Le dossier dit de l’immeuble de 200 millions de dirhams refait surface devant la justice à Rabat, remettant sous les projecteurs un projet immobilier controversé estimé à plusieurs millions de dollars. Un investisseur qatari a déposé une nouvelle plainte auprès du procureur du Roi près le tribunal de première instance de Rabat, dénonçant des faits qualifiés d’abus de confiance, d’escroquerie, de fraude, de falsification, de menaces et d’extorsion, en lien avec un investissement de plus de 19 millions de dollars, relaie le quotidien Al Akhbar de ce lundi 7 septembre.
Cette initiative judiciaire relance une affaire qui avait déjà suscité de vifs débats au sein du conseil communal de Rabat, en raison des conditions d’octroi de l’autorisation et des modifications apportées au plan initial du projet. La démarche actuelle pourrait éclairer sous un jour nouveau les interrogations restées sans réponse autour de cette opération. L’investisseur fait état de correspondances et de documents censés révéler le parcours des fonds et la nature des relations contractuelles entre les différentes parties, tout en demandant au ministère public de vérifier les faits relatés.
Parmi les éléments présentés figure un document émanant d’une société dénommée «Aldar Building», selon lequel une dette de plus de 20,4 millions de dirhams pèserait sur la société «Al Wakra». L’investisseur affirme toutefois que ses vérifications indiquent le règlement de cette dette, ajoutant que la propriété de la société concernée aurait été transférée de l’épouse de l’un des mis en cause à une autre personne, lit-on dans Al Akhbar.
La plainte aborde également le volet financier en faisant état d’allégations d’intimidations subies par l’investisseur. Ce dernier avance qu’on l’aurait menacé de poursuites pour blanchiment d’argent en raison de ses transactions avec des sociétés étrangères, ce qu’il interprète comme des pressions destinées à le faire renoncer à ses prétentions. Il soutient disposer de correspondances appuyant sa version et sollicite l’ouverture d’une enquête approfondie avec l’audition de l’ensemble des parties concernées.
L’affaire revêt un intérêt particulier au regard de son historique. En 2019, cet immeuble de 200 millions de dirhams avait fait l’objet de discussions au sein du conseil communal de Rabat, soulevant des interrogations sur des modifications du plan, notamment l’augmentation du nombre d’appartements et la réduction de leurs superficies. Des questions avaient alors été posées sur les démarches administratives et fiscales, alors que l’adjoint au maire de Rabat de l’époque affirmait que les procédures s’étaient déroulées conformément aux règles en vigueur, excluant toute infraction. Des conseillers avaient néanmoins réclamé la saisine de l’Inspection générale de l’administration territoriale pour un audit global.
Aujourd’hui, après plusieurs années de polémique, le dossier revient devant l’appareil judiciaire à la suite de cette plainte déposée par un investisseur étranger pour un projet de plus de 19 millions de dollars. L’affaire dépasse le simple litige entre parties privées pour poser de nouveau la question de la protection des investissements, de la transparence des transactions immobilières et des garanties juridiques offertes aux investisseurs, en particulier dans les projets à forts enjeux financiers.




