Polisario contre De Mistura: la panique avant le verdict de New York

Brahim Ghali et Staffan de Mistura, le 4 septembre 2022.. AFP or licensors

Le Polisario menace de rompre avec l’envoyé personnel de l’ONU, qu’il accuse d’«alignement» sur le Maroc. On peut reprocher bien des choses à Staffan de Mistura. Pas la partialité. Mais l’essentiel est ailleurs: ce communiqué n’est que le dernier épisode d’une fébrilité qui gagne, depuis quelques semaines, le Polisario comme ses parrains à Alger. À l’approche de la résolution du Conseil de sécurité, la peur a changé de camp.

Le 13/10/2026 à 13h20

Le communiqué a été rendu public lundi 12 octobre à New York. Il fait suite à une lettre adressée par le chef du Polisario, Brahim Ghali, au secrétaire général de l’ONU, António Guterres. En cause: les propos tenus par Staffan de Mistura le 8 octobre, lors des consultations à huis clos du Conseil de sécurité consacrées à la Minurso.

Le Front Polisario l’accuse d’un «manque de neutralité» et d’un «alignement public sur les positions du Maroc», au motif qu’il aurait soutenu l’autonomie sous souveraineté marocaine comme base des discussions futures. Les séparatistes jugent «extrêmement préoccupant» un comportement qui soulève, selon eux, des questions sur «sa crédibilité, son impartialité et son indépendance». Et ils menacent de «reconsidérer leur engagement» avec l’envoyé personnel.

Ce n’est pas un coup de colère isolé. Le Polisario rappelle avoir déjà écrit à l’ONU les 4 mars et 21 septembre pour rappeler l’émissaire à l’ordre. Trois lettres en sept mois: on ne cherche plus à infléchir un médiateur, on désigne un bouc-émissaire.

Un médiateur qui n’a jamais été l’homme de Rabat

Le reproche ne résiste pas à l’examen. S’il est un envoyé personnel dont Rabat s’est méfié, c’est bien Staffan de Mistura. En 2024, il avait exhumé devant le Conseil de sécurité la vieille idée d’une partition du territoire, que Nasser Bourita avait aussitôt rejetée comme une proposition «réchauffée». La même année, sa visite à Pretoria, capitale engagée aux côtés du Polisario, avait suscité l’irritation du Maroc.

L’ironie ne s’arrête pas là. Le 7 octobre, la veille de son exposé, l’ancien «diplomate» algérien Amar Belani publiait une tribune intitulée «après Boulos, Staffan de Mistura dans le viseur de Rabat». Cinq jours plus tard, le Polisario découvre que le même homme serait l’instrument du Maroc. Il faudrait savoir.

Dix jours de fébrilité

Il suffit de remonter le fil des derniers jours pour mesurer la nervosité qui règne entre Alger et Tindouf. Le 3 octobre, Abdelmadjid Tebboune assure à la télévision que l’Algérie ne sera pas «plus sahraouie que les Sahraouis» et que la résolution 2797 «fait son bonhomme de chemin». Un président qui prépare son opinion à un recul ne s’y prendrait pas autrement.

Le 8 octobre, c’est au tour d’Ahmed Attaf. Le chef de la diplomatie algérienne dit observer le dossier «avec beaucoup d’étonnement mêlé d’une préoccupation légitime» et s’alarme de le voir «réduit à une simple question de réfugiés». Le même jour, Staffan de Mistura présente son exposé au Conseil de sécurité.

Le 11 octobre, la police algérienne annonce l’arrestation de 61 Marocains soupçonnés de préparer des «actes de sabotage», sans la moindre précision sur leurs cibles. Le 12, le Polisario publie son communiqué contre l’envoyé personnel. Entre-temps, Amar Belani a publié tribune sur tribune, parfois deux par jour, pour expliquer que tout va bien.

Mis bout à bout, ces épisodes ne dessinent pas une stratégie. Ils trahissent une inquiétude. Quand on est sûr de son dossier, on ne multiplie pas les communiqués, les mises en garde et les complots en l’espace de dix jours.

Le message qu’ils ne veulent pas entendre

Ce qui affole le Polisario et Alger tient en une phrase de l’exposé du 8 octobre: après trois cycles de discussions à Washington et à Madrid, les négociations butent sur un mur, et ce mur tient au refus du Polisario d’examiner sérieusement le plan d’autonomie. Pour la première fois, le médiateur de l’ONU désigne clairement la partie qui bloque.

C’est cela que le Front ne supporte pas. Depuis la résolution 2797, adoptée il y a un an, l’autonomie sous souveraineté marocaine est la base des négociations. L’envoyé personnel ne fait qu’appliquer le cadre fixé par le Conseil de sécurité. En le prenant pour cible, le Polisario s’en prend en réalité au Conseil lui-même. Et à travers lui, à une communauté internationale qui a tranché.

Le chant du cygne

Le calendrier explique la panique. Le Conseil de sécurité doit adopter fin octobre une nouvelle résolution, et personne, ni à Tindouf ni à Alger, ne s’attend à ce qu’elle revienne en arrière. Faute de pouvoir infléchir le texte, on conteste l’arbitre, on dramatise, on agite des complots. Ce sont les réflexes de ceux qui sentent la partie leur échapper.

Cette agitation ne changera rien, au fond. Un mouvement qui menace de rompre avec le médiateur de l’ONU tout en se disant attaché au processus onusien ne se renforce pas, il s’isole. Et un régime qui répond à un revers diplomatique par des arrestations de travailleurs étrangers ne convainc personne de sa sérénité.

À Tindouf comme à Alger, on attend le 31 octobre avec une peur panique. La fin de partie a été pourtant déjà sifflée par la résolution 2797.

Par Mohammed Ould Boah
Le 13/10/2026 à 13h20