Émeutes en France: l’Algérie dans le viseur de l’Union européenne

Vue des destructions et d'une barricade rue de la Boétie à Paris, le 17 octobre 2026.. AFP or licensors

Selon le Financial Times, Bruxelles enquête sur les campagnes de désinformation qui ont accompagné les violences du 17 octobre en France. La Russie est la principale suspecte, mais l’Iran et l’Algérie sont aussi cités. Pour Alger, ce soupçon arrive après une note du Viginum sur un réseau de faux comptes, des influenceurs condamnés en France et un journal du régime qui a qualifié les saccages de «vengeance».

Le 22/10/2026 à 09h45

Le 21 octobre, le Financial Times a publié une enquête intitulée «EU probes pro-Kremlin disinformation around French riots». Le quotidien britannique y révèle que les régulateurs européens examinent de possibles ingérences en ligne venues de l’extérieur de l’Union, au moment où la France sortait d’une journée de violences: plus de 1.800 interpellations, plus de 500 policiers, gendarmes et pompiers blessés, l’hôtel de ville de Limoges en grande partie détruit.

La Russie est la principale cible des soupçons. Selon des responsables de la sécurité cités par le FT, des comptes prorusses et d’extrême droite, déjà liés à de précédentes campagnes, ont diffusé des vidéos violentes pour entretenir le chaos. Mais le journal ajoute deux autres pays à la liste des suspects: l’Iran et l’Algérie. Le chercheur français David Colon, spécialiste de la désinformation, évoque des indices d’influence iranienne et algérienne en France.

Que l’Algérie figure dans la même phrase que la Russie et l’Iran n’a pourtant rien d’un hasard. En juin 2025, le Viginum, le service français de vigilance contre les ingérences numériques étrangères, a remis à Matignon une note confidentielle d’une quarantaine de pages, révélée par Le Canard enchaîné. Elle décrit un réseau structuré de faux comptes lié à Alger, capable de publier des contenus identiques à quelques minutes d’intervalle. Elle relève une campagne sur un prétendu complot de la DGSE en décembre 2024, des appels au boycott de marques françaises en janvier 2025, et des photomontages de Macron agenouillé devant Tebboune. Les enquêteurs ont remonté jusqu’à un serveur de messagerie appartenant à un organisme algérien de lutte contre la cybercriminalité rattaché au ministère de la Défense, soupçonné d’être au cœur du dispositif.

Le même schéma s’est vu hors des écrans. En janvier 2025, au plus fort de la crise entre Paris et Alger, plusieurs influenceurs algériens installés en France ont été interpellés pour des vidéos appelant à la violence. L’un d’eux, «Zazou Youssef», a été condamné à dix-huit mois de prison ferme pour provocation au terrorisme. Un autre, «Doualemn», expulsé vers l’Algérie, a été refoulé à sa descente d’avion et renvoyé en France par les autorités algériennes. Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, y avait vu une volonté d’«humilier la France».

Cette fois, Alger n’a même pas eu besoin de faux comptes pour faire savoir de quel côté il se tenait. Le 20 octobre, «Algérie Patriotique», site fondé par Lotfi Nezzar, fils de l’ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar, publiait en une un texte intitulé «Incendies de Jijel commandités depuis Paris: la vengeance de la jeunesse franco-algérienne». Les mairies incendiées y étaient présentées comme une «opération de représailles» et un juste retour de «la loi du talion» après les incendies de forêts de l’été en Algérie, que le régime impute à un opposant réfugié en France. Le texte est toujours en ligne.

La réaction algérienne était prévisible. Le site Awras a repris l’enquête du FT en soulignant l’absence de preuves détaillées. Mais la reprise passe sous silence l’essentiel: rien sur le réseau décrit par le Viginum, rien sur l’article d’Algérie Patriotique. Alger réclame des preuves. Il en fournit lui-même.

La France dispose maintenant de trois éléments, et le soupçon n’en est qu’un. Il y a une note de ses propres services, il y a des condamnations prononcées par ses tribunaux, et il y a un éditorial algérien qui célèbre l’incendie de ses mairies. Elle n’a pas besoin du Financial Times pour savoir ce qu’Alger pense d’elle.

Par Mohammed Ould Boah
Le 22/10/2026 à 09h45