Le Maroc maintient une position stratégique sur le marché international de la tomate malgré un récent fléchissement de ses volumes exportés, selon les données présentées par Ali Rougui, responsable du département de l’intelligence économique à l’agence publique Morocco Foodex, lors de la Morocco Tomato Conference à Agadir. «Entre 2021 et 2025, la valeur des exportations marocaines de tomates fraîches est passée de 856 millions à près de 1,4 milliard de dollars, hissant le pays au troisième rang des exportateurs mondiaux avec une part de marché de 11,2%», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 2 juin.
Cette progression historique s’est appuyée sur un taux de croissance annuel moyen de 11%, une performance supérieure à celle du leader mondial, le Mexique (1%), et des Pays-Bas (3%). L’Europe reste la destination principale, en absorbant 93% des expéditions, ce qui positionne le Royaume comme le deuxième fournisseur de l’Union européenne avec 23 % de parts de marché, juste derrière les Pays-Bas (28%) et devant l’Espagne (17%). Le classement mondial des exportateurs se complète par l’Espagne en quatrième position, suivie de la France, du Canada, de la Belgique, de la Turquie, des États-Unis et de l’Italie. Le Maroc se classe également au deuxième rang des fournisseurs du Royaume-Uni avec 25% des parts de marché en valeur. Les autres débouchés incluent l’Afrique de l’Ouest et les pays du Golfe, où les ventes ont atteint 10,32 millions de dollars en 2025.
La campagne 2025-2026 marque cependant une rupture et un net recul par rapport aux performances des années précédentes. Au 30 avril 2026, les exportations globales ont baissé à 549.000 tonnes, représentant une diminution de 11% sur un an et de 4% par rapport à la saison 2023-2024. Ce repli touche l’ensemble des destinations, avec une baisse de 12% sur le continent européen (Union européenne et Royaume-Uni), de 46% dans la région du Golfe et de 5% en volume vers l’Afrique subsaharienne. «Les tomates rondes enregistrent les chutes les plus significatives, avec un recul de 89% dans le Golfe et de 16% en Europe, tandis que les tomates de segmentation (cerises, allongées, côtelées) affichent une baisse de 40% dans le Golfe et de 9% au sein de l’Union européenne», souligne L’Economiste.
Les professionnels de la filière, réunis lors de cet événement international qui a rassemblé plus de 600 participants de 25 pays, attribuent cette vulnérabilité à une intensification de la concurrence et à des contraintes structurelles majeures. Les producteurs font face à des aléas climatiques accrus, tels que la sécheresse, les vagues de chaleur et les précipitations excessives, qui perturbent les cycles de production, affectant les rendements et la qualité. À cela s’ajoutent des risques phytosanitaires comme la propagation du virus ToBRFV, ainsi qu’une hausse généralisée du coût de l’énergie, de la main-d’œuvre et des intrants agricoles.
Sur le plan commercial, l’accès aux marchés internationaux se complexifie en raison de nouvelles exigences réglementaires, notamment l’imposition de normes strictes sur l’utilisation des pesticides, les pratiques durables et le futur mécanisme européen d’ajustement carbone. Enfin, la logistique présente des fragilités majeures, illustrées par la dépendance au seul transport routier et les pénuries de conteneurs réfrigérés, exposant les exportateurs à des risques de rupture de la chaîne du froid et à des hausses de coûts qui influencent directement leur compétitivité.




