J’ai appris dernièrement que des bagages ont été volés à bord du superbe train à grande vitesse, le Boraq.
Oui, des voyageurs n’ont pas retrouvé leurs valises en arrivant à destination. Comment est-ce possible? Le Boraq est une des merveilles de notre si beau pays. Pourquoi abîmer cette merveille en commettant des vols?
Au-delà de ces incidents assez rares, force est de constater que le vol est une pratique assez répandue dans notre belle société. Ça va du chapardage au vol organisé.
Il y a plusieurs façons de s’emparer des biens d’autrui. Nos chers compatriotes les connaissent et certains les mettent en pratique.
Chacun de nous, quelle que soit sa situation financière, a été un jour victime de vol. Chacun pourrait raconter son histoire.
Une histoire vécue me vient à l’esprit:
J’ai une personne admirable qui travaille chez moi depuis plus de 25 ans. Loyale, fidèle, intègre. Une perle rare. C’est elle qui, deux à trois fois par semaine s’en va faire les courses pour la maison. Le marché étant un peu éloigné de la maison, elle prend un de ces petits taxis.
Après avoir acheté le poisson, la viande, les poulets, les fruits et légumes, elle arrête un petit taxi pour rentrer. Deux couffins pleins sont déposés dans le coffre de la voiture. Arrivée à la maison, elle règle la course et laisse un bon pourboire. Le temps de descendre du taxi pour récupérer les couffins, le chauffeur démarre en trombe et disparaît.
Voilà la dame désespérée, en larmes d’avoir été volée avec autant d’indécence et de rapidité.
Quand elle me raconta l’histoire, je me mis à rire. Évidemment, elle aurait pu noter le numéro du taxi, mais les choses se sont passées si vite qu’elle n’y a vu que du feu.
Je l’ai rassurée en lui disant que la famille de ce chauffeur va se régaler, chose qui ne doit pas arriver souvent.
Une autre histoire tout aussi cocasse.
Je fais faire le plein d’essence de ma voiture dans une station où j’ai mes habitudes. Ce jour-là, le pompiste est nouveau. Il me sourit. Je lui souris. Le plein est fait. Il me dit la somme à régler. C’était l’époque où l’essence coûtait dix dirhams. Je lui tends trois billets de 200 DH. Par un tour de passe-passe incroyable, les billets ont disparu. Il me tend de nouveau la main en répétant le chiffre de 600 DH.
- Mais je vous ai déjà payé.
- Non, Monsieur, vous ne m’avez rien donné.
«- Au Japon, le vol n’existe pas. Il y a la violence de la Mafia, mais personne n’aura l’idée ou l’envie de s’emparer d’un bien qui ne le lui appartient pas. C’est notre éducation et personne ne la conteste. »
— Tahar Ben Jelloun
J’étais absolument certain que j’avais payé, d’autant plus qu’il ne me restait dans mon portefeuille que deux billets de 200, car j’avais retiré du distributeur 1000 DH.
Je proteste. Rien à faire. Il maintient sa version. Il vide devant moi ses poches. Il me demande de le fouiller et jure qu’il n’a pas reçu l’argent. Le doute commence à me travailler. Je décide de payer mais, cette fois, j’utilise ma carte bancaire. Là, pas moyen de me rouler par un tour de magie.
J’appris plus tard que le type était un magicien malveillant qui avait fait le même tour à plusieurs clients.
Depuis que la corruption s’est beaucoup développée, le vol est devenu son accessoire. Dès qu’on constate une opportunité, on ne se gêne pas, on vole. Bien sûr, ce sont là des cas exceptionnels. Tous les Marocains ne sont pas affligés de ce vice. Mais il suffit d’une minorité pour faire du Marocain un voleur. Telle est la réputation de certains immigrés marocains en Italie.
Il est évident que la plupart des Marocains sont honnêtes et dénoncent ces délits. Mais voler des bagages à bord d’Al Boraq, c’est non seulement inacceptable, mais c’est d’une gravité qui, dans certains cas, peut devenir criminelle. Imaginez que, dans une valise volée, il y ait des médicaments importants. Si le malade ne les prend pas, son état pourrait s’aggraver et il pourrait même en mourir.
Notre vigilance ne doit pas avoir de limite. Pas de confiance.
Je pense au Japon, peut-être la société la plus civilisée du monde. Je pars dîner avec mon traducteur et mon éditeur. Ils ont chacun un vélo avec un porte-bagages sur lequel ils déposent leur ordinateur et leur cartable. Les vélos sont adossés à un arbre, juste en face de l’entrée du restaurant. Je leur fais remarquer que non seulement ils ont laissé leurs ordinateurs bien en vue, mais qu’ils n’ont même pas attaché leurs vélos avec une chaîne et un cadenas.
Ils rient et me rassurent:
- Au Japon, le vol n’existe pas. Il y a la violence de la Mafia, mais personne n’aura l’idée ou l’envie de s’emparer d’un bien qui ne le lui appartient pas. C’est notre éducation et personne ne la conteste.
Mon traducteur me raconte comment on lui a volé son portefeuille dans le métro parisien. Ouf! Ce n’est pas au Maroc qu’il a été volé.
Quand on prend le métro, une voix vous met en garde en plusieurs langues contre les pickpockets.
Cela étant, il va falloir revoir l’éducation de nos enfants et faire campagne contre ce vice si répandu, hélas.




