Le quotidien français Les Échos: la fin de la MINURSO est un signal envoyé aux investisseurs

Des véhicules de la MINURSO.. AFP or licensors

Le quotidien économique français consacre un décryptage au futur départ des Casques bleus du Sahara. Son verdict tient en une phrase: une issue «inattendue, vue d’un bon œil par le Maroc». Et l’expert qu’il interroge va plus loin: ce départ permet à Rabat de dire aux investisseurs encore hésitants que le conflit est «presque réglé».

Le 02/11/2026 à 17h15

«L’arrêt est brutal, après trente-cinq années sur le terrain.» C’est par cette phrase que Les Échos ouvre son article du 2 novembre, titré «Les Casques bleus quittent inopinément le Sahara occidental». Le journal rappelle que la mission a officiellement entamé dimanche la «liquidation» de ses activités. Deux jours plus tôt, la Russie avait opposé son veto à un projet américain soutenu par onze des quinze membres du Conseil de sécurité, dont la France. Le contre-projet russe, qui reconduisait la mission à l’identique, avait ensuite été bloqué par Washington.

Le quotidien détaille ce que prévoyait le texte américain: retirer le mot «référendum» du nom de la mission, transformer son mandat, réduire ses effectifs, et présenter le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme la solution «la plus réalisable». Il rappelle surtout ce que la MINURSO n’a jamais accompli. Créée en 1991 pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum, elle n’a jamais pu organiser ce dernier, «en raison de désaccords sur l’identification des électeurs». Quant au cessez-le-feu, il est «rompu depuis 2020».

Le journal donne aussi la mesure de ce qui s’en va. La mission comptait environ 200 personnes, aux trois quarts des observateurs militaires, chargés de surveiller, d’enquêter, d’assurer la liaison entre les parties et de déminer de part et d’autre du mur de défense. Face à eux, le Maroc contrôle et administre directement 80% du territoire, ses «provinces du Sud». Les Échos citent un rapport du Secrétaire général publié début octobre, selon lequel l’absence de mission ferait «considérablement» augmenter le risque d’escalade. Mais le quotidien ne s’y attarde pas.

Car l’essentiel de son analyse est ailleurs: dans ce que cette fin change pour le Maroc. Le journal parle d’«une issue inespérée». Il donne la parole à Riccardo Fabiani, spécialiste de l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, l’un des principaux centres d’analyse des conflits. «L’idéal aurait été l’approbation de la résolution américaine, mais le départ de la Minurso n’est pas perçu comme un mal», explique-t-il.

Puis vient la phrase qui donne son sens à l’article. Ce départ, selon le chercheur, «contribue à la normalisation» et permet à Rabat de soutenir auprès des investisseurs, «pour ceux qui étaient encore réticents à s’implanter sur ce territoire, que le conflit est presque réglé et ne dépend plus que d’une solution politique». Autrement dit, la disparition des véhicules blancs de l’ONU retire aux investisseurs le dernier signe visible d’un conflit armé. Un territoire sans Casques bleus ressemble moins à une zone de crise qu’à une région en développement.

Que ce constat paraisse dans Les Échos n’est pas anodin. Le quotidien est lu par les dirigeants d’entreprise, les banquiers et les investisseurs français. C’est à eux que s’adresse, en creux, cette analyse: le risque politique qui freinait certains projets au Sahara recule. Au moment où Laâyoune et Dakhla attirent des projets de port, d’énergie et d’hydrogène, le message ne tombe pas dans le vide.

Alger et le Polisario se sont battus pour garder la MINURSO. Dans la presse économique française, son départ se lit désormais comme une bonne nouvelle pour ceux qui investissent au Sahara.

Par La Rédaction
Le 02/11/2026 à 17h15