
À rappeler que la directive européenne, adoptée en juin 2024, vise à encadrer plus strictement les activités des banques non européennes opérant dans l’UE. Bien qu’elle ait été conçue principalement dans le contexte post-Brexit, visant donc essentiellement les banques britanniques, elle concerne également les établissements marocains présents en Europe à travers leurs filiales, succursales et bureaux de représentation.
Un enjeu stratégique pour le Maroc
En mars dernier, Abdellatif Jouahri avait annoncé une avancée majeure avec la validation par la Commission européenne de l’accord conclu entre le Maroc et l’Hexagone. Ce feu vert a permis de consolider le compromis trouvé avec Paris et d’en faire un modèle pour les discussions engagées avec les autres pays européens.
Les autorités marocaines comptent désormais reproduire ce schéma aux autres États membres de l’UE, notamment les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et l’Italie, afin de sécuriser durablement la présence des banques marocaines sur le vieux continent.
L’enjeu dépasse le seul secteur bancaire. Les transferts des MRE jouent un rôle important dans l’économie nationale. En 2025, ils ont dépassé 122 milliards de dirhams et devraient poursuivre leur progression au cours des prochaines années pour frôler 130 milliards en 2027, selon les projections de Bank Al-Maghrib.
C’est pourquoi le Maroc ne baisse pas la garde, comptant poursuivre ses négociations pays par pays pour éviter que les nouvelles règles européennes ne remettent en cause un mécanisme essentiel au financement de l’économie nationale et aux liens financiers qu’entretiennent les Marocains du monde avec leur pays d’origine.




