Budget: la lourde ardoise des hydrocarbures

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Revue de presseMalgré l’essor impressionnant des filières solaires et éoliennes, le Maroc reste fortement exposé à la volatilité des marchés pétroliers mondiaux. Avec une facture énergétique projetée à plus de 138 milliards de dirhams en 2026, la pression s’accroît sur les finances extérieures du Royaume. Pour transformer ses réussites environnementales en véritable souveraineté économique, le pays doit désormais réussir le pari de l’électrification massive de ses transports et de son industrie. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 27/10/2026 à 19h18

Le Maroc se retrouve confronté à une équation économique complexe, où le dynamisme de la transition énergétique se heurte brutalement à la réalité des marchés mondiaux. Malgré l’essor continu des filières solaires et éoliennes, le pays subit de plein fouet le renchérissement des hydrocarbures importés. Selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, la facture énergétique nationale devrait bondir de 28,4% en 2026 pour atteindre le montant record de 138,1 milliards de dirhams. Cette hausse vertigineuse aggrave la pression sur les équilibres extérieurs, portant le déficit du compte courant à 4,6% du PIB, rapporte le magazine hebdomadaire Challenge.

L’analyse des flux commerciaux révèle que cette détérioration des comptes extérieurs s’explique principalement par un choc sur les cours internationaux et les coûts logistiques plutôt que par une hausse de la consommation. Les importations de gasoil et de fuel sont restées stables à 5,5 millions de tonnes, illustrant un effet prix dévastateur pour une économie dont la dépendance énergétique avoisine encore les 88%. Cette vulnérabilité se propage rapidement à l’ensemble du tissu économique national, où l’augmentation des coûts de transport et de production pèse lourdement sur la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.

Ce paradoxe s’explique en grande partie par la nature de l’électricité verte produite, qui ne couvre pas directement les besoins des secteurs les plus gourmands en produits pétroliers. Si les énergies renouvelables représentent près de la moitié de la capacité électrique installée, le réseau actuel ne permet pas de substituer immédiatement le soleil à l’essence qui alimente les transports ou l’industrie. Installer des équipements solaires ne réduit pas automatiquement la consommation de carburant fossile du parc roulant ou des machines industrielles, lit-on dans Challenge.

Pour franchir ce cap, les experts s’accordent sur la nécessité d’accélérer l’électrification des usages à travers tout le Royaume. La transformation implique un basculement massif du transport de marchandises vers le ferroviaire, le développement des flottes électriques et la modernisation des équipements industriels. Parallèlement, le renforcement des infrastructures de réseau, des capacités de stockage et des mesures d’efficacité énergétique s’impose comme le levier indispensable pour absorber la production renouvelable et stabiliser le système.

La réussite effective de la transition marocaine ne se mesurera pas uniquement à l’augmentation des capacités installées, mais à la baisse durable des volumes d’énergies fossiles importés. Bien qu’une détente temporaire de la facture soit anticipée pour 2027 à la faveur d’une accalmie sur les cours mondiaux, la véritable rupture structurelle n’interviendra qu’à l’horizon 2030. C’est à cette condition que la croissance économique nationale pourra se poursuivre sans être pénalisée par les fluctuations du baril.

La maîtrise de la facture énergétique dépasse le simple cadre environnemental pour devenir un impératif de souveraineté et de compétitivité. Le Maroc dispose d’amortisseurs solides, notamment des réserves de change confortables et la vitalité de ses exportations, mais la vulnérabilité globale demeure. L’enjeu stratégique des années à venir réside ainsi dans la capacité du pays à convertir son potentiel solaire et éolien en économies réelles sur ses achats à l’étranger.

Par La Rédaction
Le 27/10/2026 à 19h18