Carburants: jusqu’à 1 DH de hausse pour le gasoil, des écarts inédits entre distributeurs

Le totem d’une station TotalEnergies à Casablanca affiche le prix le plus élevé du gasoil relevé ce dimanche dans la métropole, à 16,99 dirhams le litre. (W.Elmouden/Le360.)

Entrée en vigueur ce dimanche 1er novembre, la nouvelle révision des prix se traduit par une hausse du gasoil pouvant atteindre un dirham par litre, tandis que l’essence recule de 10 à 30 centimes selon les enseignes. À Casablanca, les écarts entre distributeurs sont particulièrement marqués. Le diesel conforte également son nouveau statut de carburant plus cher que l’essence, une situation qui tranche avec les habitudes du marché marocain.

Le 01/11/2026 à 14h22

Les automobilistes marocains doivent composer, depuis ce dimanche 1er novembre, avec une nouvelle hausse du prix du gasoil à la pompe. Mais cette révision présente une particularité de taille. Les augmentations et les baisses appliquées ne sont pas identiques d’un distributeur à l’autre. Les écarts de prix entre enseignes sont même particulièrement importants, comme le montrent les tarifs relevés ce matin dans plusieurs stations-service à Casablanca.

Chez TotalEnergies, le litre de gasoil est désormais affiché à 16,99 dirhams, contre 15,69 dirhams pour l’essence. Ce qui représente une hausse d’un dirham pour le diesel et une baisse de 10 centimes pour le super sans plomb, conformément aux consignes communiquées aux stations de l’enseigne.

Chez d’autres distributeurs, les ajustements sont différents, avec une augmentation de 80 centimes pour le gasoil et une baisse de 30 centimes pour l’essence. Les prix affichés à Casablanca permettent de mesurer les disparités entre opérateurs.

Voici les tarifs relevés ce dimanche matin:

DistributeurGasoil (DH/L)Essence (DH/L)
yoom16,8914,99
TotalEnergies16,9915,69
Winxo16,9515,38
Afriquia16,4015,09
Shell (Vivo Energy)16,9515,38
Petromin Oils16,9515,38

Des écarts de prix particulièrement marqués

La première donnée frappante concerne l’amplitude des prix pratiqués. À Casablanca, le litre de gasoil varie de 16,40 dirhams chez Afriquia à 16,99 dirhams chez TotalEnergies, soit un écart de 59 centimes. Pour l’essence, la différence atteint 70 centimes entre yoom, qui affiche 14,99 dirhams, et TotalEnergies, où le litre est vendu à 15,69 dirhams.

Cette dispersion des tarifs prend une dimension particulière dans le contexte de la nouvelle révision. Les consignes adressées aux stations-service la veille faisaient déjà apparaître des stratégies d’ajustement différenciées. Si certains opérateurs ont opté pour une augmentation plus modérée du gasoil, d’autres ont appliqué le relèvement maximal annoncé, tandis que les baisses sur l’essence varient également.

La situation mérite d’autant plus d’attention que les écarts entre les prix affichés par les différentes enseignes semblent s’accentuer. La concurrence entre distributeurs se traduit désormais par des différences de plusieurs dizaines de centimes au litre, alors que les mouvements tarifaires étaient généralement présentés de manière plus homogène lors des précédentes révisions.

Le gasoil toujours plus cher que l’essence

Autre évolution notable: le renversement de la hiérarchie traditionnelle des prix des carburants. Le gasoil est désormais plus cher que l’essence. Le différentiel atteint 1,90 dirham chez yoom, 1,30 dirham chez Afriquia et TotalEnergies, et 1,57 dirham chez Winxo, Shell et Petromin Oils.

Cette situation, devenue particulièrement visible ces derniers mois, constitue une réalité nouvelle pour le marché marocain. Historiquement, le gasoil était commercialisé à un prix inférieur à celui de l’essence, ce qui avait notamment contribué à son poids prépondérant dans le parc automobile national.

Dans d’autres villes, les prix du gasoil franchissent même désormais le seuil symbolique des 17 dirhams le litre, accentuant la pression sur les automobilistes et les professionnels du transport.

Cette nouvelle augmentation intervient alors que le gouvernement propose, dans le cadre du projet de loi de finances 2027, de relever la fiscalité applicable aux grands opérateurs du secteur.

Le PLF prévoit ainsi de porter le taux de l’impôt sur les sociétés (IS) de 35% à 40% pour les entreprises exerçant des activités d’importation ou de distribution d’hydrocarbures dont le bénéfice net annuel atteint ou dépasse 100 millions de dirhams. Cette mesure, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027 si elle est adoptée, représente un relèvement de cinq points du taux d’imposition applicable à ces entreprises.

Le gouvernement entend ainsi accroître la contribution fiscale des opérateurs réalisant les bénéfices les plus importants dans un secteur caractérisé par une forte concentration.

Mais cette orientation soulève une question essentielle: qui supportera effectivement cette charge fiscale supplémentaire? Plusieurs experts estiment que les distributeurs pourraient chercher à préserver leur rentabilité en transférant, en tout ou en partie, le surcoût fiscal vers les prix de vente.

L’enjeu ne se limite donc pas au rendement fiscal attendu par l’État. Il porte également sur la capacité des pouvoirs publics à s’assurer que le renforcement de la contribution des opérateurs ne se traduise pas par une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat.

La nouvelle flambée du gasoil, conjuguée aux disparités tarifaires désormais observées entre distributeurs, remet ainsi au premier plan la question de la formation des prix à la pompe, de la transparence des marges et de l’effectivité de la concurrence sur le marché des carburants.

Par Wadie El Mouden
Le 01/11/2026 à 14h22