Comme nous le révélions dès février 2025, le projet est porté par un consortium international réunissant le groupe marocain Nareva, le japonais Itochu et le groupe helvético-japonais Kanadevia Inova, chef de file. La concession porte sur une durée de 33,5 ans, incluant la phase de construction. Dans ce cadre, Itochu participera au capital de la société de projet Al Beida Clean Power via sa filiale britannique I-Environment Investments Ltd.
Parallèlement au contrat de concession, des accords d’achat d’électricité ont été conclus avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) ainsi qu’avec la Société régionale multiservices Casablanca-Settat (SRM), sécurisant les débouchés de la production énergétique du futur site.
Présenté comme la première initiative intégrée de grande envergure au Maroc dans le domaine de la valorisation énergétique des déchets, le projet vise à répondre simultanément à plusieurs enjeux: traitement durable des déchets, réduction des volumes enfouis, production d’énergie et transition vers des alternatives aux combustibles fossiles.
Chaque année, environ 1,5 million de tonnes de déchets solides municipaux produits à Casablanca seront incinérés. La chaleur dégagée permettra de produire de l’électricité, avec une capacité estimée à 115 MW. À cela s’ajouteront une centrale au biogaz de 4 MW, exploitant le méthane des décharges, ainsi qu’une centrale solaire de 50 MW installée sur les terrains libérés, indique un communiqué du japonais Itochu.
Au total, la production électrique devrait couvrir les besoins d’environ un million de personnes, soit près d’un quart de la population de Casablanca. Selon Itochu, le projet permettra également d’éviter jusqu’à 128 millions de tonnes d’émissions de CO₂ sur la durée de la concession, contribuant à la transition vers une économie décarbonée et au renforcement de l’autonomie énergétique du Royaume.
Le projet inclut aussi la gestion globale du passif environnemental de Médiouna, avec l’exploitation, la fermeture et la réhabilitation des décharges existantes, ainsi que la création de nouveaux sites d’enfouissement contrôlés.
Mise en service à la mi-2030
Du côté du chef de file du consortium, Kanadevia Inova confirme l’entrée imminente du projet dans sa phase opérationnelle. Selon des déclarations de son directeur général, Bruno-Frédéric Baudouin, à l’agence Reuters, les travaux devraient démarrer d’ici la fin de l’année, une fois le montage financier entièrement sécurisé, avec un recours prévu à des financements exclusivement locaux.
La construction, confiée à l’entreprise marocaine Somagec, devrait s’étaler sur environ trois ans et demi. Toutefois, le traitement des déchets et la production d’électricité pourraient débuter entre six et dix mois avant l’achèvement complet du chantier. La mise en service totale est attendue à la mi-2030.
Cette installation sera la deuxième du genre en Afrique et ambitionne de réduire significativement les émissions de méthane liées à la décharge de Médiouna, la plus importante du pays. Selon le responsable du groupe, son impact environnemental équivaudrait à une réduction représentant environ 20% des émissions annuelles de la Suisse, soit l’équivalent du retrait de 300.000 voitures de la circulation.
Un projet structurant défendu par la mairie de Casablanca
Ce projet s’inscrit dans une vision de transformation profonde de la gestion des déchets de la métropole, portée par la maire de Casablanca, Nabila Rmili. Invitée en mai dernier de l’émission Grand FormatLe360, elle avait souligné l’ampleur et la complexité de ce chantier, devenu l’un des plus coûteux jamais engagés par la ville, juste derrière les lignes T1 et T2 du tramway (13 milliards de dirhams).
Elle a notamment mis en avant les contraintes foncières qui ont marqué le lancement du projet, avec l’acquisition d’un terrain de 265 hectares pour un coût d’environ 500 millions de dirhams. La maire a également rappelé l’urgence environnementale héritée de l’ancienne décharge, décrite comme un amas de déchets culminant à près de 70 mètres, présentant un risque majeur.
Dans l’attente de la mise en service du CEV, une solution transitoire a été mise en place avec un site d’enfouissement contrôlé, dont la durée de vie initiale de trois ans a été prolongée grâce à l’ajout d’un quatrième casier.
Le projet marque ainsi le passage d’un modèle basé sur l’enfouissement à une approche intégrée, combinant recyclage, valorisation énergétique et réduction de l’impact environnemental. Durant la phase de construction, la société Al Beida Clean Power assurera la continuité du service, avant un basculement progressif vers le nouveau modèle à partir de la quatrième année.
Par ailleurs, la réhabilitation de l’ancienne décharge de Médiouna a déjà été engagée, avec la transformation d’une partie du site en un espace vert de 40 hectares appelé à devenir un parc public, illustrant la dimension environnementale et sociale du projet.




