Le vrai et le faux

Tahar Ben Jelloun.

ChroniqueDes hommes politiques pourris se précipitent à Alger où l’on sert la soupe anti-marocaine trempée dans une harissa importée de Tunisie, mélangée à de la ratatouille où le mensonge a un goût relevé, juste ce qu’il faut pour faire passer des messages de haine, une haine enseignée jusque dans les écoles primaires.

Le 28/09/2026 à 12h00
  1. Notre époque est celle de la communication. Communiquer est non seulement une science mais aussi un art. Que ce soit en temps de paix ou de guerre, celui qui manipule avec maîtrise et intelligence cet art, gagne souvent.

Ces derniers temps, le Maroc est la cible de plusieurs attaques venant de plusieurs pays et de quelques individus animés par l’esprit de vengeance. C’est une guerre menée en silence et qui, à force de répéter des fake news, finit par faire douter ceux qui aiment bien notre pays.

L’information n’est jamais sèche. Elle arrive habillée de fantasmes, de bruit et de fureur. Parfois elle est fabriquée, d’autres fois elle est intentionnellement fausse avec l’apparence du vrai.

Depuis l’apparition et la progression des réseaux sociaux alliés à l’Intelligence artificielle, l’art de communiquer est devenu un métier où le mensonge et la violence se chargent d’intoxiquer le grand public. C’est plus qu’un jeu: une stratégie en vue de déstabiliser des régimes.

Le grand cinéaste américain Orson Welles avait réalisé, vers la fin de sa vie, un film sur la vérité et le mensonge, F for Fake. Il y suivait notamment Elmyr, un grand faussaire, capable de reproduire avec brio une toile de Picasso ou de Matisse, au point que le vrai et le faux devenaient quasiment indiscernables. Ce qui était intéressant, c’est que ce «copieur», capable de tromper tout le monde, se présentait lui-même comme un fabricant de faux, sans prétendre faire passer le faux pour du vrai. Ce qui ne l’avait pas empêché de vendre à des musées de faux Braque ou de faux Renoir!

Il y citait Picasso: «L’art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité».

À ce niveau, le vrai et le faux sont des jeux. Rien de grave. Aujourd’hui, des politiques inventent des situations et la font passer pour une réalité. Ce n’est pas drôle et surtout cela peut avoir des conséquences graves.

  1. Ainsi, actuellement, la guerre froide entre le Maroc et son voisin de l’Est est faite en partie par des fausses nouvelles, par des mises en scène exécutées par l’Intelligence artificielle, par des images truquées, des discours détournés et surtout par une violence encombrée de haine. Une haine rance, obsessionnelle, pathologique rendue efficace à coups de millions d’euros.

J’ai l’impression que l’adversaire algérien investit des sommes d’argent énormes pour porter atteinte à la dignité et à la stabilité de notre pays. Des fabriquants de vidéos abjectes d’un côté et de l’autre, des personnalités politiques étrangères grassement rémunérées pour propager des discours catastrophiques remettant en cause l’intégrité territoriale de notre pays ainsi que sa stabilité.

Des hommes politiques pourris se précipitent à Alger où l’on sert la soupe anti-marocaine trempée dans une harissa importée de Tunisie, mélangée à de la ratatouille où le mensonge a un goût relevé, juste ce qu’il faut pour faire passer des messages de haine, une haine enseignée jusque dans les écoles primaires.

Dans ce cirque pathétique, surnagent des voix qui ne sont même pas payées, diffamant à grande vitesse, utilisant l’insulte et la menace visant notre Souverain. Ces individus se disent exilés politiques et trouvent refuge dans des pays peu soucieux de la vérité.

Tous ceux qui fréquentent YouTube savent de qui je veux parler. On se dit: certes, c’est la liberté d’expression, mais celle-ci ne saurait se confondre avec la liberté d’insulter à travers des caricatures laides et vulgaires. Nous sommes là face à de la diffamation. Ce n’est pas faire usage de sa liberté que de hurler sa détestation de la monarchie en recourant à des mots nauséabonds, avec le mépris de la vengeance et l’aigreur de l’échec.

Que faire? L’indifférence, certes. Mais il faut aller au-delà et enfoncer le clou de la démagogie, de l’ingratitude, de l’immense médiocrité qui pue.

Plus le Maroc avance — je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes importants —, plus ses ennemis enragent. Et, si l’on en croit ce que nous disait Boualem Sansal dans l’une de ses chroniques parues dans Le360, ils préparent la guerre, une guerre qui serait une catastrophe pour les peuples du Maghreb. Mais «ces gens-là», comme le chantait Jacques Brel, n’ont que faire du destin des peuples du Maghreb.

«Il n’en reste pas moins que Sebta et Melilia sont sur le territoire marocain et que tôt ou tard l’Espagne devra les rendre au Royaume du Maroc. Simple logique et surtout fin du système colonial. »

—  Tahar Ben Jelloun

Le Maroc n’a pas cessé de tendre la main au régime algérien. La réponse a souvent été des insultes, un refus systématique de dialoguer, maintenant les frontières (air, terre, mer) fermées.

Si la sagesse réside dans l’indifférence, il arrive un moment où il faut dépasser ce stade, que l’adversaire finit par prendre pour de la faiblesse. Il existe moult façons d’endiguer cette haine et de faire taire les faussaires et leurs maîtres. Je ne suis pas stratège, mais, en tant que citoyen d’un pays que j’aime et que je défends, il m’arrive d’enrager et de réclamer justice!

  1. Il est un individu, journaliste en principe, qui nourrit à l’égard de notre pays une haine tenace. Il est espagnol et s’appelle Cembrero. Je l’ai toujours ignoré, mais lui ne rate jamais une occasion d’affirmer que «le Maroc est une dictature» — il l’a encore dit récemment sur TV5Monde, à propos du drame de Sebta.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce qu’à la suite de mon point de vue publié dans El País le 19 septembre dernier, il a raconté une histoire totalement inventée, portant atteinte à mon honneur et à ma dignité. Je ne me souviens pas avoir rencontré cet homme, et encore moins avoir participé, en sa présence, à une réunion avec Christine Serfaty. Celle-ci m’aurait alors demandé d’écrire un article pour réclamer la libération de son mari, Abraham, qui était par ailleurs mon ami — il avait préfacé mon premier recueil de poésie, publié en 1970.

Cembrero prétend que j’aurais tourné le dos à Christine avant de partir sans rien dire. Cette histoire, que je conteste formellement, relève de ce que l’on appelle aujourd’hui les «fake news».

Pour votre information, je n’avais pas attendu que Christine me demande d’écrire sur Abraham. J’avais publié dans Le Monde du 12 mars 1980 une «Tribune internationale» intitulée «Liberté pour les délits d’opinion» où je réclamais la libération d’Abdellatif Laâbi et d’Abraham Serfaty, injustement mis en prison pour leurs idées.

Je dis simplement que quand par hasard vous tombez sur un article écrit par cet individu, sachez qu’il est capable de mentir comme cela a été le cas en ce qui me concerne.

  1. Pour ce qui est de ma tribune dans El Pais (republiée dans Le360 le 21 septembre 2026), le président de Sebta et celui de Melilia me demandent de faire une «rectification» dans le sens de «l’espagnolité» de ces deux présides.

Je rappelle juste des faits historiques: Sebta a été occupée par le Portugal en 1415. Par le Traité de Lisbonne de 1668, cette ville a été livrée à l’Espagne.

Quant à Melilia, l’Espagne l’occupe depuis 1497. Ces deux occupations ont été faites en ignorant l’existence du peuple marocain.

Certes, l’Union européenne les considère comme «faisant partie du territoire espagnol, avec des régimes fiscaux distincts». Mais l’UE se trompe et entérine une situation d’occupation qui date de plusieurs siècles. Car il n’en reste pas moins que ces deux villes sont sur le territoire marocain et que tôt ou tard l’Espagne devra les rendre au Royaume du Maroc. Simple logique et surtout fin du système colonial.

Les deux présidents qui n’ont pas toléré ma vision de l’histoire, devraient se poser les mêmes questions sur Gibraltar. L’histoire nous rappelle que durant la guerre de Succession d’Espagne en 1704, une flotte anglo-néerlandaise s’était emparée de Gibraltar au nom de l’archiduc Charles d’Autriche. S’en suivit un traité, appelé «Traité d’Utrecht» qui stipule que l’Espagne cède officiellement et de manière perpétuelle la ville de Gibraltar à la Couronne britannique (1713).

Deux situations parallèles devenues aujourd’hui absurdes et anachroniques.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 28/09/2026 à 12h00