PLF 2027: 106,9 milliards de dirhams pour l’Éducation nationale, l’université engage sa nouvelle architecture

L’amélioration du système national d’éducation et d’enseignement supérieur, décrite dans la note de présentation du PLF 2027. (Photo d'illustration)

Le projet de loi de finances pour 2027 alloue 106,9 milliards de dirhams au département de l’Éducation nationale, contre 102,2 milliards dans la loi de finances 2026. Ce budget intervient au terme de la Feuille de route 2022-2026, dont le gouvernement dit vouloir «consolider et généraliser les acquis» en 2027. Pour l’enseignement supérieur, la note de présentation annonce la mise en œuvre progressive d’une nouvelle architecture universitaire, adossée à la loi n°59-24, avec la création de 49 établissements et un déficit d’hébergement étudiant estimé à près de 400.000 lits.

Le 24/10/2026 à 13h23

L’enveloppe du département de l’Éducation nationale progresse de 4,7 milliards de dirhams d’un exercice à l’autre. Sur ce montant, 4,57 milliards relèvent de la masse salariale, soit la quasi-totalité de l’augmentation.

Selon la note de présentation, cette hausse est «principalement liée» à la révision du statut particulier des fonctionnaires du département, ainsi qu’aux mesures d’amélioration de leur situation administrative et indemnitaire. Le gouvernement y voit un moyen de renforcer l’attractivité des métiers de l’éducation et de consolider les conditions d’exercice du personnel.

Le texte consacre une partie aux résultats de l’année scolaire 2025-2026, qu’elle décrit comme les «premiers résultats mesurables» de la feuille de route. Le taux de généralisation du préscolaire y est chiffré à 82,3%. Cette progression s’appuie, selon la note, sur la formation de plus de 24.000 éducatrices et éducateurs, à raison de 950 heures de formation initiale et sur l’évaluation de 10.000 unités de préscolaire public.

Le réseau des écoles pionnières compte 4.628 établissements, au profit de deux millions d’élèves et de 75.000 enseignants. S’y ajoutent 786 collèges pionniers, qui concernent 705.000 élèves.

Sur le volet de l’inclusion, 78.221 élèves non inscrits ou en situation d’abandon ont été réinscrits, dont 30.506 filles et 32.071 en milieu rural. L’École de la Deuxième Chance accueille 23.000 apprenants dans 255 centres. Le document recense par ailleurs 72.072 élèves en situation de handicap dotés d’un identifiant unique sur le système Massar et plus de 1,17 million d’élèves consultés au titre de la santé scolaire.

Le sport scolaire compte 9.191 élèves inscrits en filières Sport-Études, dont 3.105 filles. Selon la note, l’effectif féminin a été multiplié par 34 depuis 2019.

Pour l’année scolaire 2026-2027, l’objectif affiché est de porter le taux de scolarisation au préscolaire à 90%, en vue de l’objectif Royal de généralisation fixé à 2028. Le PLF 2027 consacre au programme 2,825 milliards de dirhams en fonctionnement et 600 millions de dirhams en investissement. L’extension de l’offre doit passer par de nouvelles salles, par la valorisation des classes à faible effectif et des espaces disponibles dans les établissements, mais aussi par des solutions adaptées aux zones rurales et peu denses.

Le texte indique que «l’enjeu de la prochaine étape» est de faire de la qualité le cœur de cette généralisation. À partir de la rentrée 2027-2028, un modèle pédagogique national unifié doit entrer en vigueur. Il reposera sur un cadre national de référence des acquis de l’enfant de 4 et 5 ans, couvrant le langage, les premières notions de nombre, la motricité, l’autonomie, l’interaction sociale et l’attention. Un guide pédagogique unifié précisera, à la même échéance, les activités, les supports et le socle minimal de moyens de chaque classe.

Le gouvernement prévoit aussi des normes communes sur les effectifs par classe, les espaces et les équipements, ainsi qu’un dispositif régulier d’évaluation. Celui-ci doit dépasser, selon la note, la seule mesure des effectifs et du nombre de classes créées, pour apprécier les acquis de l’enfant et sa préparation à l’entrée au primaire. Un dossier numérique de suivi, articulé avec Massar, doit accompagner le passage vers les premières années du primaire.

Établissements pionniers: la généralisation au primaire visée pour 2027-2028

Pour la rentrée 2026-2027, le réseau est porté à environ 6.753 écoles pionnières, soit un taux de couverture de 80%, et à 1.358 collèges, soit 56%. La cible fixée pour la rentrée 2027-2028 est la généralisation au cycle primaire et une couverture de 75% des collèges.

Les priorités diffèrent selon le cycle. Au primaire, le texte vise la maîtrise des apprentissages fondamentaux, avec un référentiel national des acquis par niveau et l’allègement des programmes. Au collège, il met l’accent sur la prévention du décrochage, l’orientation et des passerelles avec la formation professionnelle. Au secondaire, il prévoit la diversification des parcours, le renforcement des langues et des compétences numériques, dont «l’usage responsable de l’Intelligence artificielle», et une évolution de l’évaluation vers la compréhension et la résolution de problèmes.

Parmi les leviers transversaux figurent l’opérationnalisation d’une Commission permanente chargée du renouvellement des curricula, un cadre référentiel d’évaluation couvrant les six années du primaire et cinq disciplines fondamentales et une banque d’items. Le Projet d’Établissement Intégré (PEI) doit servir d’outil de pilotage, accompagné d’un renforcement progressif de l’autonomie des établissements.

Le volet inclusion est organisé en deux temps. Le premier, préventif, vise à repérer tôt les risques d’abandon. Au plus tard à la rentrée 2027-2028, l’échange de données entre Massar et les systèmes d’information du soutien et de la protection sociale doit être renforcé, notamment pour le transport scolaire, la restauration et l’internat.

Le second, curatif, concerne les jeunes ayant déjà quitté l’école. Le texte annonce un «changement d’échelle» de l’École de la Deuxième Chance, avec des parcours vers la reprise de la scolarité, la formation professionnelle ou l’apprentissage. Chaque direction provinciale doit disposer d’un réseau associant collèges, établissements de formation professionnelle, associations et entreprises.

Pour les élèves en situation de handicap, le PLF prévoit la mise en accessibilité de 1.000 établissements, l’aménagement de 1.000 blocs sanitaires adaptés et l’équipement de 200 salles de ressources. L’offre scolaire doit par ailleurs s’étendre d’environ 200 nouveaux établissements par an, sur la base d’une planification territorialisée.

En milieu rural

L’appui social à la scolarité en milieu rural doit reposer sur une convention-cadre clarifiant les rôles des différentes parties prenantes. Le ciblage des bénéficiaires s’appuiera sur un référentiel national prenant en compte la distance entre le domicile et l’établissement, la durée du trajet et, pour l’octroi de la gratuité, le Registre Social Unifié (RSU).

Le texte prévoit l’intégration des bénéficiaires de Dar Talib et Dar Taliba dans le système de restauration scolaire, selon les critères de bourse en vigueur. Le transport scolaire doit couvrir 730.000 bénéficiaires à l’horizon de la rentrée 2027-2028.

La transformation numérique, elle, s’appuie sur le Digital Lab, présenté comme un cadre d’expérimentation, et sur l’application RIHLA. Au primaire, son accès doit être progressivement généralisé, avec des exercices interactifs en mathématiques, en arabe et en français. Une version adaptée est prévue au collège, centrée sur les mathématiques, les langues et les sciences. Au secondaire, le texte évoque un environnement numérique comprenant laboratoires numériques et outils de préparation aux examens.

Côté professionnalisation des enseignants, le PLF prévoit: formation initiale et continue, recrutement et affectation selon les besoins, accompagnement pédagogique de proximité. Le Cycle de Licence en Éducation (CLE) doit être consolidé comme voie de préparation au recrutement, avec davantage d’alternance entre formation académique et pratique dans les établissements scolaires.

Au niveau des universités, plusieurs problématiques structurelles sont identifiées: la massification des effectifs, la pression sur les capacités d’accueil et les infrastructures, ainsi que l’inadéquation de certaines formations avec le marché du travail. Le texte estime que les défis actuels «relèvent moins d’un problème d’accès ou de moyens que d’un besoin de transformation du modèle éducatif lui-même». Il relève que l’enseignement supérieur universitaire accueille 66% des nouveaux inscrits après le baccalauréat et vise un rééquilibrage vers les parcours techniques, professionnels et appliqués.

Contrairement au volet scolaire, l’extrait ne mentionne pas l’enveloppe budgétaire globale allouée à l’enseignement supérieur.

49 nouveaux établissements

Les décrets n°2-25-561 et n°2-26-486 portent le nombre d’établissements universitaires de 162 à 211. Ces 49 créations se répartissent ainsi:

- 31 établissements issus de la scission de facultés pluridisciplinaires, notamment à Al Hoceima, Nador, Safi, Fès, Tétouan, Tanger, Marrakech et Kelaa des Sraghna;

- 15 établissements spécialisés, dont l’Institut national du numérique et de l’Intelligence artificielle de Settat, la Business school de Rabat, l’Institut des métiers du sport d’Agadir, la Faculté des sciences de la société de Berkane et les Écoles nationales des technologies avancées de Laâyoune et de Dakhla;

- 2 facultés de Médecine, de Pharmacie et de Médecine Dentaire à Settat et à Kénitra, et une faculté de médecine dentaire à Agadir, auxquelles s’ajoute une filière de médecine dentaire à Oujda.

Ce volet médical doit accroître les capacités d’accueil de plus de 6.000 places. Il est rattaché à l’objectif national de 45 professionnels de santé pour 10.000 habitants à l’horizon 2030.

La note fait état du lancement du Programme national d’appui à la recherche, au développement et à l’innovation (PNARDI) 2025-2028, doté d’un milliard de dirhams sur quatre ans. Il a reçu 1.252 projets, dont 909 jugés éligibles. Le programme de 3.000 doctorants-moniteurs, chargés de travaux dirigés et pratiques, bénéficie d’une enveloppe annuelle de 252 millions de dirhams.

Le nombre d’étudiants boursiers est passé de 411.384 en 2024-2025 à 430.140 en 2025-2026, soit une hausse de 4,6%. La note fait état de 56.226 lits répartis dans 25 cités universitaires et d’environ 12,68 millions de repas servis dans les restaurants universitaires.

Dans sa partie consacrée aux priorités, le document estime l’offre existante à 130.000 lits, dont environ 60.000 dans le secteur public, et chiffre le déficit à près de 400.000 lits par rapport à la demande potentielle. Le gouvernement indique vouloir mobiliser l’investissement privé et les partenariats public-privé, «tout en maîtrisant l’effort budgétaire de l’État».

Concrètement, les projets retenus dans le cadre d’un Appel à Manifestation d’Intérêt doivent apporter 11.000 lits supplémentaires. Quatre cités universitaires doivent être achevées en 2027: Fès (1.200 lits), Mohammedia (1.354), Agadir Tilila (1.440) et Al Hoceïma (1.432). Celles de Béni Mellal, Safi et Taroudant, de 1.500 lits chacune, sont annoncées pour 2028.

Le PLF 2027 se présente, dans les termes du gouvernement, comme un exercice de consolidation après l’échéance de la Feuille de route 2022-2026. Côté scolaire, la hausse du budget repose pour 4,57 des 4,7 milliards de dirhams supplémentaires sur la masse salariale. Plusieurs engagements sont datés de la rentrée 2027-2028: la généralisation des écoles pionnières au primaire, la couverture de 75% des collèges, le modèle pédagogique unifié du préscolaire et les 730.000 bénéficiaires du transport scolaire. À l’université, la mise en œuvre de la loi n°59-24 passe par 49 établissements supplémentaires et par un recours annoncé au partenariat public-privé face à un déficit d’hébergement chiffré à près de 400.000 lits. L’extrait ne précise en revanche ni le coût des mesures numériques ni l’enveloppe globale de l’enseignement supérieur. Les échéances inscrites dans le texte serviront de repères pour suivre l’exécution de ce budget.

Par Camilia Serraj
Le 24/10/2026 à 13h23