Purges et instabilité en Algérie: nouveau changement à la tête de la gendarmerie

Des généraux algériens.

Jeudi 8 octobre, la gendarmerie algérienne, dont quatre anciens commandants en chef sont actuellement emprisonnés, alors qu’un cinquième est condamné par contumace après sa fuite vers l’étranger, a encore changé de patron. Le chef d’état-major de l’armée, le général Said Chengriha, a installé, hier, le général Ali Sidane en tant que cinquième chef de la gendarmerie sous la présidence de Tebboune. Une ère marquée par l’instabilité.

Le 10/10/2026 à 08h30

En l’espace d’une semaine et demie, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a procédé à trois changements qui ont touché successivement les renseignements militaires, la première région militaire et l’état-major de la gendarmerie.

Après le limogeage du patron de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), remplacé le 28 septembre, suivi, le 5 octobre courant par un changement à la tête de la première région militaire (Alger), un autre limogeage a concerné le commandement en chef de la gendarmerie, un corps qui compte dans ses rangs plus de 140.000 personnes.

Le général Ali Sidani, installé ce 8 octobre, devient ainsi le cinquième commandant de la gendarmerie depuis l’arrivée de Tebboune à El Mouradia. Dès juillet 2020, Tebboune avait en effet limogé le général Abderrahmane Arrar, nommé au mois d’août 2019 à la tête de la gendarmerie suite à la fuite à l’étranger, avec sa famille et un important magot, du général Ghali Belkécir, ancien patron de ce corps relevant du ministère de la Défense.

Le général Arrar fut admis à la retraite en 2021, traduit en justice et emprisonné en 2023 au bagne militaire de Blida. Son prédécesseur, lui, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, a été condamné à 20 ans de réclusion pour «haute trahison».

Le général Noureddine Gouasmia, qui a pris les rênes de la gendarmerie algérienne au mois d’août 2021, en remplacement du général Arrar, fut limogé une année plus tard, avant d’être convoqué en janvier 2022 par le tristement célèbre Centre principal militaire d’investigation (CPMI) de Ben Aknoun, antichambre de la prison militaire de Blida. Son remplaçant, le général Yahia ali Oulhadj, passera quatre années à la tête de l’état-major de la gendarmerie, avant d’en être violemment éjecté par Said Chengriha, dont il était pourtant présenté comme un homme de main fidèle.

En 2025, il fut extrait de sa geôle pour les besoins de la cérémonie de son remplacement par le général Sid Ahmed Bourommana. Quel sort sera réservé à ce dernier suite à son éviction ce 8 octobre, alors que les trois chefs d’état-major de la gendarmerie qui se sont succédé sous Tebboune sont tous en prison?

Cette question est d’autant plus légitime que l’instabilité à tous les niveaux du commandement militaire algérien est devenue une constante, exécutée à travers un rituel implacable où des hauts gradés de l’armée sont régulièrement sacrifiés sans ménagement pour assurer le maintien au pouvoir du duo composé par Tebboune et Chengriha.

Selon ce rituel, Tebboune signe un décret de limogeage, Chengriha installe puis emprisonne ou place en résidence surveillée tous ceux qu’il suspecte de menacer sa pole-position politico-militaire. Et ce turn-over se répète à une moyenne de trois à quatre limogeages par an.

Résultat des courses: plus d’une trentaine de généraux ayant occupé de hauts postes de commandements sont aujourd’hui en prison, la plupart depuis l’arrivée du duo au pouvoir.

Il y a tout juste dix jours, soit le 28 septembre dernier, le général Noureddine Maache est devenu le sixième patron de la DCSA sous Tebboune. Il a remplacé le général Ibrahim Abbas, éjecté neuf mois seulement après sa nomination en décembre 2025.

Plus tôt, au mois de mai 2026, Abdelkader Aït Ouarabi, alias général Hassan, n’a passé que moins d’une année, soit un peu plus que son prédécesseur, le général Abdelkader Haddad, alias Nacer El Djinn (10 mois), à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Ces exemples de limogages, pour ne citer que les plus récents, montrent comment, en moins de sept ans au pouvoir, Tebboune et Chengriha ont battu tous les records d’instabilité à la tête des différents services relevant du ministère de la Défense. Entre 2020 et 2026, les trois directions du renseignement (DGSI, DDSE et DCSA) et le commandement de la gendarmerie ont cumulé plus d’une vingtaine de changements.

À titre de comparaison, les deux premiers présidents de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene, n’ont connu, de 1962 à 1979 que le seul Kasdi Merbah comme patron de la sécurité militaire, ancêtre l’actuelle DCSA.

Durant les 20 ans d’Abdelaziz Bouteflika (1999-2019), la DCSA est restée pendant plus de 15 ans (2000 à 2015) aux mains d’un seul patron. Idem pour la gendarmerie algérienne qui a été dirigée pendant 15 années (de 1962 à 1977) par le colonel Ahmed Benchérif.

Sous Bouteflika, c’est le général Ahmed Boustila qui resta chef d’état-major de la gendarmerie de 2000 à 2015.

Si entre 2015 et 2019, d’importantes purges ont secoué l’armée algérienne, c’était d’une part à cause du démantèlement du puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) et, d’autre part, à cause de l’affaire des 701 kg de cocaïne saisis en mai 2018 au port d’Oran.

Les généraux Abdelghani Hamel, ancien patron de la police algérienne, et Menad Nouba, ancien chef d’état-major de la gendarmerie, purgent depuis des peines de prison de 15 à 20 ans, suite à leur condamnation dans cette affaire de cocaïne, des condamnations confirmées en appel sous Tebboune. Ce dernier a d’ailleurs failli être emporté par cette affaire, puisque son fils, Khaled, a été emprisonné dans le sillage de ce scandale. Il a été relaxé, quelques semaines seulement après le parachutage de son père à la présidence.

Par Mohammed Ould Boah
Le 10/10/2026 à 08h30