Sahara: après les fanfaronnades, le chef de la diplomatie algérienne passe aux lamentations

Le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf.. AFP or licensors

Alors que la presse algérienne multiplie depuis des jours les titres triomphalistes, le chef de la diplomatie, Ahmed Attaf, a choisi un tout autre registre. À trois semaines de la résolution du Conseil de sécurité attendue le 30 octobre, il s’inquiète, se plaint et met en garde. Il redoute, et il n’a pas tort, que l’option de l’autonomie sous souveraineté marocaine devienne irréversible.

Le 09/10/2026 à 08h30

Le cadre se voulait solennel. Jeudi 8 octobre, Ahmed Attaf présidait à Alger la cérémonie de la Journée de la diplomatie algérienne, couplée cette année au 81e anniversaire de l’ONU. Le thème retenu, «un multilatéralisme renouvelé», annonçait un discours de principes. Le ministre a surtout livré une longue complainte sur le Sahara marocain.

C’est, a-t-il dit, «avec beaucoup d’étonnement mêlé d’une préoccupation légitime» que l’Algérie observe l’évolution du dossier. Ce qui l’inquiète: «les tentatives visant à détourner la question du Sahara occidental de son essence», de «son caractère de question de décolonisation», «pour la réduire à une simple question de réfugiés».

(À partir de 17:41)

Il met en garde contre toute volonté «d’établir et de légitimer un fait accompli imposé au Sahara occidental». Et il répète que le droit à l’autodétermination «ne se prescrit pas» et «ne se perd pas par la complicité ni par des manœuvres visant à gagner du temps».

Un destinataire sans nom

Le Conseil de sécurité n’est pas cité. Il n’avait pas besoin de l’être. Ces mises en garde visent les quinze membres qui doivent se prononcer fin octobre, un an après la résolution 2797 qui a fait du plan d’autonomie marocain la base des négociations. Alger sait que la prochaine résolution ne reviendra pas en arrière. Et si l’on accorde du crédit aux pleurnicheries d’Attaf, elle pourrait même aller plus loin.

La crainte exprimée par Attaf en dit long. Un ministre ne s’alarmerait pas de voir le dossier «réduit à une simple question de réfugiés» s’il ne pressentait pas que c’est la réalité dominante. Or, une fois la souveraineté réglée, il ne reste précisément que cela: le sort des populations des camps de Tindouf, que l’Algérie n’a jamais laissé recenser. Ce n’est pas la décolonisation qui est menacée. C’est le récit que le régime algérien entretient depuis un demi-siècle.

D’où ce ton de discours funèbre. Cinquante ans d’argent, d’armes et de diplomatie investis dans le Polisario et dans la promesse d’un État sahraoui se résument aujourd’hui à la défense d’un droit «imprescriptible». On invoque l’imprescriptibilité quand on ne peut plus parler d’échéance.

Après Tebboune, Attaf

Ces lamentations font écho au dernier entretien périodique d’Abdelmadjid Tebboune avec la presse publique, diffusé le 3 octobre. Le président algérien y a assuré que son pays ne serait pas «plus sahraoui que les Sahraouis», avant d’ajouter: «La solution que les Sahraouis acceptent, nous l’accepterons aussi.» De la résolution 2797, il a dit qu’elle «existe» et qu’elle «fait son bonhomme de chemin». Le chef de l’État préparait les Algériens au deuil. Cinq jours plus tard, son ministre des Affaires étrangères en prononçait l’oraison.

La séquence a sa cohérence, mais pas sans contradictions. Le 28 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Ahmed Attaf saluait les négociations directes entre le Maroc et le Polisario, sous l’égide des Nations unies et avec l’appui des États-Unis. Comme si l’Algérie n’était qu’un observateur bienveillant, alors que la résolution 2797 la compte parmi les parties appelées à la table. On ne peut pas se dire étranger à une négociation et pleurer ensuite son issue.

Le 30 octobre, le Conseil de sécurité dira si les craintes d’Ahmed Attaf étaient fondées. Son oraison funèbre laisse penser qu’Alger ne se fait aucun doute sur l’identité du défunt.

Par Hajar Kharroubi
Le 09/10/2026 à 08h30