L’action gouvernementale, actuellement enlisée dans une crise profonde, se retrouve paralysée par des conflits de compétences aigus qui font obstacle à toute réforme structurelle des circuits de distribution et des marchés publics. À l’origine de cette discorde, selon Assabah de ce lundi 15 juin, «un jeu de renvoi de responsabilités oppose les principaux portefeuilles économiques et régaliens de l’Exécutif, les ministères de l’Industrie et du Commerce, de l’Intérieur, de l’Agriculture, ainsi que de l’Économie et des Finances»; cette «inertie institutionnelle profite directement aux spéculateurs, dont l’influence est grandissante sur les mécanismes de tarification, et fragilise de manière inédite le pouvoir d’achat des citoyens en annihilant toute concurrence saine sur le marché national».
Pourtant, «l’effort financier consenti par l’État reste colossal», estime le quotidien, qui rappelle qu’«une ligne budgétaire de sept milliards de dirhams, issue des contribuables, a été mobilisée pour soutenir des secteurs névralgiques tels que le transport de marchandises et de personnes, le gaz butane, la farine, le sucre, ainsi que les éleveurs et les importateurs de viandes rouges congelées». Malgré «cette injection massive de fonds publics, l’impact sur les prix à la consommation est resté invisible, ce qui soulève de sérieuses interrogations quant à l’efficacité de ces subventions et alimente les soupçons de dilapidation des ressources sans retombées réelles pour les consommateurs marocains», écrit Assabah.
Les causes de cette crise, que le quotidien qualifie de «structurelle», sont dues à «des failles législatives et organisationnelles profondes qui régissent le fonctionnement des marchés, les procédures d’importation, les régimes douaniers et fiscaux, parallèlement à un affaiblissement manifeste de la Direction de la Compensation», détaille-t-on. Il s’agit, selon Assabah, d’un «manque de coordination interministérielle», qui a «non seulement retardé les réformes indispensables, malgré les centaines de recommandations émises ces dix dernières années par la Cour des comptes, le Conseil économique, social et environnemental, le Conseil de la concurrence et le Parlement, mais aussi exacerbé les clivages au sein de la majorité gouvernementale».
Dans cette coalition, écrit Assabah, «les accusations croisées révèlent l’ampleur de la fracture politique. Les figures de proue du Rassemblement national des indépendants rejettent la responsabilité sur le ministère de l’Industrie et du Commerce», au prétexte que «la gestion des marchés de gros et de détail relève de ses prérogatives directes». De leur côté, les représentants de l’Istiqlal estiment que «la stabilité des prix des produits de grande consommation n’a pu être maintenue que grâce aux vagues d’importations successives, particulièrement au cours des périodes prolongées de sécheresse». D’autres élus au Parlement critiquent quant à eux l’action du ministère de l’Intérieur, et rappellent que «la régulation concrète des marchés, des abattoirs et des chaînes de transport incombe aux collectivités territoriales, sous la stricte supervision des walis et des gouverneurs». Dans ce contexte, Nadia Fettah Alaoui, la ministre de l’Économie et des Finances, est très critiquée, tout particulièrement sur «sa gestion de l’enveloppe de soutien aux importations, la régulation des volumes et le calendrier des suspensions de droits de douane».
Devant ce constat d’échec, aux responsabilités partagées, les leaders de partis de l’opposition veulent désormais la création d’une commission d’enquête parlementaire, en charge de déterminer «les causes réelles de cette dérive inflationniste et d’identifier les profiteurs de cette crise». Cette proposition est aussi qualifiée, relaie le quotidien, de «manœuvre populiste et électoraliste» par des élus de partis de la coalition, qui accusent l’opposition d’«exploiter la détresse sociale sans proposer d’alternatives viables, alors même que les marchés demeurent livrés à l’anarchie des intermédiaires» et que «la réforme des circuits de distribution en est toujours au point mort».




