Certains cinéastes américains importants comme Ridley Scott ou Spielberg sentent, l’âge avançant, grâce à des intuitions fortes, que la fin du monde est à envisager sérieusement. Elle ne sera pas brutale et totale, mais se fera par à-coups, comme en attestent les catastrophes naturelles de plus en plus dévastatrices. Elles toucheront certains pays, pas d’autres. L’Asie du Sud-Est ainsi que les États-Unis ont connu une série de catastrophes naturelles soldées par des milliers de victimes et de sans-abri.
Pour ceux qui ont perdu leur maison et leurs biens dans des incendies impossibles à maîtriser, comme ce fut le cas en Californie il y a deux ans, la fin du monde est une épreuve qu’ils ont vécue dans leur chair (337 feux de forêt, 23.324 hectares brûlés, 30 morts et plus de 16.000 structures détruites, dont 10.000 habitations).
L’État du Nevada a lui aussi connu des incendies terribles.
Les victimes de tsunamis ou de typhons imprévisibles ne sont plus là pour témoigner. Leur disparition a été brutale et cruelle.
La pandémie de Covid-19 a été particulièrement meurtrière au sein d’une population fragile. Cette fois-ci, le monde entier, sans exception, avait été attaqué par ce virus.
Ces jours-ci, au Népal et au Tibet, des crues et des coulées de boue, déclenchées par l’effondrement d’un glacier en haute altitude, ont enseveli des villages et des routes, faisant 1.287 morts et plus de 5.000 disparus. Cela a été provoqué par le réchauffement climatique.
C’est dans ce contexte dramatique que se déroule le dernier film de Ridley Scott, The Dog Stars. C’est l’histoire d’un pilote américain, Hig, qui a survécu à une pandémie inconnue ayant décimé une grande partie de la société américaine. Il vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ancien «marine». Le thème du film: «Quand le monde touche à sa fin», nous dit la bande-annonce.
Dans une déclaration faite à l’hebdo Le Point, Ridley Scott nous prévient: «Le monde basculera dans le tribalisme en un clin d’œil. Du jour au lendemain, la capacité de chacun à assurer sa sécurité et à s’organiser définira la frontière entre les survivants et les autres. J’espère qu’on n’en arrivera pas là, mais je vois beaucoup de mauvais signaux. Nous sommes toujours dans un déni stupide. Le réchauffement climatique est plus grave que jamais, les États-Unis subissent des tempêtes majeures et des sécheresses immenses… Des populations entières se déplaceront, comme des armées, d’Amérique du Sud ou d’ailleurs.»
Cela, nous le constatons déjà et, de peur de créer de la panique chez les gens, on préfère penser que «ça n’arrive qu’aux autres» et que nous sommes à l’abri de telles catastrophes.
Spielberg contourne la difficulté en articulant son dernier film, Disclosure Day, autour de la présence d’extraterrestres que l’État et l’armée cherchent à dissimuler.
«C’est par la crise de la culture et le chaos de l’information que ce déclin se manifeste sous nos yeux. Les jeunes ne lisent pratiquement plus. Les adultes abandonnent les valeurs civilisationnelles. Le droit international est ignoré par certaines puissances. La guerre ne connaît plus de règles. »
— Tahar Ben Jelloun
La ficelle est grosse. La planète va tellement mal qu’elle n’a pas besoin de recourir à des symboles aussi improbables. Ce ne sont pas des extraterrestres qui menacent la paix dans le monde. Ce sont des États, des gouvernants, des chefs politiques et militaires qui sont en train de mener des guerres sèches et sans pitié dans plusieurs pays du monde.
Pendant ce temps-là, ces mêmes politiques se moquent des lanceurs d’alerte sur le climat, qui nous montrent tous les jours combien le réchauffement de la planète est une réalité concrète, alors que des milliers de personnes meurent sous l’effet de la canicule ou dans des incendies.
Le film de Christopher Nolan, L’Odyssée, participe lui aussi de cette vision apocalyptique de la planète en filmant de façon magistrale la fin d’une civilisation, avec des clins d’œil à la culture et à la civilisation occidentales actuelles, lesquelles auraient entamé leur déclin et, par conséquent, leur marche vers la fin.
Le film se termine par un éloge de la force. Ulysse, déguisé en mendiant mais doté d’une force exceptionnelle, réussira à bander l’arc et retrouvera son épouse, Pénélope.
C’est par la crise de la culture et le chaos de l’information que ce déclin se manifeste sous nos yeux. Les jeunes ne lisent pratiquement plus. Les adultes abandonnent les valeurs civilisationnelles. Le droit international est ignoré par certaines puissances. La guerre ne connaît plus de règles. De petits pays sont occupés et détruits en toute impunité. Bref, c’est la décadence et la barbarie en marche, ce qui donne raison aux cinéastes soucieux de dire l’état du monde tel qu’ils le vivent, tel qu’il est en train de mourir.
Ils nous font part de leurs angoisses, de leurs peurs et leur impuissance face à la brutalité de la force qui méprise la loi et le droit.
Il n’y a plus de société modèle. Même les pays nordiques, qui pratiquaient une démocratie exemplaire, sont aujourd’hui sérieusement ébranlés par la progression des partis d’extrême droite, dont l’idéologie repose souvent sur le racisme et le complotisme. C’est la conséquence de la peur, instrumentalisée et amplifiée par des responsables politiques désireux d’accéder au pouvoir.
La progression des extrêmes est le début du déclin et la fin d’une civilisation basée sur le droit, la dignité, la loi et le respect des conventions internationales.
Pas de panique.
Mais il vaudrait mieux se renseigner et prendre conscience de la manière dont la planète est de plus en plus abîmée par les colères de la nature, des colères impitoyables. Les «climatosceptiques» sont des ignorants ou des inconscients dangereux. On attend leur examen de conscience et la fin du déni.
Pour paraphraser l’ancien président Jacques Chirac: «Ne regardons plus ailleurs quand la maison brûle.» Nous en sommes là.




