Les contours du PLF 2027 vus par Zakaria Firano, professeur d’économie

Zakaria Firano, enseignant d’économie, et Fouzi Lekjaa, ministre de l'Économie, des Finances et de la Performance publique.

Le 24/10/2026 à 18h43

VidéoLe PLF 2027 peut-il financer ses ambitions sociales tout en maîtrisant le déficit et l’endettement? L’économiste Zakaria Firano s’interroge sur les marges de manœuvre de l’exécutif et juge limité l’effet des allègements fiscaux annoncés sur le pouvoir d’achat.

Le financement des engagements sociaux du projet de loi de finances (PLF) 2027 appelle davantage de précisions, estime Zakaria Firano, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat-Agdal, relevant de l’Université Mohammed V de Rabat. L’économiste s’interroge notamment sur les ressources à mobiliser pour soutenir les dépenses annoncées tout en maîtrisant le déficit et l’endettement.

Présenté vendredi 23 octobre devant les deux Chambres du Parlement par Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, le PLF 2027 constitue la première traduction budgétaire du programme gouvernemental 2026-2031. Il repose sur une hypothèse de croissance de 3,7%, avec un objectif de déficit budgétaire de 3% du produit intérieur brut (PIB) et une enveloppe globale d’investissement public de 400 milliards de dirhams.

Zakaria Firano relève que la croissance prévue pour 2027 reste inférieure à l’objectif gouvernemental d’une progression moyenne de 5% par an sur la période 2027-2031. Ces deux indicateurs portent toutefois sur des horizons différents: une prévision annuelle ne suffit pas, à elle seule, à préjuger de la réalisation d’un objectif quinquennal.

Pour l’économiste, la question centrale tient à l’articulation entre les ambitions sociales de l’exécutif et les marges de manœuvre budgétaires. Il estime nécessaire de préciser la contribution attendue des recettes fiscales, notamment à travers l’élargissement de l’assiette, ainsi que les besoins de financement à couvrir par l’emprunt.

Il s’interroge également sur la trajectoire de désendettement, alors que le programme gouvernemental vise un ratio d’endettement proche de 62% du PIB à l’horizon 2031. Selon lui, la concrétisation de cet engagement dépendra notamment du rythme de croissance, de la mobilisation des recettes et de la maîtrise des dépenses.

L’élargissement de l’assiette fiscale et le recours à l’emprunt répondent cependant à deux logiques distinctes: le premier permet d’accroître les ressources budgétaires, tandis que le second couvre le besoin de financement résultant notamment du déficit.

Sur le volet fiscal, Zakaria Firano juge que les allègements annoncés en matière d’impôt sur le revenu (IR) auront un effet limité sur le pouvoir d’achat. Le PLF prévoit notamment de porter à 45% le taux forfaitaire de déduction pour frais professionnels, dans la limite de 35.000 dirhams par an.

Il ne s’agit pas d’une hausse des frais remboursés aux salariés, mais d’une déduction appliquée au revenu avant le calcul de l’impôt. Le dispositif actuel distingue notamment un taux de 35% pour les revenus bruts annuels imposables ne dépassant pas 78.000 dirhams et un taux de 25% au-delà. Le gain éventuel dépendra donc du niveau de rémunération et de la situation fiscale de chaque contribuable.

Les mesures sociales occupent une place importante dans le budget présenté par Fouzi Lekjaa, qui a annoncé une enveloppe de 62 milliards de dirhams consacrée aux aides socioéconomiques. Le budget de la santé doit, pour sa part, augmenter de 3 milliards pour atteindre 45 milliards de dirhams.

Concernant l’aide sociale directe, le montant minimum mensuel doit passer de 500 à 600 dirhams à compter de janvier 2027, avant un relèvement progressif à 1.000 dirhams au cours du mandat. Cette aide concerne les ménages éligibles: elle ne doit pas être présentée comme une allocation de 600 dirhams versée à chaque personne.

Le gouvernement prévoit également de porter la pension minimale de retraite à 1.700 dirhams par mois en 2027, première étape vers un objectif de 3.000 dirhams. La mise en œuvre devra tenir compte des spécificités et des équilibres financiers des régimes concernés, selon une programmation progressive.

Pour Zakaria Firano, ces engagements répondent aux attentes en matière de pouvoir d’achat et de protection sociale. Leur portée dépendra toutefois de leur financement et des modalités de leur mise en œuvre.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 24/10/2026 à 18h43