Viandes rouges: les raisons d’un marché toujours sous tension

Un abattoir (photo d'illustration).

Revue de presseMalgré la timide détente enregistrée sur les marchés de gros et les mesures d’importation prises par les pouvoirs publics, les bouchers peinent à réduire leurs prix. Contraints par l’envolée des cours internationaux, le coût de la logistique et une offre locale insuffisante, les professionnels affrontent une crise sectorielle majeure. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 05/08/2026 à 19h54

La période qui suit immédiatement la célébration de l’Aïd Al-Adha s’accompagne traditionnellement d’un essoufflement marqué de la demande en viandes rouges, insufflant d’ordinaire une dynamique de baisse sur les étals des détaillants. «Pourtant, en dépit des espoirs nourris par les ménages marocains, le prix de la viande de bœuf et de mouton continue de peser sur le pouvoir d’achat. Bien qu’une légère inflexion des cours ait été observée sur les marchés de gros, l’allègement de la facture tarde à se concrétiser au niveau des boucheries de quartier, illustrant un marché en quête d’équilibre», relève le magazine Finances News Hebdo.

Au marché de gros de Casablanca, la timide baisse des prix enregistrée au début du mois de juillet n’a pas suffi à inverser la tendance générale. Les transactions sur la viande bovine y sont passées d’une fourchette comprise entre 85 et 110 dirhams le kilogramme à un niveau oscillant désormais entre 82 et 107 dirhams. De son côté, la viande ovine s’est négociée entre 135 et 140 dirhams le kilogramme, contre 140 à 145 dirhams la semaine précédente.

Cette modeste révision à la baisse demeure toutefois trop marginale pour offrir une véritable bouffée d’air frais au consommateur final, confronté quotidiennement à des grilles tarifaires toujours très élevées.

Interrogé sur la persistance de cette conjoncture tendue, le président de l’Union générale des bouchers du Maroc, Ahmed Taha Chihab, met en lumière un déficit structurel d’approvisionnement en viande ovine. La raréfaction de l’offre de mouton entretient mécaniquement la fermeté des prix, contraignant ainsi une part importante de la clientèle à se rabattre sur la viande bovine. Actuellement, l’approvisionnement du marché national repose sur trois piliers distincts: le cheptel bovin local et les importations d’animaux vivants ou de carcasses en provenance du Brésil et de l’Uruguay.

Si les facilitations réglementaires accordées par les autorités publiques pour encourager ces flux d’importation ont permis d’éviter des ruptures de stock massives, elles n’ont pas produit l’effet d’entraînement escompté sur la baisse des prix. Les professionnels du secteur rappellent, à cet égard, que la viande importée subit de plein fouet l’envolée des cours internationaux, l’alourdissement des frais de transport maritime ainsi que le surcoût de la logistique d’acheminement. «De plus, la reconstitution du cheptel national, fortement éprouvé par la sécheresse et la hausse du coût des aliments pour bétail, constitue un processus lent qui s’accorde difficilement avec la constance de la demande, particulièrement soutenue dans les grandes agglomérations urbaines», souligne Finances News.

Cette équation économique complexe fragilise toute une profession. Selon les estimations de la représentation professionnelle, plus de 40% des bouchers n’ont toujours pas rouvert leurs commerces à la suite de la pause festive de l’Aïd. Pris en tenaille entre des prix d’achat en gros élevés, des marges de profit résiduelles et une érosion continue du volume des ventes, de nombreux détaillants préfèrent suspendre temporairement leur activité, illustrant la profondeur des difficultés financières auxquelles le secteur est confronté.

Il convient également de replacer cette situation dans un contexte mondial particulièrement défavorable. Les tensions observées sur le marché national font écho à une hausse généralisée des cours à l’échelle internationale. Selon les données publiées par la Commission européenne, les prix du bœuf s’inscrivent sur des trajectoires historiquement hautes en raison de la contraction des cheptels dans les principaux pays producteurs. Cette conjoncture internationale restreint fortement les marges de manœuvre des opérateurs marocains, car les achats réalisés en Amérique du Sud servent d’appoint stratégique, mais ne parviennent pas à infléchir l’offre globale.

Les arbitrages culturels des consommateurs marocains jouent un rôle prépondérant dans le maintien des tarifs. La viande ovine conserve un statut de référence dans l’alimentation quotidienne de nombreux foyers, qui ne perçoivent pas toujours la viande bovine importée comme un substitut satisfaisant. Ce décalage entre l’offre disponible et la demande spécifique renforce la résistance des prix. Face à ces facteurs cumulés, les analystes de la filière demeurent très réservés quant à une baisse imminente. Tout apaisement durable dépendra en priorité de la remontée en puissance de la production locale, d’un rééquilibrage de l’offre nationale et d’un assouplissement de la conjoncture internationale des matières premières agricoles.

Par La Rédaction
Le 05/08/2026 à 19h54