Après avoir liquidé la MINURSO, Moscou cherche un bouc émissaire

Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’ONU, lève la main pour opposer le veto russe lors du vote du vendredi 30 octobre 2026.

Dans un commentaire publié ce dimanche 1er novembre, la diplomatie russe impute aux États-Unis la fin de la mission de l’ONU au Sahara. Le texte oublie un détail: c’est le veto russe qui a fait tomber la seule résolution capable de la prolonger.

Le 01/11/2026 à 19h08

Le commentaire porte la signature de Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, et figure sur le site officiel du ministère. Le texte tient en deux paragraphes et ne désigne qu’un responsable. Les États-Unis auraient cherché à «accélérer artificiellement» le règlement, exigé à la veille de l’échéance une «réduction drastique» des pouvoirs de la mission, «y compris l’abandon de l’organisation du référendum», puis se seraient opposés à la prolongation de l’ancien mandat, «ce qui place la Mission au bord de la liquidation».

Le récit a un trou, et il est de taille. Le 30 octobre, le projet américain a recueilli onze voix sur quinze. Une seule s’y est opposée, celle de la Russie, et comme Moscou siège en membre permanent, ce vote valait veto, selon le compte rendu officiel de l’ONU.

Le contre-projet russe, lui, n’a obtenu que trois voix, avec onze abstentions et un vote américain contre. Avec trois voix, il n’atteignait pas le seuil de neuf: l’opposition de Washington n’a rien changé à son sort. La seule voix qui a empêché l’adoption d’un texte prolongeant la mission d’un an est donc celle de Moscou. Le commentaire de Maria Zakharova n’en dit pas un mot.

Le choix des mots trahit l’embarras. Selon Moscou, la mission serait «au bord de la liquidation». Le même jour, le Secrétaire général de l’ONU annonçait que le 1er novembre «marque le début de la période de liquidation» de la MINURSO. La mission n’était pas au bord du gouffre: elle y était déjà. En parlant d’une issue encore suspendue, la diplomatie russe s’épargne d’avoir à expliquer comment elle est survenue.

Le bouc émissaire avait été désigné dès le soir du vote. L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, avait accusé Washington d’avoir commis «le meurtre politique de la mission». C’est un meurtre singulier, dont l’arme a été levée à la table du Conseil par celui qui dénonce le crime. Le Polisario, lui, ne s’y est pas trompé: son représentant, Sidi Omar, a remercié la Russie.

Le commentaire russe prend aussi des libertés avec la réalité diplomatique. Il affirme que «les parties directement intéressées, dont le Maroc et l’Algérie», s’accordaient sur l’importance de laisser la population du territoire «déterminer elle-même son destin», et reproche à Washington d’avoir voulu renoncer au référendum. Mais le référendum n’a pas disparu le 30 octobre. Il était sorti du débat onusien depuis longtemps.

Depuis 2007, les résolutions du Conseil de sécurité appellent à une solution politique négociée et ne le proposent plus comme option. La résolution 2797 du 31 octobre 2025 a achevé le mouvement: elle demande aux parties de négocier «en prenant pour base» la proposition marocaine d’autonomie, et estime qu’une autonomie véritable pourrait constituer «l’issue la plus réalisable», selon le compte rendu officiel de l’ONU. La Russie ne s’était pas opposée à ce texte: elle s’était abstenue, sans faire usage de son veto.

L’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, est allé plus loin. Lors de son dernier briefing au Conseil de sécurité, le 8 octobre, il a exhorté à faire du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine la base des négociations. Le Polisario l’a aussitôt accusé de «manque de neutralité» et a menacé de «reconsidérer» son engagement avec lui. Reprocher aujourd’hui à Washington d’abandonner un référendum que le Conseil, Russie comprise, avait déjà laissé de côté, depuis deux décennies, relève de la réécriture.

L’avant-dernière phrase du texte est la plus instructive. La Russie y dit compter sur un règlement politique qui permette de trouver, «parmi les différentes options d’organisation territoriale», la voie «la plus optimale pour les habitants». Il n’y est question ni de référendum, ni d’indépendance, ni même d’autodétermination. «Organisation territoriale» est le vocabulaire de l’autonomie. Après avoir défendu le droit de vote des Sahraouis dans son premier paragraphe, la diplomatie russe conclut sur une formule que le plan marocain pourrait signer.

Reste la phrase finale: Moscou demeure «en contact étroit» avec ses «partenaires algériens, marocains et autres». L’ordre des partenaires n’est pas un hasard, et le récit non plus. La veille, le ministère algérien des Affaires étrangères avait exprimé dans un communiqué son «profond regret» face à la fin de la MINURSO et accusé le projet américain, sans jamais mentionner le veto russe qu’Alger avait ardemment sollicité. Le communiqué de Moscou dit la même chose, dans les mêmes termes, avec le même silence. Les deux capitales qui ont voulu ce veto en font porter les conséquences à Washington.

Moscou a levé la main, et c’est Washington qui porte le chapeau. Dans les communiqués russe et algérien, la MINURSO est morte sans coupable. Elle en a pourtant deux, Moscou et Alger, qui l’ont achevée en prétendant la sauver. Le Maroc, lui, ne portera pas le deuil.

Par Wadie El Mouden
Le 01/11/2026 à 19h08