Dakhla, le nouveau Far West

Xavier Driencourt.

ChroniqueSorte de nouveau Far West aux confins des mondes arabe et africain, Dakhla offre un saisissant aperçu des transformations du Maroc. Du tourisme aux infrastructures portuaires, son essor témoigne de l’ambition économique d’un Royaume dont les voisins, comme la France et l’Europe, gagneraient à observer la dynamique et à s’inspirer.

Le 03/11/2026 à 17h00

À Dakhla, dans l’extrême sud du Maroc, entre Laâyoune et la Mauritanie, on pense d’abord aux images de kitesurfeurs conquis par le vent et la lagune. Mais, au-delà de cette carte postale, le visiteur étranger est frappé par le dynamisme de la ville et de cette immense région. Sorte de nouveau Far West, aux confins des mondes arabe et africain, Dakhla étonne par son effervescence et sa position de trait d’union entre l’Afrique et l’Europe.

L’histoire de Dakhla est celle du Sahara occidental, partagé entre le Maroc et la Mauritanie à la suite du départ, en 1975, des Espagnols de leur ancienne colonie. Les accords de Madrid avaient en effet partagé le territoire entre les deux États, tandis qu’Alger, en sous-main, s’activait en créant le Front Polisario qui, à ses yeux, représentait seul le peuple sahraoui et lui permettait un accès à l’océan Atlantique. Ce dossier a empoisonné, jusqu’aux récentes décisions de l’ONU, les relations entre Alger et Rabat, au point de provoquer une rupture des relations diplomatiques entre les deux États voisins.

Le Maroc, dès lors, considérant que «possession vaut titre» et qu’il ne faisait que récupérer une province jadis marocaine, a décidé de développer son territoire en faisant de ce dernier un modèle économique.

Jadis modeste bourgade et chef-lieu du Río de Oro espagnol, la ville, rebaptisée Dakhla, compte désormais environ 120.000 habitants. Le président de la région explique la vision du Royaume et compte faire de Dakhla une ville moderne dont les activités s’organisent autour de plusieurs pôles: le tourisme, bien sûr, appelé à se développer, l’agriculture, la pêche et la logistique portuaire.

Le port de Dakhla Atlantique, au nord de la ville, est une énorme infrastructure en eau profonde dont l’entrée en service est prévue en 2028. Ce gigantesque port a vocation à développer les échanges commerciaux entre les ports africains, Dakar et Abidjan notamment, et ceux du nord du continent, Casablanca et Tanger. À terme, le port de Dakhla Atlantique pourra traiter 80% de la pêche de la région.

«Las, c’était sans compter sur la détermination algérienne, le contexte international et l’alliance entre Moscou et Alger. »

—  Xavier Driencourt

Car la pêche occupe une place essentielle dans l’économie de Dakhla. Longtemps principal moteur de celle-ci, elle restera, avec le port de Dakhla Atlantique, l’un des piliers du développement régional.

Le tourisme s’impose lui aussi comme un atout majeur du Sud marocain. Avec sa lagune et ses vents dominants, Dakhla est une destination privilégiée pour les sports nautiques, notamment le kitesurf. Déjà reliée à l’Espagne et à Paris par des vols directs, la ville se rapproche ainsi des visiteurs européens.

Celui qui revient au Maroc après plusieurs années ne peut qu’être frappé par le développement spectaculaire du pays. Le Royaume est en passe de devenir un géant économique. Les pays voisins, mais aussi la France et l’Europe, devraient suivre de près ce dynamisme et s’en inspirer.

Grâce à l’appui américain et à la neutralité de la Russie, le Maroc espérait tourner définitivement la page du dossier du «Sahara occidental», qui revenait chaque année devant l’ONU. Combien de fois ai-je dû, lorsque j’étais ambassadeur à Alger, expliquer aux autorités de ce pays le sens de la diplomatie française? Combien de fois ai-je assisté à des entretiens avec les différents «envoyés spéciaux pour le Sahara occidental» du secrétaire général de l’ONU?

Après les entretiens du printemps dernier à Madrid, puis à Washington, entre le Maroc, l’Algérie — pour la première fois — et le Front Polisario, on pouvait espérer clore enfin ce dossier vieux de quarante ans. Las, c’était sans compter sur la détermination algérienne, le contexte international et l’alliance entre Moscou et Alger. Autant de facteurs qui ont finalement conduit la Russie à faire usage de son droit de veto.

Cette mésaventure ne changera rien à la détermination du Royaume à poursuivre le développement économique du Sahara et des provinces du sud du Maroc. Dossier à suivre.

Par Xavier Driencourt
Le 03/11/2026 à 17h00