Feux de forêts en Algérie: le régime brûle ses citoyens dans le brasier de l’impéritie

Une femme inspecte sa maison endommagée après qu'elle a été ravagée par un feu de forêt à Bordj T'har, une commune de la province de Jijel, dans le nord-est de l'Algérie, le 27 août 2026.

Une femme inspecte sa maison endommagée après qu'elle a été ravagée par un feu de forêt à Bordj T'har, une commune de la province de Jijel, dans le nord-est de l'Algérie, le 27 août 2026.. AFP or licensors

Alors que treize wilayas étouffent sous des feux de forêt dévastateurs et que le bilan réel dépasse largement le carnage occulté, le pouvoir algérien s’enferme dans son triptyque habituel: mensonge d’État, paranoïa complotiste et mépris du peuple. Face à un pays à l’abandon où des centaines de milliers d’habitants luttent à mains nues contre les flammes, le «Système» s’avère incapable de fournir la moindre aide et confirme la faillite totale d’un État devenu simple organisateur de funérailles nationales.

Le 28/08/2026 à 16h16

Pendant que l’Algérie continue de compter ses victimes et que des incendies dévastateurs ravagent pas moins de treize wilayas du nord et de l’est du pays, une chape de plomb s’est une nouvelle fois abattue sur le sommet de l’État. Face aux flammes qui dévorent des massifs forestiers entiers et menacent des centaines de milliers d’habitants, le régime algérien a choisi ses armes de prédilection: le silence et les théories du complot.

Face à cette catastrophe humanitaire et écologique majeure qui sévit depuis plusieurs jours, l’action gouvernementale s’est résumée à son strict minimum cérémoniel. Tout ce que le pouvoir a trouvé à faire, c’est de dépêcher ce vendredi, et à la hâte, son Premier ministre à Jijel, une des principales zones sinistrées, où il est venu...se recueillir sur les dépouilles.

Le régime annonce, dans une phraséologie rodée et stérile, l’ouverture d’une «enquête sur l’origine des feux». Le «Système» semble ignorer que l’État n’a pas vocation à être un simple organisateur de funérailles ni un distributeur de consolations nationales: il a le devoir fondamental de protéger ses citoyens.

Du mensonge d’État au carnage

Alors que les autorités s’accrochent désespérément à un bilan officiel de 12 morts, un chiffre figé à des fins de verrouillage politique, la réalité du terrain décrit une tragédie sans mesure. Sur le front des incendies, les morts ne se comptent pas par dizaines isolées, mais traduisent un véritable massacre humanitaire. Pour maintenir l’illusion d’une situation sous contrôle et éviter d’attiser la colère populaire, la présidence algérienne a intimé des ordres fermes aux ministères de l’Intérieur et de la Santé d’étouffer les chiffres.

Les recoupements partiels menés par le journaliste Abdou Semmar, exilé en France, apportent une lumière crue sur ce mensonge d’État. Rien que dans la wilaya de Jijel, une liste nominative de 54 à 57 victimes décédées a déjà été dressée. Le constat est similairement dramatique dans la wilaya de Béjaïa. Au total, le bilan réel dépasse très largement la centaine de morts à l’échelle nationale, replongeant le pays dans le cauchemar de l’été 2021.

Alors que le régime algérien parle de 12 morts à l'échellent nationale, au moins 15 corps ont été mis sous terre ce vendredi, dans un seul et même endroit, ici à Jijel.

Face au vide informationnel imposé, à la coupure des réseaux et de l’électricité, la population, abandonnée à son propre sort, en est réduite à dresser elle-même des registres de disparus et de blessés graves sur les réseaux sociaux.

Négligence, incompétence et inertie

Les raisons de ce carnage ne relèvent aucunement d’une fatalité climatique incontournable, mais bien d’une chaîne d’incompétences et d’une négligence structurelle gravissime.

Les facteurs géographiques et démographiques des zones touchées étaient pourtant parfaitement connus. À Béjaïa, 39 des 52 communes sont classées rurales, exposant directement près de 388.000 habitants vivant en zones montagneuses et forestières. À Jijel, les montagnes couvrent 82% du territoire et 28 communes sont fortement enclavées, plaçant plus de 113.000 habitants sur la ligne de feu.

Au total, près de 500.000 citoyens vivent sous la menace constante des flammes. Pourtant, le maillage des secours y est scandaleusement inexistant. À Jijel, 17 communes ne disposent d’aucune caserne de pompiers. À Béjaïa, des agglomérations de plus de 10.000 habitants proches des massifs ne possèdent aucune unité d’intervention de la Protection civile. Les secours doivent parfois parcourir des dizaines de kilomètres sur des routes de montagne impraticables ou encerclées par le feu, arrivant sur les lieux trop tard. Aucun système d’alerte précoce, aucune consigne d’évacuation préventive ni plan d’acheminement sécurisé n’a été déployé par le pouvoir.

La faillite du «géant»

Comment la soi-disant «puissance régionale», regorgeant de mannes pétrolières et gazières, s’avère-t-elle incapable d’aligner les moyens matériels de base pour éteindre des brasiers prévisibles?

L’Algérie manque cruellement de bombardiers d’eau. Bloqué par des choix géopolitiques rigides, le régime s’est entêté à miser exclusivement sur des équipements russes rétifs aux livraisons, refusant d’acquérir une flotte cohérente ou de louer des moyens internationaux proportionnés. Les pompiers sur le terrain manquent d’équipements de protection de base, d’eau et de moyens logistiques lourds.

Plus révoltante encore est la passivité des forces armées. Alors que de nombreuses casernes militaires de l’Armée nationale populaire (ANP) sont implantées à proximité immédiate de ces zones montagneuses en Kabylie et dans le Nord-Est, l’armée n’a entrepris aucune opération d’évacuation d’urgence à grande échelle pour arracher les populations aux flammes, constate Abdou Semmar.

Cette situation remet en surface les vives dénonciations formulées par le cyber-activiste Amir DZ quant au budget pharaonique accordé à la Défense.

Avec un budget militaire dépassant les 25 milliards de dollars, le plus élevé d’Afrique, l’Algérie entretient une armée suréquipée pour la parade et la surveillance politique intérieure, mais totalement inopérante et incapable de sauver sa population face à un péril naturel. Une armée d’incapables sur le plan de la protection civile, paralysée par la bureaucratie et le culte du secret. De là à défendre le pays, le doute est permis.

Par excès d’orgueil politique et au nom d’un «nif» étatique mal placé, le président Abdelmadjid Tebboune refuse de lancer un appel officiel à l’aide internationale. Demander l’appui d’avions bombardiers d’eau, de données satellitaires ou de kits médicaux d’urgence n’a jamais constitué une perte de souveraineté. D’ailleurs, aucun des pays avec lesquels l’Algérie a tout cédé en vue d’un rapprochement ne s’est dévoué. Au lieu de cela, le régime préfère abandonner ses citoyens à la mort pour préserver l’image d’un régime égocentrique. Face à une telle démission, les Algériens se débrouillent seuls. Et les appels à la mobilisation, comme dans cette vidéo où un citoyen implore tous ceux disposant de voitures de se rendre à Jijel pour porter secours à la population, se multiplient.

Un effondrement systémique

Les incendies d’août ne sont que la tragique culmination d’un été noir qui aura mis à nu la ruine globale de la gouvernance sous l’ère Tebboune. Les drames évitables se sont succédés à un rythme effrayant. Le 16 juillet 2026, l’incendie de l’orphelinat de Mohammedia a causé la mort de 11 personnes et fait 19 blessés. Le 31 juillet 2026, un bus s’est précipité dans un ravin à Boumerdès, provoquant un bilan de 28 morts et 36 blessés. Le 1er août 2026, une collision entre un bus et un poids lourd à Timimoun a fait 4 morts et 43 blessés. Le 6 août 2026, la chute d’un bus dans un ravin à Constantine s’est soldée par 6 morts et 22 blessés. Le 16 août 2026, le renversement d’un autobus à Aïn Sefra a entraîné la mort de 6 personnes et blessé 31 passagers. Le 28 août 2026, une collision d’autobus à Fouka, dans la wilaya de Tipaza, a causé 2 morts et 20 blessés.

Ces catastrophes à répétition partagent toutes le même ADN: l’incurie de l’État. L’incendie tragique de l’orphelinat d’Alger découle des coupures intempestives d’électricité suivies de surtensions qui ont embrasé un bâtiment dépourvu d’issue de secours et d’encadrement. L’hécatombe routière (plus de 60 morts en quelques semaines) trouve sa source dans le blocage arbitraire des importations de pièces détachées et de pneus neufs par le régime, contraignant les usagers et compagnies de transport à rouler avec des véhicules vétustes et dangereux.

En faisant primer la propagande sur la vie humaine, la rétention d’information sur la transparence, et le dogme de l’infaillibilité sur le principe de précaution, le régime algérien montre son vrai visage. Ce à quoi les Algériens assistent cet été, ce n’est pas seulement à une série de faits divers tragiques, mais bien à la faillite morale, sécuritaire et administrative de tout le «Système».

Par Tarik Qattab
Le 28/08/2026 à 16h16