À cause des défis persistants de la hausse des prix et de la nécessité de garantir un approvisionnement régulier du marché intérieur, le gouvernement marocain a détaillé une stratégie globale lors des discussions générales du projet de loi de finances 2027. Intervenant devant la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, a insisté sur l’urgence d’une approche multidimensionnelle, rapporte le magazine hebdomadaire La Nouvelle Tribune. Cette vision stratégique articule habilement la régulation des exportations alimentaires, la modernisation des infrastructures commerciales et une réorganisation profonde des circuits de distribution pour endiguer durablement les pressions inflationnistes.
Le premier pilier de cette stratégie aborde une question importante, celle de l’encadrement des exportations alimentaires, particulièrement après les épreuves climatiques traversées par le pays. Le ministre a rappelé que le Maroc avait enduré sept années consécutives de sécheresse, ce qui a lourdement pesé sur les capacités de production agricole et perturbé l’approvisionnement de certains marchés. Dans ce contexte, doubler les volumes exportés tout en laissant le marché intérieur faire face à une hausse marquée des prix s’avère irrationnel. Toutefois, le ministre a tenu à rassurer les acteurs économiques en écartant catégoriquement l’hypothèse d’un retour à l’ancien modèle de gestion étatique incarné par l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE). L’objectif consiste plutôt à rechercher un juste équilibre entre le développement indispensable des exportations agricoles et la satisfaction prioritaire des besoins de la consommation nationale.
Le second axe de cette réforme d’envergure cible la modernisation de douze marchés de gros répartis à travers le pays. Ces plateformes névralgiques nécessitent une refonte totale pour améliorer leur fonctionnement opérationnel et stimuler une saine concurrence entre les opérateurs. Actuellement, ces infrastructures affichent des dysfonctionnements qui agissent comme un facteur direct de renchérissement des produits alimentaires entre leur sortie des exploitations et leur arrivée dans les paniers des ménages. Pour y remédier, l’État envisage d’instaurer des mécanismes où il garantit la fluidité et la connexion entre les bassins de production et de consommation, sans pour autant interférer directement dans les opérations quotidiennes d’achat et de vente. Cette transition doit notamment permettre aux commerçants de choisir librement leurs sources d’approvisionnement et de fixer leurs prix dans un cadre concurrentiel préservant l’initiative privée, lit-on dans La Nouvelle Tribune.
Au-delà des marchés traditionnels, le gouvernement s’attaque également à la fluidification des liens unissant directement les producteurs agricoles et les grands centres urbains de consommation. Cette étape intermédiaire de la chaîne logistique engendre aujourd’hui des surcoûts considérables, exacerbés par une inadéquation manifeste entre les modalités de facturation et les dépenses réellement engagées sur le terrain. Afin d’atténuer la distance économique qui sépare le monde rural du consommateur final, des solutions innovantes telles que la création de sociétés régionales sont activement étudiées pour rationaliser le parcours des denrées. Le ministre a réaffirmé que cette démarche se veut concertée, se déclarant pleinement disposé à examiner les amendements et propositions formulés par les parlementaires pour parfaire le dispositif.
La refonte des circuits logistiques ne se limite pas aux seuls produits agricoles, et englobe aussi les filières sensibles des viandes et des poissons. Chacun de ces secteurs possède des spécificités uniques en matière de production, de transport, de stockage et de distribution, exigeant des mesures d’adaptation sur mesure. Fouzi Lekjaa a affirmé que juguler la cherté de la vie ne saurait reposer exclusivement sur des restrictions d’exportation ou sur de simples travaux de rénovation infrastructurelle. Une telle ambition requiert impérativement de restructurer de fond en comble les relations interprofessionnelles, en tissant des liens plus équitables et transparents depuis l’amont productif jusqu’à l’aval de la distribution, écrit La Nouvelle Tribune.
Ainsi, le gouvernement défend une intervention publique régulatrice mais mesurée, conçue pour ne point asphyxier la liberté d’entreprendre. L’ambition est de neutraliser les effets pervers où les défaillances d’un maillon de la chaîne se déplacent simplement vers un autre, garantissant ainsi la disponibilité permanente de denrées accessibles à la population. En conjuguant le pragmatisme économique, le respect de l’initiative privée et la concertation parlementaire, le Maroc entend consolider la résilience de son marché intérieur tout en consolidant ses acquis exportateurs face aux aléas climatiques et structurels.




