La campagne 2026-2027 de la tomate s’amorce sous haute tension dans la région du Souss-Massa, alors que s’achèvent les plantations, étalées de début août à fin septembre. Les exploitants font face à une conjoncture délicate, marquée par des difficultés persistantes d’approvisionnement en eau et les répercussions des fortes chaleurs estivales. «Les premières estimations laissent présager une nouvelle contraction de 10 à 15% des superficies consacrées à la tomate ronde, tandis que le cycle hivernal devrait accuser un retard de 10 à 15 jours par rapport au calendrier habituel, qui prévoit un démarrage début octobre», indique L’Economiste dans son édition du mardi 29 septembre.
Ces signaux d’alerte succèdent à une saison 2025-2026 déjà difficile. Selon les données de Morocco Foodex, les exportations agroalimentaires ont reculé de 11% à fin avril 2026 en glissement annuel, pour s’établir à 549 000 tonnes. Le repli a atteint 15 % pour la tomate ronde et 8% pour les variétés de segmentation, touchant particulièrement l’Europe et le Royaume-Uni, qui absorbent traditionnellement 93% des volumes. Ce ralentissement fait suite à un exercice 2024-2025 record, marqué par l’exportation de 745 000 tonnes entre juillet et juin, pour près de 1,2 milliard de dollars de recettes. Cette performance a toutefois été ternie par la pression phytosanitaire du virus ToBRFV et du mildiou, des intempéries destructrices, des perturbations logistiques et des restrictions temporaires à l’exportation.
Sur le front hydrique, la situation demeure contrastée. Si les précipitations de la dernière saison ont regarni les barrages du Royaume, elles n’ont pas résolu toutes les difficultés d’approvisionnement dans le Souss-Massa, où certains réseaux hydroagricoles nécessitent encore des travaux de réhabilitation après des années d’inactivité. L’irrigation a certes repris en juillet dans le Souss Amont et le Guerdane, mais le périmètre de Massa, tributaire du barrage Youssef Ben Tachfine, attendait encore, fin septembre, l’achèvement des travaux sur ses conduites. Les professionnels continuent de signaler des perturbations, notamment à la station de dessalement de Chtouka Aït Baha, sujette à des interruptions dépassant parfois dix jours et contraignant les exploitants à recourir à de coûteux camions-citernes. «À cela s’ajoute une hausse notable de la salinité de l’eau d’irrigation à Chtouka et à Taroudant», souligne L’Economiste.
La canicule a également lourdement pesé sur le démarrage des cultures. Dès le mois d’août, des températures atteignant 45 °C ont fragilisé les jeunes plants maraîchers, tandis que les vents chauds et les chocs thermiques ont accru les besoins en brumisation. Les premières grappes présentent des disparités de calibre et des rendements moindres, mais il est encore trop tôt pour chiffrer leur impact global sur la campagne. Ces contraintes climatiques et hydriques accélèrent la réorientation des producteurs, qui délaissent la tomate ronde au profit des variétés de segmentation ou d’autres cultures.
Malgré ces fragilités structurelles, la position commerciale du Maroc sur le marché mondial demeure solide. Quatrième exportateur mondial de tomates fraîches en 2025, le Royaume conserve un poids géopolitique majeur sur le marché européen. «Entre janvier et mai 2026, il y a écoulé 243,47 millions de kilos pour une valeur de 539,36 millions d’euros, se plaçant immédiatement derrière l’Espagne, avec ses 267,35 millions de kilos pour 599,05 millions d’euros, et devant les Pays-Bas», note L’Economiste.
Cette proximité avec l’Espagne, tant en volume qu’en valeur, illustre une concurrence européenne plus serrée que jamais. Les producteurs espagnols, qui prévoient environ 13 500 hectares de serres pour la saison à venir, dans un contexte de coûts élevés et de pression du ToBRFV, tendent à délaisser les tomates rondes et en grappe au profit des variétés allongées et de spécialité, face à la concurrence des offres marocaine et turque. Alors que les premiers volumes significatifs espagnols sont attendus à la mi-octobre, la suite de la campagne marocaine dépendra étroitement des conditions météorologiques et de la gestion de la ressource en eau dans le Souss-Massa, dont dépend sa compétitivité.



