À la tribune de la 81ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est fendu d’une prestation verbale dont le régime d’Alger a le secret s’agissant du dossier du Sahara: grandiloquente, artificiellement solennelle, mais tragiquement déconnectée des réalités géopolitiques contemporaines. En affirmant d’un ton sentencieux que «l’écoulement d’un demi-siècle ne saurait transformer une réalité imposée en vérité juridique», le chef de la diplomatie algérienne a livré un plaidoyer anachronique, cherchant désespérément à masquer l’enlisement d’une doctrine officielle à bout de souffle.
À travers une rhétorique usée, empreinte de contradictions flagrantes, le verbe d’Attaf illustre à merveille l’isolement croissant d’un pouvoir algérien pris au piège de ses propres contradictions, loin des dynamiques de vérité portées par le terrain et consacrées par la communauté internationale.
Une logorrhée faussement pompeuse
Dès l’entame de son allocution new-yorkaise, Ahmed Attaf s’est engouffré dans une contradiction aussi grossière qu’involontaire. En fustigeant la prétendue «logique du fait accompli» et en appelant à des négociations menées «de bonne foi et avec une volonté sincère et authentique […] loin de toute logique de diktat et de marchandage», le ministre oublie un peu trop vite que le principal promoteur du diktat régional dans ce dossier n’est autre qu’Alger.
Le vernis de la posture pacifiste s’écaille immédiatement lorsqu’on analyse la substance de son propos. Tout en prétendant sacraliser la légalité internationale, Attaf tente de ressusciter un dogme tiers-mondiste poussiéreux, feignant d’ignorer que le monde a évolué. Le ton se veut faussement magnanime lorsqu’il évoque les «réfugiés sahraouis» accueillis sur le sol algérien depuis un demi-siècle, mais cette sollicitude affichée cache mal l’instrumentalisation géopolitique cynique d’une population parquée dans les camps de Tindouf, privée de recensement et transformée en fonds de commerce diplomatique.
Discourir sur la décolonisation tout en verrouillant toute velléité d’émancipation réelle ou de recensement transparent sous l’égide du HCR relève d’une schizophrénie politique manifeste. Le style grandiloquent d’Attaf ne trompe plus personne: il masque mal l’angoisse d’un régime qui assiste, impuissant, à l’effondrement méthodique de ses thèses.
La soustraction illusoire d’Alger
Dans sa tentative pathologique de se dédouaner, le chef de la diplomatie algérienne persiste à dissocier son pays du cœur même du conflit, le réduisant fallacieusement à un simple rôle de spectateur compatissant. C’est là un mensonge historique grossier. L’Algérie est plus qu’un simple voisin hospitalier. Elle est l’instigatrice, le bailleur de fonds, le geôlier et le parrain militaire exclusif du front Polisario. Pendant des décennies, Alger a refusé d’endosser ses responsabilités sous couvert de neutralité de façade. Pourtant, face à la realpolitik imposée par les grandes puissances et sous l’égide conjointe des États-Unis et de l’ONU, le régime algérien a été contraint et forcé de baisser la garde et de s’asseoir à la table des négociations.
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Cette séquence de vérité s’est matérialisée à travers des rounds diplomatiques cruciaux menés sous haute pression internationale à l’instar des discussions menées à Madrid et des conclaves successifs pilotés par Washington, actant formellement l’implication directe et incontestable d’Alger comme partie prenante principale et incontournable du différend régional. Vouloir nier cette réalité à la tribune de l’ONU relève de la méthode Coué.
Le grand oubli de l’autonomie comme unique solution
Le paroxysme de la contradiction d’Ahmed Attaf réside dans son invocation sélective de la légalité internationale. Le ministre se revendique de l’ONU tout en piétinant délibérément les résolutions les plus récentes et structurantes du Conseil de sécurité.
En feignant d’ignorer la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée à une écrasante majorité, le chef de la diplomatie algérienne se livre à une réécriture ubuesque de la vérité onusienne. Pour rappel, la résolution 2797 consacre de manière claire et irréversible la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie, qualifiée de sérieuse et de crédible par l’instance internationale suprême, tout en réduisant drastiquement le champ des options obsolètes brandies par Alger. En s’accrochant à des formules surannées datant du siècle dernier, Attaf démontre qu’il ne respecte l’ONU que lorsque celle-ci abonde dans le sens des lubies géopolitiques algériennes, s’isolant ainsi de la dynamique normative internationale qui entérine la souveraineté marocaine.
La mascarade du «représentant unique»
Autre artifice rhétorique insoutenable: l’insistance d’Attaf à vouloir ériger en «unique représentant» une milice armée retranchée à Tindouf, en passe d’être qualifiée d’organisation terroriste par les États-Unis et cernée par les exigences de sécurité internationale en raison de ses dérives et de ses liens avérés avec les réseaux terroristes sahélo-sahariens et l’Iran.
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En déniant toute voix aux véritables habitants des provinces du Sud, le ministre algérien verse dans un mépris insupportable. Les populations sahraouies vivent au quotidien dans leur patrie, participent activement au développement de leur pays et n’ont nul besoin des leçons d’un bureaucrate algérien aigri et amer pour exprimer leurs choix politiques.
Ces populations viennent d’ailleurs de le démontrer avec éclat lors des élections législatives qui se sont déroulées le 23 septembre 2026. Malgré les imprécations d’Alger, les provinces du Sud du Royaume se sont distinguées, mercredi, par un fort taux de participation. Comptez 77% dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, 61% dans la région de Dakhla-Oued Eddahab et 53,48% dans celle de Guelmim-Oued Noun. Ces niveaux de participation viennent confirmer une tendance déjà observée lors des précédentes échéances électorales. Ceci, alors que le taux de participation national s’est établi à 38,02%, confirmant l’enracinement démocratique institutionnel dans les provinces sahariennes du Royaume où les citoyens élisent librement leurs propres députés et représentants légitimes, loin du totalitarisme des camps contrôlés par les baïonnettes du Polisario.
Déjà en 2007, alors que la moyenne nationale s’établissait à 37%, les citoyens des provinces du Sud affichaient des taux de mobilisation bien supérieurs, atteignant 50% à Laâyoune et grimpant jusqu’à 62% à Dakhla. Une tendance similaire s’est confirmée lors du scrutin de 2011: face à une moyenne nationale de 45,4%, la région d’Oued Eddahab se distinguait avec une participation de 58,5%. L’ancrage de cette citoyenneté active ne s’est jamais démenti par la suite. En 2016, dans un contexte global où la moyenne nationale atteignait 42,3%, Laâyoune marquait les esprits avec un taux de 57,2%. Lors des élections de 2021, cet écart s’est encore creusé: pour une moyenne nationale de 50,18%, les habitants de Laâyoune ont voté à 66,94%, tandis que Dakhla enregistrait une participation de 58,30%.
L’hypocrisie des «grands principes»
En vérité, le régime algérien est le moins bien placé au monde pour donner des leçons de morale ou jouer la carte des grands principes. Il ne fait pas qu’héberger une rébellion fictive. Il la finance à coups de milliards de dollars prélevés sur les rentes énergétiques du peuple algérien, l’arme lourdement et mobilise chaque atome de sa diplomatie dans une guerre d’usure stérile contre son voisin marocain.
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Mais le plus piquant dans le grand écart diplomatico-politique d’Alger réside dans le grand non-dit d’Ahmed Attaf. Le ministre dissimule avec soin ce que son pays fait en coulisses pour tenter de sauver sa propre peau face à l’inéluctable. Tandis que la rhétorique officielle s’égosille à l’ONU, la diplomatie algérienne courtise par tous les moyens imaginables les États-Unis. Des États-Unis résolument et fermement ancrés du côté du Maroc sur la question de son intégrité territoriale.
Les illustrations de cette cour assidue ne manquent pas: de la formule désespérée de l’ambassadeur algérien à Washington proclamant «The sky is the limit» pour tenter d’amadouer l’administration américaine face aux opportunités économiques algériennes, jusqu’aux tractations menées lors de la récente visite de Massad Boulos auprès des responsables algériens.
À travers la sortie d’Ahmed Attaf à la tribune de la 81ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, l’Algérie offre le spectacle désolant d’un régime prisonnier de ses propres phantasmes géopolitiques. En nageant à contre-courant d’un demi-siècle d’évolutions juridiques, démocratiques et diplomatiques, le chef de la diplomatie algérienne confirme que son pays s’est enfermé dans une impasse stratégique totale. Entre déni des résolutions onusiennes, mépris de la volonté souveraine des populations sahraouies exprimée dans les urnes et courbettes secrètes à l’adresse de Washington, la posture algérienne n’est plus qu’un château de cartes branlant. L’Histoire avance, portée par le sceau du réalisme et de la légitimité marocaine. Les litanies surannées d’Attaf ne sont plus que les chants du cygne d’une diplomatie en plein naufrage.



