Le communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale algérienne, diffusé dimanche 11 octobre, tient en quelques lignes. 61 ressortissants marocains, arrêtés à Oran début octobre, «s’apprêtaient à commettre des actes de sabotage portant atteinte à la sécurité et à l’ordre publics». Le réseau serait «extrêmement dangereux». Ses membres auraient pris l’avion jusqu’à Tunis, puis franchi la frontière par les pistes de montagne et les forêts d’El Kala, avant de rejoindre Oran, à l’autre bout du pays.
Quels actes de sabotage? Contre quelles cibles? Avec quels moyens? Le communiqué n’en dit rien. Pour toute pièce à conviction, il cite des passeports marocains et des sommes en dirhams et en euros. Autrement dit, ce que l’on trouve dans les poches de n’importe quel voyageur marocain. Même l’AFP, peu suspecte de complaisance envers Rabat, relève sobrement que la DGSN «n’a pas donné de détails sur les actions qu’il aurait planifiées».
Le scénario laisse perplexe. Soixante et un saboteurs qui voyagent en groupe, sous leur vraie identité, avec leurs passeports en poche, et traversent l’Algérie d’est en ouest pour se faire arrêter ensemble. Ce n’est pas ainsi que procède un service de renseignement. C’est en revanche ainsi que l’on fabrique un titre.
Le vrai ennemi: les Marocains
Le régime algérien répète à l’envi que son différend vise le «Makhzen», jamais le peuple marocain. Les faits disent le contraire. C’est contre les Marocains que l’Algérie a rétabli l’obligation de visa en 2024. C’est sur des Marocains que les garde-côtes algériens ont ouvert le feu au large de Saïdia en 2023. Et ce sont des Marocains qu’une presse aux ordres présente chaque jour comme des espions, des trafiquants ou des agents de l’étranger.
La suite est déjà écrite. En réaction au communiqué, «Algérie patriotique» le journal du criminel de guerre, reconnu coupable de crimes contre l’humanité, le défunt Khaled Nezzar, s’interrogeait ouvertement sur «l’expulsion de tous les Marocains illégalement établis en Algérie» et sur une «campagne d’expulsion massive et systématique». Les Marocains ont de la mémoire. En décembre 1975, le régime de Boumediene avait expulsé du jour au lendemain des dizaines de milliers de familles marocaines, dépossédées de leurs biens et séparées de leurs proches. Cinquante ans plus tard, le réflexe est intact.
La peur de fin octobre
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Le Conseil de sécurité doit adopter fin octobre une nouvelle résolution sur le Sahara, un an après la résolution 2797 qui a fait du plan d’autonomie la base des négociations. Il y a quelques jours à peine, le président Tebboune expliquait aux Algériens que son pays ne serait pas «plus sahraoui que les Sahraouis». Son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, se lamentait de voir le dossier «réduit à une simple question de réfugiés». Faute de pouvoir changer le cours des choses à New York, Alger agite la menace intérieure. C’est la vieille recette des régimes en difficulté: quand la diplomatie échoue, on fabrique un ennemi.
Le contraste est saisissant. Le 9 octobre, devant le Parlement, le roi Mohammed VI parlait réformes, jeunesse, décentralisation, partenariats choisis. Le discours d’un chef d’État tourné vers l’avenir de son pays. Deux jours plus tard, Alger répondait par un communiqué de police. Chacun ses priorités.
Une affaire qui ne restera pas sans suite
Soixante et une personnes sont aujourd’hui détenues sur la foi d’accusations que rien, à ce stade, ne vient étayer. Elles ont droit à un avocat, à un procès équitable et à la protection consulaire de leur pays. Ces droits ne se négocient pas, quelle que soit la nature des relations entre Rabat et Alger. Les instances internationales de défense des droits de l’Homme, du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire aux grandes ONG, ont matière à se saisir du dossier. Elles en ont aussi le devoir.
Le régime algérien voulait un réseau de saboteurs. Il a surtout montré, une fois de plus, l’étendue de sa haine pathologique contre les Marocains.




