Invité sur la chaîne Al Aoula, Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du PJD, a dénoncé ce qu’il considère comme une incohérence entre l’évolution des cours du pétrole brut et les prix à la pompe au Maroc. Selon le député, en février dernier, alors que le baril s’établissait autour de 70 dollars, le litre de gasoil était vendu à 11,20 dirhams. Avec la crise du détroit d’Hormuz, le baril a ensuite grimpé jusqu’à 100 voire 115 dollars, entraînant une hausse du prix du gasoil à 14,52 dirhams.
«Aujourd’hui, en août, le prix du baril est redescendu à 75 dollars, alors que le gasoil est vendu à 14,65 dirhams. Est-ce logique? Trois dirhams?», s’est-il interrogé, pointant un écart qu’il juge injustifié.
Ces déclarations ont suscité la réaction de Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz et président du Front national pour la sauvegarde de la Samir. Le responsable syndical conteste cette lecture et apporte quelques éléments d’explication.
Il rappelle d’abord que le marché du pétrole brut n’évolue pas mécaniquement de concert avec celui des produits raffinés, comme le gasoil. Selon lui, le marché international connaît actuellement un déficit en produits raffinés, lié notamment à la baisse des capacités de raffinage après la destruction ou l’arrêt de certaines raffineries dans des zones de conflit, en Ukraine et dans le Golfe.
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Concernant l’écart de trois dirhams évoqué par Abdellah Bouanou, Houssine El Yamani précise qu’il correspond à la marge de raffinage, c’est-à-dire au différentiel entre le pétrole brut et le produit fini, et non aux marges des distributeurs. «En temps normal, cet écart ne dépasse pas un dirham. Dans un contexte de déficit en produits finis, il peut atteindre jusqu’à quatre dirhams», explique-t-il.
Le syndicaliste souligne par ailleurs qu’entre la première et la deuxième quinzaine de juillet, le prix du gasoil sur le marché international a fortement augmenté, passant d’environ 7,5 dirhams à 9,4 dirhams, soit une hausse de plus de 25%, tandis que le baril de pétrole n’a progressé que de moins de 10%. En intégrant les coûts de transport, d’assurance, les charges diverses, les taxes et les marges de distribution, le prix du litre de gasoil au Maroc aurait, selon lui, dû dépasser les 15 dirhams.
Certains observateurs avancent l’hypothèse d’une intervention «politique» début août, incitant les distributeurs à ne pas répercuter immédiatement l’intégralité de la hausse, mais à la lisser dans le temps. Cela expliquerait la «cacophonie» ayant entouré la dernière révision des prix, intervenue le 3 août au lieu du 1er août comme à l’accoutumée.

Au-delà de cette conjoncture, El Yamani réitère son appel à la relance de la raffinerie Samir, estimant que le Maroc gagnerait à retrouver une capacité nationale de raffinage afin de mieux maîtriser les prix. Il met également en cause la libéralisation du secteur des carburants, décidée sous le gouvernement du PJD, qu’il considère comme un facteur déterminant de la hausse des prix, combinée à l’arrêt du raffinage à Mohammedia.
Cette lecture est en partie corroborée par le dernier rapport annuel 2025 du Conseil économique, social et environnemental (CESE), rendu public cette semaine, qui alerte sur la vulnérabilité structurelle du pays en matière d’approvisionnement énergétique. Le Conseil souligne que, malgré les efforts de transition énergétique, les produits pétroliers représentent encore 51% du mix énergétique national en 2025, pour une consommation estimée à 12,8 millions de tonnes, dominée par le gasoil à hauteur de 73%. Cette dépendance devrait s’accentuer, avec une hausse projetée de 16% d’ici 2030.
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Surtout, le CESE met en garde contre les risques liés à l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015. Depuis cette date, l’approvisionnement du marché national repose exclusivement sur l’importation de produits raffinés, exposant davantage le Maroc aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales et à la volatilité des prix. Un constat qui rejoint les appels à restaurer des capacités nationales de raffinage pour renforcer la sécurité énergétique du pays.
Pour Houssine El Yamani, un retour à des niveaux de prix plus compatibles avec le pouvoir d’achat passe par une régulation accrue du marché, une réduction de la fiscalité, la relance du raffinage national et une révision du cadre législatif du secteur, notamment en matière de gestion des stocks.
Le responsable syndical appelle à «un courage politique» pour assumer les choix passés, invitant Abdellah Bouanou à faire son autocritique et à reconnaître, selon ses termes, «la grave erreur» qu’aurait constituée la libéralisation des prix dans un marché dominé par un nombre limité d’acteurs.





