Sebta: quand l’extrême droite fait régner la barbarie sur les migrants

Des soldats espagnols surveillant des migrants à Sebta.

Des soldats espagnols surveillant des migrants à Sebta.. AFP or licensors

Revue de presseÀ Sebta, ville sous occupation espagnole, la précarité des migrants irréguliers se double désormais d’une persécution méthodique. Entre traques, incendies d’abris de fortune et agressions racistes perpétrées en toute impunité, la cité est devenue un théâtre de non-droit et d’humiliations quotidiennes. Sous le regard passif des forces de l’ordre et avec la complicité implicite de certains responsables politiques locaux, des groupes d’extrême droite radicaux sévissent sans entrave. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 30/08/2026 à 18h44

La ville de Sebta, enclave sous occupation espagnole, vibre désormais au rythme d’une violence insidieuse et grandissante. Ce territoire s’est mué en un espace où la menace et l’atteinte à l’intégrité physique des migrants irréguliers sont érigées en système. Parmi ces victimes, une majorité de Marocains ayant rejoint la ville lors de la vague migratoire du 30 juillet dernier subissent aujourd’hui une hostilité organisée et méthodique.

«En effet, des éléments de l’extrême droite espagnole, soutenus par certaines factions politiques et bénéficiant d’une tolérance sécuritaire tacite, mènent des opérations de traque systématique», rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce lundi 31 août. Ils incendient les abris précaires où trouvent refuge les migrants, encerclent les camions de la Croix-Rouge pour empêcher toute distribution de vivres et instaurent un climat de terreur quotidien. Nawfal Bouamri, président de l’OMDH, alerte sur l’afflux croissant de groupuscules radicaux venus de la péninsule Ibérique, dont les agressions, tant verbales que physiques, revêtent un caractère raciste d’une gravité rare.

Sous l’œil indifférent, pour ne pas dire complice, de la Guardia Civil, et avec l’encouragement à peine voilé du maire local, ces actes se répètent jour après jour. Les plus vulnérables, adolescents, jeunes filles, mineurs non accompagnés, n’ont d’autre choix que de fuir vers les forêts et les reliefs escarpés qui entourent la cité, où ils s’organisent en groupes de survie pour tenter de se protéger. Sans oublier les sévices subis par celles et ceux qui, dépourvus de toit, errent entre centres d’accueil surchargés et rares foyers sébtaouis prêts à leur ouvrir leurs portes.

Ce qui attise davantage l’indignation, ce sont les visites répétées de dirigeants et de leaders de partis d’extrême droite espagnols qui, en période électorale, n’hésitent pas à faire des migrants des boucs émissaires commodes. Loin de condamner les violences, ils les érigent en actes héroïques, présentant ces agressions comme une prétendue «protection» de Sebta contre «l’invasion migratoire».

Face à cette dérive, Nawfal Bouamri interpelle les autorités espagnoles sur le degré de protection accordé aux migrants, protection pourtant garantie par le droit international. Il souligne avec amertume que ces agressions racistes se déroulent sous la bienveillance des forces de l’ordre et avec la complicité passive du gouvernement central. Ce dernier, lors d’une réunion exceptionnelle de son Conseil de sécurité nationale, s’est enorgueilli d’affirmer la «souveraineté » espagnole sur l’enclave, sans daigner prendre la moindre mesure pour sauvegarder la dignité ou la sécurité des migrants.

L’avocat et défenseur des droits humains dénonce enfin le silence assourdissant des organisations espagnoles de défense des droits de l’homme, de la gauche ibérique, mais aussi des Nations unies et de l’Union européenne, qui semblent regarder ailleurs face à ces crimes graves contre l’humanité.

Par Hassan Benadad
Le 30/08/2026 à 18h44