L’analyse des résultats financiers arrêtés au terme du premier semestre de l’exercice 2026 met en lumière une transformation structurelle majeure au sein du géant minier Managem. Bien au-delà de l’envolée spectaculaire du chiffre d’affaires, la véritable rupture réside dans la profonde mutation du modèle économique de l’entreprise. «Le groupe récolte désormais les fruits d’un cycle intensif d’allocation de capitaux pour basculer dans une phase de génération autonome de trésorerie, où les infrastructures nouvellement opérationnelles financent directement la croissance future», souligne le quotidien L’Economiste dans son édition du 6 août.
Au cours des six premiers mois de l’année, l’activité consolidée de l’opérateur s’est hissée à un niveau inédit, atteignant 11,764 milliards de dirhams, contre 4,422 milliards de dirhams enregistrés un an auparavant. Cette trajectoire ascendante se traduit par une hausse fulgurante de 166% sur un an. Le dynamisme constaté au deuxième trimestre vient confirmer cette accélération vigoureuse, avec des revenus établis à 6,011 milliards de dirhams, contre 2,098 milliards de dirhams à la même période de 2025, matérialisant ainsi une progression de 187%.
Cette envolée opérationnelle découle au premier chef de la montée en puissance industrielle des deux projets phares du groupe: le gisement de Tizert, au Maroc, et le complexe minier de Boto, au Sénégal, qui ont tous deux atteint leur régime de production nominal. «Ce passage à la pleine capacité s’inscrit dans un environnement de marché particulièrement porteur, caractérisé par une fermeté soutenue des cours des métaux et par une contribution solide et régulière des sites d’extraction historiques», écrit L’Economiste.
La trajectoire globale de l’entreprise procède ainsi d’une double dynamique, à la fois conjoncturel et structurel. Si la conjoncture de marché offre un soutien appréciable, la dimension structurelle constitue le pivot essentiel de cette mutation. Les actifs industriels, qui ont nécessité une mobilisation massive de capitaux au cours des exercices précédents, deviennent aujourd’hui le moteur central de la création de valeur et de la rentabilité de l’entreprise.
L’inflexion observée au niveau des dépenses d’investissement illustre avec précision cette recomposition financière. Les dépenses d’investissement consacrées au développement sont revenues à 1,731 milliard de dirhams sur les six premiers mois de l’année, contre 2,885 milliards de dirhams un an plus tôt, soit un repli significatif de 40%. L’achèvement des phases de construction sur les sites de Tizert et de Boto permet de réduire le poids des investissements lourds, dégageant mécaniquement des marges de manœuvre financières substantielles au profit des opérations courantes et des futurs relais de croissance.
La baisse des dépenses d’investissement impacte immédiatement le bilan de l’entreprise, se traduisant par un désendettement notable. La dette nette s’est repliée à 9,963 milliards de dirhams à la fin du mois de juin, contre 12,674 milliards de dirhams au terme de l’exercice 2025, matérialisant une contraction de plus de 20% en l’espace de six mois. «Cette capacité à autofinancer l’expansion opérationnelle tout en assainissant la structure financière atteste de la soutenabilité du nouveau modèle de croissance», ajoute L’Economiste.
Il convient néanmoins d’apprécier la progression du chiffre d’affaires avec discernement, sans en extrapoler mécaniquement la portée. La dynamique des cours mondiaux des matières premières ayant soutenu les performances financières du trimestre, une partie de la croissance demeure tributaire des fluctuations du marché. La valorisation à moyen terme reposera donc sur la capacité du groupe à maximiser les volumes extraits tout en maintenant une rigueur stricte dans la maîtrise des coûts de revient opérationnels.
L’assainissement du bilan n’annonce nullement un ralentissement des ambitions stratégiques. Le groupe maintient une cadence soutenue en orientant ses capacités renouvelées vers de nouveaux horizons industriels et énergétiques. La feuille de route intègre notamment le développement de la filière du sulfate de cobalt ainsi que la concrétisation de la première phase du projet gazier de Tendrara, dont les premières contributions opérationnelles sont attendues d’ici la fin de l’exercice en cours.
Cette séquence stratégique positionne les complexes de Tizert et de Boto comme le socle industriel de l’entreprise, garant de sa stabilité financière. En parallèle, les initiatives dans les métaux de la transition énergétique et le gaz visent à préparer les relais de croissance de la prochaine décennie, confirmant que ce premier semestre 2026 marque non pas l’aboutissement d’un parcours, mais l’ouverture d’un cycle de développement pérenne.




