La récente promulgation des nouvelles dispositions relatives au nourrissage des animaux errants dans l’espace public a provoqué une onde de choc au sein des cercles de volontaires dévoués aux chats et aux chiens des rues. Habitués à prodiguer, en toute discrétion et assiduité, des soins et une pitance aux bêtes abandonnées, ces derniers voient aujourd’hui leurs pratiques ordinaires soumises à un contrôle rigoureux.
«C’est en effet la loi n° 19.25, parue au Bulletin officiel n° 7533 le 10 août dernier, qui vient redéfinir les contours de la protection animale», rapporte Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce vendredi 28 août. Son article 5 édicte une interdiction formelle: nul ne peut désormais prendre en charge un animal errant, que ce soit par l’hébergement, l’alimentation ou les soins, en dehors du cadre strict fixé par le texte et ses futurs décrets d’application. Cette rigueur est assortie de sanctions pécuniaires: l’article 44 punit tout contrevenant d’une amende oscillant entre 500 et 1 000 dirhams.
Par ailleurs, la loi impose aux propriétaires d’animaux une déclaration obligatoire via une plateforme numérique, la détention d’un carnet de santé ainsi qu’un numéro d’identification accompagné d’une photographie de chaque spécimen. Si ces mesures, en apparence vertueuses, visent à instaurer une traçabilité et un suivi sanitaire, leur application concrète soulève des obstacles financiers considérables, notamment pour les ménages modestes. À ces obligations s’ajoute une sanction aggravée, de 1 000 à 5 000 dirhams, pour toute infraction à ces prescriptions.
Le texte va plus loin en réprimant, par une amende comprise entre 10 000 et 20 000 dirhams, quiconque provoque délibérément l’errance d’un animal ou l’abandonne sur la voie publique. Reste que les décrets d’application devront préciser les modalités de déclaration et, surtout, définir clairement les conditions dans lesquelles bénévoles et associations pourront continuer à œuvrer, tout en veillant à simplifier et à vulgariser les nouvelles règles auprès des parties prenantes, afin d’éviter les interprétations divergentes et les dérives autoritaires.
«Ce cadre législatif n’a pas manqué de susciter un vif débat entre, d’une part, les défenseurs des animaux, redoutant que son entrée en vigueur ne réduise à néant l’élan citoyen et n’exacerbe le phénomène de divagation, et, d’autre part, les partisans d’une régulation stricte, soucieux de garantir l’effectivité de la protection promise», écrit Al Ahdath Al Maghribia. Les associations de protection animale, quant à elles, plaident pour des solutions alternatives à l’interdiction pure et simple, rappelant que la société marocaine compte de nombreuses personnes aux revenus limités qui, malgré leurs faibles moyens, assument quotidiennement la charge de nombreux animaux, sans disposer des fonds nécessaires pour subvenir aux frais de vaccination ou à l’établissement des carnets de santé.




