Les justiciables sans défenseurs face au boycott des avocats

La grève des avocats paralyse les tribunaux

Revue de presseAu tribunal de première instance de Témara, des prévenus accusés de divers délits ont choisi de comparaître sans la présence d’un avocat pour accélérer le jugement de leurs affaires. Dans un contexte de grève du barreau qui paralyse les prétoires, ce face-à-face direct avec le juge a débouché sur dix condamnations, de la prison ferme à des amendes record, illustrant la ferme détermination de l’institution judiciaire à poursuivre ses travaux malgré la désertion de la défense. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 30/08/2026 à 19h31

Le tribunal de première instance de Témara a été le théâtre, jeudi après-midi vers treize heures, de débats judiciaires d’un genre particulier. Face à un mouvement d’arrêt de travail observé depuis le 15 juin par les avocats, contestant le projet de loi régissant leur profession, les prévenus en détention préventive ont dû comparaître sans l’assistance de leurs défenseurs.

Confrontés à l’amertume de la détention provisoire et désireux de voir leur sort enfin scellé, la grande majorité de ces prévenus a choisi de passer outre les formalités de défense et de faire entendre sa voix directement devant le magistrat. «Le tribunal s’est ainsi résolu à examiner treize affaires de flagrant délit, répondant, au vu des procédures légales, au souhait explicite des accusés de mettre un terme aux instances qui les concernent», rapporte le quotidien Assabah dans son édition du lundi 31 août.

Au terme des audiences, le juge des référés a rendu son délibéré dans dix affaires distinctes, tandis que trois dossiers ont fait l’objet d’un renvoi. Le spectre des infractions examinées dépeint une réalité pénale complexe où la drogue occupe une place prépondérante. Neuf des dossiers traités portaient sur la détention et la consommation de stupéfiants, parfois associées à des délits routiers graves comme le défaut d’assurance ou de contrôle technique, ou encore à la possession de deux-roues aux plaques d’immatriculation falsifiées. D’autres prévenus répondaient d’actes de violence, d’agressions verbales et physiques, d’ivresse publique manifeste, d’incitation à la débauche ou de harcèlement sexuel.

La sentence la plus lourde a frappé un individu impliqué dans le trafic de stupéfiants et la possession d’une moto aux plaques falsifiées, condamné à deux ans et demi de prison ferme et à deux millions de centimes d’amende, assortis de la confiscation des biens au profit de la Douane. D’autres prévenus poursuivis pour possession ou trafic de drogues ont écopé de peines allant de quatre mois à sept mois de prison ferme, tandis que de simples consommateurs se sont vu infliger des peines avec sursis accompagnées d’amendes financières pour défaut de contrôle technique. «Par ailleurs, un présumé chef de réseau arrêté pour transport non autorisé a écopé d’un an et deux mois de prison ferme avec 7 000 dirhams d’amende, et un individu poursuivi pour harcèlement sexuel a été condamné à quatre mois de prison ferme», écrit Assabah.

L’audience a également été marquée par une décision financière d’une ampleur inédite : un prévenu arrêté en possession de chira, confondu par des investigations sécuritaires méticuleuses après avoir dissimulé des stupéfiants, a été condamné à trois mois de prison ferme ainsi qu’au paiement d’un dédommagement record dépassant un demi-milliard de centimes (plus de 566 millions de centimes) au profit de l’administration des douanes, représentée lors du procès.

Enfin, sur la table du tribunal restaient trois affaires délicates introduites fin juillet par le parquet. L’une d’elles, mettant en cause un individu accusé d’atteinte aux mœurs sur mineure, de menaces et de violences, et exigeant la convocation des enquêteurs de la police judiciaire ayant rédigé le procès-verbal, a vu son examen reporté au 16 septembre. Une seconde affaire concernant des accusations de vol et de violences a également été renvoyée, tout comme un dossier douanier auquel le tribunal a accordé un délai supplémentaire. Ainsi va la justice à Témara, où la machine judiciaire continue de tourner coûte que coûte, même au plus fort de la désertion des prétoires par le barreau.

Par La Rédaction
Le 30/08/2026 à 19h31