Secteur de la minoterie: vers la fin du modèle actuel de subventions

Une minoterie. DR

Revue de presseFace aux déséquilibres structurels et aux inefficacités qui pèsent sur le marché du blé et de la farine, le Conseil de la concurrence plaide pour une modernisation de la gouvernance du secteur et une réorientation des aides publiques vers les ménages les plus vulnérables. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 21/10/2026 à 21h57

Au Maroc, le soutien public apporté aux céréales et à la farine subventionnée poursuit historiquement une double mission essentielle: sécuriser l’approvisionnement du pays et préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Toutefois, ce dispositif de soutien n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement concurrentiel du marché. Dans son rapport annuel pour 2025, le Conseil de la concurrence dresse un état des lieux sans concession de la filière meunière, mettant en lumière des vulnérabilités structurelles profondes.

«Le secteur souffre notamment de capacités de production largement excédentaires, de disparités de taille marquées entre les opérateurs ainsi que d’une forte dépendance vis-à-vis du blé tendre importé. Face à ce constat, l’institution appelle à une refonte globale des mécanismes d’aide et à une modernisation des règles régissant la filière», rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 22 octobre.

Le marché meunier national souffre en effet d’un déséquilibre majeur, illustré par des capacités industrielles qui dépassent largement les besoins réels, tant au niveau national qu’à l’échelle régionale. Cette surcapacité pèse lourdement sur la rentabilité financière des entreprises et fragilise la dynamique concurrentielle. À cette problématique s’ajoutent des inégalités flagrantes entre les acteurs : une tendance marquée à la concentration et une intégration verticale partielle permettent à certains grands groupes de dominer le secteur, au détriment des petites minoteries.

Pour garantir un accès plus équitable aux matières premières et rééquilibrer le marché, le Conseil préconise une meilleure adaptation des capacités industrielles aux réalités territoriales, couplée au développement des exportations et à une diversification vers des produits à plus forte valeur ajoutée.

Au cœur du problème se trouve également la coexistence de multiples interventions publiques, comprenant l’appui aux producteurs, la fixation d’un prix de référence pour le blé tendre ainsi que des dispositifs douaniers et fiscaux régissant les importations. Si ces instruments visent à stabiliser les prix au niveau national, leurs modalités d’application génèrent parfois des effets contradictoires et des distorsions concurrentielles nuisibles à l’efficacité économique.

Le Conseil de la concurrence ne conteste pas la légitimité des subventions sociales, mais pointe du doigt les limites d’un système généralisé. «Il recommande ainsi une révision urgente du cadre juridique des aides, une rationalisation des dépenses publiques fondée sur des critères de performance et la mise en place d’une transition progressive vers des aides directes ciblées au profit des ménages vulnérables», souligne L’Economiste.

Sur les plans stratégique et réglementaire, le Conseil plaide pour une refonte globale de la gouvernance du secteur, en repensant le rôle de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL). Il met en avant l’importance d’optimiser le suivi des subventions, d’améliorer la gestion des stocks de sécurité et de développer des infrastructures de stockage modernes et réparties de manière équilibrée dans les différentes régions. L’objectif ultime consiste à concilier impérativement la protection sociale et la sécurité alimentaire avec l’instauration d’un cadre concurrentiel transparent et incitatif, capable d’assurer la résilience à long terme de toute la filière.

Ces fragilités internes sont accentuées par la vulnérabilité du secteur face aux chocs extérieurs, aux tensions géopolitiques mondiales et aux sécheresses récurrentes qui pénalisent la production agricole locale. Bien que le rendement à l’hectare ait progressé de 42% entre 2003 et 2019, la productivité agricole demeure en deçà des standards internationaux en raison de la fragmentation des terres et du faible accès aux intrants modernes.

«De surcroît, le rapport souligne que le système actuel de prix de référence ne valorise pas suffisamment la qualité supérieure du blé, limitant ainsi les incitations à l’investissement pour les agriculteurs. Une révision globale de ces mécanismes s’impose donc afin de renforcer durablement la souveraineté alimentaire du Royaume», conclut L’Economiste.

Par La Rédaction
Le 21/10/2026 à 21h57