Veto sur le Sahara: le 10 novembre, Moscou devra s’expliquer devant 193 États, et Alger choisir son camp

Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU, lors du vote du vendredi 30 octobre 2026.

L’Assemblée générale de l’ONU se réunira le 10 novembre pour débattre du veto russe qui a privé la MINURSO de mandat. Moscou, qui l’a exercé, sera invitée à parler la première. Alger, qui l’a réclamé, devra dire si elle l’assume, ou continuer à faire comme s’il n’avait pas existé.

Le 03/11/2026 à 10h02

La convocation est officielle. Dans une lettre datée du 2 novembre et adressée à toutes les missions permanentes, le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, annonce une séance plénière le 10 novembre, dans la salle de l’Assemblée à New York. Elle se tiendra au titre du point 62 de l’ordre du jour, «Recours au droit de veto», à la suite du veto exercé par «un membre permanent» lors de la 10.260e séance du Conseil de sécurité, le 30 octobre, sur «la situation concernant le Sahara occidental».

Le mécanisme est récent. Adoptée en avril 2022, au lendemain du veto russe sur l’Ukraine, la résolution 76/262 impose à l’Assemblée générale de se réunir dans les dix jours ouvrables qui suivent tout veto au Conseil. Le veto n’est pas annulé, mais il n’est plus gratuit: l’État qui l’a exercé est invité à prendre la parole en priorité pour s’en justifier, devant des pays qui, eux, n’ont pas ce privilège. L’Assemblée a déjà appliqué la procédure cette année, le 1er octobre, après un veto russe et chinois sur un dossier iranien, rappelle ONU Info.

Moscou aura donc à expliquer un vote difficile à défendre. Le 30 octobre, le projet américain avait recueilli onze voix sur quinze. Une seule s’y est opposée, celle de la Russie. Le contre-projet russe, lui, n’a obtenu que trois voix. La conséquence est connue: faute de résolution, la MINURSO a perdu son mandat le 31 octobre, et l’ONU a ouvert sa liquidation le lendemain.

La ligne de défense russe est déjà rodée. Dès le soir du vote, l’ambassadeur Vassily Nebenzia accusait Washington d’avoir commis «le meurtre politique de la mission». Le 1er novembre, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, imputait à son tour aux États-Unis la mise de la mission «au bord de la liquidation», sans mentionner le veto. Devant l’Assemblée, la Russie devra tenir ce récit face à des délégations qui savent compter jusqu’à onze.

Pour Alger, l’exercice est plus inconfortable encore. Le communiqué de son ministère des Affaires étrangères du 31 octobre exprimait un «profond regret» face à la fin de la MINURSO, en accusant le seul projet américain, sans un mot sur le veto russe que la diplomatie algérienne a remué terre et ciel pour l’obtenir, comme l’a relevé Le360. Le 10 novembre, ce silence deviendra difficile à tenir. Si l’Algérie prend la parole pour défendre le veto, elle reconnaîtra avoir soutenu l’acte qui a mis fin à la mission qu’elle dit regretter. Si elle se tait, elle laissera Moscou porter seule une décision prise pour répondre ses supplications.

Le débat risque surtout de mettre en lumière un rapport de forces. Les quatorze autres membres du Conseil se sont soit prononcés pour le texte américain, soit abstenus. Aucun n’a voté contre. Devant une Assemblée de 193 États, dont une large majorité soutient le plan d’autonomie marocain, la défense du veto ressemblera moins à une tribune qu’à une explication de vote.

La séance n’aura aucun effet juridique. La MINURSO ne sera pas ressuscitée, et la liquidation se poursuivra. Mais la convocation porte en elle un désaveu. Si les 193 États membres sont appelés à se réunir, c’est parce qu’un seul membre permanent a bloqué un texte que onze des quinze membres du Conseil soutenaient. Le mécanisme a été créé précisément pour cela: rappeler qu’un veto n’est pas le dernier mot de la communauté internationale, mais l’exception qu’elle demande à justifier. Le 10 novembre, ceux qui ont voulu ce veto devront dire publiquement ce qu’ils en pensent, devant une communauté internationale qui, elle, s’est déjà prononcée.

Le 10 novembre, Moscou devra défendre son veto. Alger devra décider si elle l’assume.

Par Hajar Kharroubi
Le 03/11/2026 à 10h02