Arrestation de 61 Marocains en Algérie: que prépare le régime voyou?

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

La police algérienne affirme avoir démantelé un «réseau criminel international marocain» de 61 personnes qui s’apprêtaient à commettre des «actes de sabotage». Sans aucune arme, aucune cible, aucune date précise. Un communiqué aussi vide n’a pas pour but d’informer. Il désigne un coupable: le Marocain. Et il détourne le regard des Algériens de ce qui les accable au quotidien.

Le 12/10/2026 à 12h25

Le communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale, diffusé dimanche 11 octobre et repris aussitôt par toutes les télévisions algériennes, tient en quelques lignes. Les 61 Marocains, «dont un ancien militaire de l’armée marocaine», auraient pris l’avion jusqu’à Tunis, puis seraient entrés en Algérie «en empruntant des sentiers montagneux escarpés et des chemins forestiers isolés dans la région d’El Kala», avant de rejoindre Oran «pour mettre à exécution leurs actes de sabotage».

Un communiqué qui ne tient pas

Il suffit de le lire pour en mesurer la fragilité. Les arrestations ont eu lieu «début octobre»: la police est incapable d’en donner la date. Le réseau est dit «hautement dangereux», mais aucune arme n’a été saisie. Pour toute pièce à conviction, le communiqué cite «des passeports marocains ainsi que des sommes d’argent en dirhams marocains et en euros». Ce que l’on trouve dans la poche de n’importe quel voyageur marocain.

Reste l’itinéraire. Soixante et une personnes auraient franchi clandestinement l’une des frontières les plus surveillées de la région, puis traversé l’Algérie d’est en ouest sur près d’un millier de kilomètres, sans jamais attirer l’attention.

Pour se faire arrêter ensemble, à Oran, avec leurs passeports en poche. Ce n’est pas ainsi qu’opère un réseau de saboteurs. C’est en revanche ainsi que l’on rédige un scénario. Alors, que prépare le régime algérien? Des précédents permettent de répondre.

Des aveux télévisés

Le régime prépare d’abord un spectacle. Le scénario a déjà été rodé cet été. Le 13 juillet, le ministère algérien de la Défense annonçait l’arrestation de six «membres du MAK», dont quatre Marocains, accusés d’avoir voulu perturber les élections législatives.

Un mois plus tard, la télévision publique diffusait leurs «aveux». Il faut s’attendre au même traitement pour les 61 d’Oran: des visages floutés, des phrases apprises, et le Maroc désigné comme commanditaire.

Une marocophobie d’État

Il entretient ensuite une haine. Car cette affaire n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une marocophobie méthodiquement cultivée par le régime depuis des années. En août 2021, le Haut Conseil de sécurité algérien accusait le Maroc d’être derrière les incendies meurtriers de Kabylie, avant de rompre les relations diplomatiques quelques jours plus tard.

Depuis, le Marocain est devenu le coupable de service. Il est «l’ennemi classique» dans le discours militaire. Il est l’espion, le trafiquant, l’agent du MAK ou d’Israël dans une presse aux ordres qui en fait son sujet quotidien.

Cette propagande ne vise pas un «Makhzen» abstrait, comme le régime le prétend. Elle vise un peuple. Elle apprend aux Algériens, jour après jour, à se méfier de leurs voisins, de leurs anciens collègues, de l’ouvrier marocain installé dans leur quartier. Elle fabrique un ennemi pour pouvoir ensuite le désigner du doigt.

La chasse aux Marocains

Et quand l’ennemi est désigné, la chasse peut commencer. Les premières cibles sont toujours les plus vulnérables: les Marocains établis en Algérie, souvent artisans ou ouvriers du bâtiment, parfois en situation irrégulière, sans protection et sans voix.

Le visa imposé aux Marocains en 2024, les quatre ouvriers présentés comme des agents du MAK en juillet, et aujourd’hui 61 personnes arrêtées d’un coup: la logique est la même.

Faire oublier l’impéritie

Car il faut bien parler d’autre chose que du quotidien des Algériens. Le 2 juillet, à peine plus d’un électeur sur cinq s’est déplacé pour les législatives: 20,79% de participation selon les chiffres officiels, le taux le plus bas de l’histoire du pays, et des bureaux quasi déserts en Kabylie. Les Algériens ont dit, par leur silence, ce qu’ils pensent de ceux qui les gouvernent.

Ils ont de bonnes raisons. Dans un pays parmi les plus riches d’Afrique en pétrole et en gaz, le panier de la ménagère flambe: entre fin juin et mi-août, le plateau d’œufs a augmenté d’environ 65% et le poulet d’un tiers sur les marchés, selon Maghreb Émergent. Viande, fruits et légumes deviennent un luxe pour nombre de familles.

Cet été encore, des dizaines de communes de la capitale ont subi des coupures d’eau à répétition, pendant qu’une station de dessalement tombait en panne. Et le chiffre le plus accablant ne vient pas d’Alger, mais de Bruxelles.

Selon l’agence européenne Frontex, 7.910 Algériens ont été détectés en situation irrégulière aux frontières de l’Union européenne entre janvier et août 2026. L’Algérie se classe ainsi au troisième rang des nationalités de migrants irréguliers, derrière le Bangladesh et le Soudan, un pays ravagé par la guerre.

Sur la route de la Méditerranée occidentale, celle des Baléares et des côtes espagnoles, les Algériens représentent à eux seuls plus de 40% des passages. C’est aussi la seule route migratoire vers l’Europe en hausse cette année, de 34% en un an. Avec un chômage des jeunes estimé à près de 30% par la Banque mondiale, la jeunesse d’un pays gazier fuit à bord d’embarcations de fortune. Aucun saboteur marocain n’est à l’origine de cet exode.

Voilà les vrais sujets. Aucun n’est imputable au Maroc. Tous relèvent de la responsabilité d’un régime qui gère la rente sans jamais construire. Pour qu’on ne lui demande pas de comptes, il lui faut un ennemi. Le Marocain fait l’affaire. Demain, on lui imputera sans doute la cherté de la vie.

Une diversion avant New York

Le calendrier, enfin, n’a rien d’anodin. Le Conseil de sécurité doit adopter fin octobre une nouvelle résolution sur le Sahara, un an après la résolution 2797 qui a fait de l’autonomie la base des négociations. Alger, qui s’y prépare en se lamentant, a besoin de se présenter en victime d’une agression marocaine. Soixante et un «saboteurs» tombent à point nommé.

Le Maroc a les moyens de répondre

Face à ces arrestations, le Maroc est en droit de protéger ses ressortissants avec tous les moyens légaux dont il dispose. Ces 61 personnes ont droit à un avocat, à un procès équitable et à la protection consulaire de leur pays.

Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, le Conseil des droits de l’Homme et les grandes ONG peuvent et doivent être saisis. Un régime qui arrête des étrangers en masse sur la foi d’un communiqué de quelques lignes devra un jour s’en expliquer.

En attendant, Alger a déjà dit l’essentiel. Ce n’est pas le Maroc qui menace l’Algérie. C’est le régime algérien qui a besoin des Marocains pour exister.

Par Mohammed Ould Boah
Le 12/10/2026 à 12h25