Les documents annexés au projet de loi de finances pour l’année 2027 soulèvent une interrogation majeure quant au financement par l’État de ses ambitions d’investissement et de ses besoins sociaux croissants dans un contexte de pressions extérieures et de raréfaction des capitaux privés, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 28 octobre.
Du côté du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, le rapport relatif aux entreprises et établissements publics prévoit que les engagements d’investissement atteindront environ 8,8 milliards de dirhams d’ici la fin de l’année 2026, tandis que l’enveloppe globale de performance devrait s’élever à 2,1 milliards de dirhams, soulignant un décalage persistant entre les engagements programmés et les réalisations effectives. Le Fonds a pourtant lancé, en juin 2026, une opération pilote ciblant 22 entreprises réparties sur l’ensemble des régions pour faciliter l’accès au financement par des instruments de quasi-fonds propres. Le rapport indique également que le Fonds poursuit ses investissements directs stratégiques dans les secteurs clés à travers sa participation dans la société de l’énergie électrique de Tahaddart, son implication dans le partenariat public-privé unissant le gouvernement aux sociétés Taqa Morocco et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable pour des projets d’eau et d’énergie évalués à 130 milliards de dirhams, ainsi que le lancement prévu en 2027 d’une nouvelle génération de fonds d’investissement axés sur la durabilité environnementale, sociale et la bonne gouvernance d’ici 2037.
Sur le volet social, la note prévisionnelle du projet indique que le nombre de personnes enregistrées dans le système d’assurance maladie obligatoire a dépassé 32,5 millions, soit environ 89% de la population, contre une couverture qui n’excédait pas 42% avant le lancement du chantier de la couverture sanitaire universelle. Cela s’accompagne d’un transfert de la gestion de l’assurance maladie obligatoire du secteur public depuis la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) vers la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) afin de garantir la protection sociale, d’améliorer l’accès effectif aux services de santé, et de préserver l’équilibre financier des régimes d’assurance. Ce document intègre par ailleurs le transfert de plus de 37,86 milliards de dirhams vers la CNSS, dont 35,8 milliards de dirhams alloués au profit de plus de 11 millions de bénéficiaires du régime AMO Tadamoun, tandis qu’un montant de 2 milliards de dirhams a été réservé pour la couverture des frais restants à la charge des usagers en contrepartie des services offerts dans les établissements de santé publique, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
S’agissant de la situation de la compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc, le panorama se révèle plus complexe avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 25 milliards de dirhams d’ici la fin de l’année 2026 et une hausse du nombre de passagers à 9,3 millions. L’entreprise a toutefois essuyé des pertes nettes de 71 millions de dirhams au cours des quatre premiers mois par rapport à 58 millions un an auparavant en raison des répercussions géopolitiques, dégageant un chiffre d’affaires de 11 milliards de dirhams à fin avril qui nécessite un rythme d’environ 14 milliards de dirhams pour les huit mois restants afin d’atteindre l’objectif annoncé. Cela intervient après une année 2025 solide marquée par un bénéfice net de 1,3 milliard de dirhams, une progression du chiffre d’affaires de 8% pour s’établir à 21,5 milliards de dirhams, un résultat net consolidé du groupe de 2,085 milliards de dirhams en hausse de 154%, une dette en progression à 6,9 milliards de dirhams et des investissements consolidés de 3,58 milliards de dirhams. Ce bilan s’inscrit dans le cadre du programme contractuel conclu avec l’État pour la période 2023-2037 qui vise l’élargissement de la flotte de 50 à 200 appareils, l’ouverture de plus de 100 nouvelles destinations internationales et 46 lignes intérieures, ainsi que l’élévation du chiffre d’affaires à 94 milliards de dirhams et le transport de 31,6 millions de voyageurs par an d’ici 2037.
L’ensemble de ces trois dossiers représente ainsi des engagements financiers considérables et des objectifs à long terme, dont l’exécution sera directement mise à l’épreuve par la capacité des chiffres annoncés à être concrétisés en résultats tangibles.




