Au premier trimestre 2026, l’économie marocaine affiche une résilience remarquable, malgré un environnement international toujours perturbé. Selon la note de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) d’avril 2026, le PIB a progressé de 5% en glissement annuel, après une hausse de 4,1% au trimestre précédent. Côté inflation, le Maroc enregistre un recul inattendu avec une baisse de 0,1% des prix à la consommation au premier trimestre 2026, principalement en raison de la chute des prix alimentaires (-1,1%). Les prévisions pour le deuxième trimestre tablent sur une inflation modérée autour de 1,5% en glissement annuel, dans un scénario de normalisation progressive des cours pétroliers. Cependant, en cas de persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cette inflation pourrait atteindre 2,3%.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’adoption prochaine d’un régime de ciblage de l’inflation, une réforme monétaire majeure annoncée fin 2025 et dont la phase pilote est prévue pour cette année, indique le magazine Finances News Hebdo. Ce nouveau cadre vise à ancrer les anticipations inflationnistes autour d’un objectif à moyen terme, permettant ainsi une meilleure stabilité des prix. Selon Edman Hassan, économiste et professeur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Agadir, «à première vue, les conditions semblent réunies pour une transition réussie. Le canal du crédit fonctionne bien, comme en témoigne la forte progression des créances sur l’économie (+8,2%), ce qui montre que les décisions de Bank Al-Maghrib se transmettent efficacement aux entreprises et aux ménages».
Cependant, l’économiste met en garde contre deux défis majeurs. Le premier concerne la nature même de l’inflation au Maroc, très exposée aux chocs externes, notamment les fluctuations des prix de l’énergie. «Une inflation importée, comme celle causée par la hausse du prix du Brent en raison des tensions géopolitiques, est difficile à combattre avec les outils monétaires classiques. Augmenter les taux d’intérêt pour contrer une hausse du prix de l’essence pénaliserait l’ensemble de l’économie sans résoudre le problème à sa source», explique-t-il.
Le second défi est encore plus préoccupant, lit-on dans Finances News Hebdo: la tendance actuelle à la déflation. «La note du HCP montre une inflation trimestrielle négative (-0,1%), tirée par la baisse des prix alimentaires (-1,1%). Or, le ciblage de l’inflation est conçu pour maîtriser une inflation trop forte, pas pour lutter contre la déflation, qui peut être bien plus destructrice», souligne Edman Hassan. Une spirale déflationniste –baisse des prix, report des achats, baisse de la production, chômage– serait un scénario catastrophe. Si cette tendance persiste, l’objectif de Bank Al-Maghrib en 2027 ne sera pas de «cibler» une inflation à 2%, mais de tout faire pour en générer.
Enfin, pour que le ciblage de l’inflation soit efficace, il faut une inflation structurellement positive et tirée par la demande intérieure. «Aujourd’hui, nous avons l’inverse: une inflation négative, tirée par des chocs d’offre. Le chemin vers 2027 semble donc encore semé d’embûches», conclut l’économiste.




