Algérie: humilié par le boycott massif des législatives, le régime se cache derrière le «dahdouhisme»

Les six membres présumés du MAK, dont quatre sont prétendus de nationalité marocaine.

Le 14/08/2026 à 15h15

VidéoLes services de renseignement de l’armée algérienne viennent de livrer un nouveau tissu de mensonges d’État. Diffusée par le ministère de la Défense, une vidéo d’aveux attribués à six membres présumés du MAK, dont quatre soi-disant Marocains, tente de masquer le désastre des législatives du 2 juillet. Un scénario affligeant qui s’inscrit dans la droite lignée du «dahdouhisme» inauguré en 2021 pour diaboliser le Hirak, traduisant la dérive d’un régime en pleine quête de légitimité.

Le régime algérien ne se remet pas de la gifle reçue lors des législatives du 2 juillet dernier. Ce jour-là, 80% des électeurs algériens selon les chiffres officiels, mais 95% dans les faits, ont boycotté les urnes. Ce rejet massif est devenu chronique depuis 2019: toutes les élections organisées sous les deux mandats d’Abdelmadjid Tebboune ont été marquées par des taux de participation en chute libre. Celles de juillet ont atteint un plus bas historique avec un taux de participation officiel de 21%, qualifié par certains observateurs de record mondial d’abstention pour des législatives.

Humilié par ce score qui traduit un déficit, voire une absence totale de légitimité, le pouvoir a recouru à ses méthodes habituelles de diversion en imaginant un scénario d’une extrême médiocrité. Mardi dernier, le ministère de la Défense nationale a ainsi diffusé la vidéo d’aveux téléguidés d’«un groupe criminel» composé, selon lui, de deux Algériens et de quatre prétendus Marocains. Ces individus auraient incité les millions d’électeurs kabyles à s’abstenir.

S’il ne s’agissait que d’Algériens menant campagne pour le boycott, la manoeuvre n’aurait outré personne. Mais l’ajout de quatre ressortissants marocains vise à réactiver la thèse de l’«agenda extérieur»– le levier usé d’un régime incapable de faire face. Sur fond de musique mortuaire et d’un générique alternant claviers, écrans d’ordinateur et logos de réseaux sociaux, un membre du groupe présumé affirme tout de go: «Nous avons reçu des instructions de dirigeants du MAK, avec à leur tête Ferhat Mehenni, visant à empêcher les électeurs de voter».

Les cinq autres figurants de cette mise en scène parlent tour à tour de «cellules» du MAK au Maroc, ainsi que de voyages en Europe pour y recevoir argent et directives. Certains «reconnaissent» s’être trompés en se mettant au service d’un prétendu «agenda extérieur» ciblant l’Algérie, tandis que l’un d’eux lance un appel à la «jeunesse kabyle» pour la sommer de s’en détourner. La vidéo s’achève enfin sur le mot «Makhzen», prononcé en decrescendo par le commentateur de service. La grossièreté de la ficelle est telle qu’il ne faut pas avoir l’oreille fine pour déceler que l’accent des quatre prétendus Marocains et leur débit relèvent purement et simplement de la darija algérienne.

Cette vidéo intervient un mois après un communiqué du ministère, publié le 13 juillet 2026, affirmant que: «dans le cadre des efforts continus sur le terrain [...] les services centraux de la sécurité de l’armée ont démantelé dans la wilaya de Tizi-Ouzou [...] un groupe criminel composé de six individus du mouvement terroriste MAK, dont quatre éléments de nationalité marocaine résidant en Algérie illégalement, qui activaient dans la région durant la période des élections législatives [...] dans l’objectif de perturber le bon déroulement de ce rendez-vous électoral».

Or, ce mensonge du régime, qui aura mis trente jours à confectionner une courte vidéo, est d’autant plus flagrant qu’il est de notoriété publique que la Kabylie ne vote plus depuis 2019. C’est la seule région au monde où, lors de deux présidentielles, deux législatives et un référendum constitutionnel, plusieurs bureaux de vote ont enregistré zéro voix exprimée. Voilà pourquoi, à chaque échéance et face au boycott massif porté par le Hirak, le pouvoir recourt systématiquement au «dahdouhisme» pour masquer son illégitimité et le rejet constant de la vox populi.

Cette stratégie a débuté dès les premières législatives de l’ère Tebboune, en juin 2021, soldées par une participation famélique de 23%. Quelques jours avant le scrutin, alors que le Hirak reprenait ses manifestations à travers les grandes villes après la parenthèse du Covid, un certain Ahcène Zerkane, alias Abou Dahdouh, est exhibé à la télévision publique.

Présenté comme un terroriste actif depuis 1994, il affirme s’être repenti après avoir tenté d’infiltrer le mouvement populaire pour le faire basculer dans la lutte armée. Une mission commanditée, selon ses «aveux», par le MAK et Rachad. Prétendument arrêté le 18 décembre 2020 dans un maquis près de Jijel, Abou Dahdouh a été condamné en septembre 2021 à 20 ans de réclusion criminelle, avant d’être acquitté en novembre 2024.

Depuis 2021 et la fin des manifestations, Abou Dahdouh est devenu le symbole des impostures du pouvoir. Le terme «dahdouhisme» s’est ainsi ancré dans le langage courant des Algériens pour tourner en dérision un régime haï, désignant non seulement les faux aveux de faux «terroristes», mais aussi l’ensemble des déclarations d’Abdelmadjid Tebboune et du chef d’état-major, Saïd Chengriha.

Il y a deux ans jour pour jour, le 14 août 2024, Alger diffusait un nouvel épisode de cette mécanique à quelques heures seulement du lancement de la campagne pour la présidentielle anticipée. La télévision publique présentait alors les prétendantes «révélations d’un terroriste» chargé d’exécuter un plan du MAK pour saboter la réélection de Tebboune. Si le régime algérien s’imagine que de tels scénarios affligeants suffiront à juguler la fronde de l’électorat et l’indépendance irrévocable de la Kabylie, c’est qu’il est définitivement sourd et aveugle.

Par Mohammed Ould Boah
Le 14/08/2026 à 15h15