PLF 2027: 45,4 milliards de DH pour accélérer la réforme du système de santé

CHU international Mohammed VI de Rabat (Photo d'illustration).

Le gouvernement prévoit de porter le budget de la santé à 45,4 milliards de dirhams en 2027, contre 42,4 milliards cette année, pour poursuivre la modernisation des hôpitaux, renforcer les effectifs médicaux et améliorer l’accès aux soins. Présentées ce vendredi 23 octobre au Parlement par Fouzi Lekjaa dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2027, les mesures annoncées prévoient notamment d’améliorer l’accès aux soins, réduire les disparités territoriales et renforcer la qualité de la prise en charge dans le secteur public.

Le 23/10/2026 à 19h32

Avec une hausse de 114% des crédits budgétaires consacrés au secteur par rapport à 2021, la réforme du système national de santé entre dans une nouvelle phase. Le gouvernement entend désormais, dans le cadre du PLF 2027, renforcer l’offre de soins de proximité, développer les capacités hospitalières et généraliser progressivement les groupements sanitaires territoriaux (GST), tout en améliorant le parcours des patients et la disponibilité des médicaments.

Près de 10 milliards de dirhams pour les infrastructures

La mise à niveau des établissements de soins de santé primaires reste une priorité. Après la réhabilitation de 1.400 centres, le gouvernement prévoit d’en rénover 1.600 autres sur trois ans, avec un budget de 1,8 milliard de dirhams, en donnant la priorité aux zones insuffisamment desservies.

Le renforcement de l’offre hospitalière s’inscrit dans la continuité des réalisations de 2026, marquées notamment par la mise en service des CHU de Tanger, doté de 797 lits, et d’Agadir, qui en compte 867. Parallèlement, 29 projets hospitaliers ont permis d’accroître la capacité litière nationale de 3.168 lits. Pour poursuivre cette dynamique, le gouvernement prévoit de consacrer 1,6 milliard de dirhams aux CHU de Béni Mellal, Guelmim et Errachidia, dont la construction et l’équipement se poursuivent. Une enveloppe de 4,6 milliards de dirhams sera mobilisée pour les hôpitaux provinciaux et régionaux, les établissements psychiatriques, spécialisés et de proximité, tandis que 1,5 milliard sera consacré à la rénovation de 90 hôpitaux à travers le Royaume.

Au-delà des chantiers de construction, le gouvernement prévoit d’intégrer dès la programmation des projets les moyens nécessaires à leur fonctionnement, notamment les médecins, les spécialités, les équipements, les médicaments et la maintenance. Les cartes sanitaires et les programmes médicaux régionaux doivent permettre de mieux adapter les investissements aux besoins locaux.

La maintenance préventive des infrastructures et des équipements sera renforcée afin de limiter les interruptions de service. La gestion des médicaments doit également être organisée à l’échelle régionale, autour de pharmacies hospitalières de référence chargées de coordonner l’approvisionnement et la répartition des stocks. Des outils numériques de suivi et des systèmes d’alerte doivent aider à anticiper les ruptures et à garantir une disponibilité plus régulière des médicaments essentiels.

Les groupements sanitaires territoriaux généralisés en 2027

Le gouvernement prévoit de généraliser les groupements sanitaires territoriaux (GST) à toutes les régions en 2027. Ces structures doivent coordonner les centres de santé, les hôpitaux provinciaux et régionaux et les CHU, afin de faciliter l’orientation des patients et d’assurer une meilleure continuité des soins. Après une première expérience dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, cinq nouveaux GST ont été opérationnalisés à Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Souss-Massa et Laâyoune-Sakia El Hamra.

Dans la région pilote, les premiers résultats font état d’une hausse de 10,94% des consultations médicales et de 6,99% des hospitalisations complètes. Les interventions chirurgicales programmées ont progressé d’environ 35%, la chirurgie d’urgence de plus de 13% et les analyses de laboratoire de 24,57%.

La réforme prévoit parallèlement de recentrer le ministère de la Santé sur la planification, la réglementation et l’évaluation, tandis que la gestion opérationnelle sera davantage décentralisée. Des contrats-programmes pluriannuels doivent clarifier les responsabilités des établissements publics et renforcer le suivi de leurs performances.

Le gouvernement prévoit aussi de rendre pleinement opérationnelle la Haute Autorité de santé, chargée d’évaluer la qualité des soins et de formuler des recommandations. Les capacités de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) seront renforcées pour garantir la disponibilité, la sécurité et la qualité des médicaments. L’Agence marocaine du sang et de ses dérivés (AMSD) devra étendre son réseau régional et améliorer la sécurité de la chaîne transfusionnelle, de la collecte à la distribution.

Ressources humaines et transformation numérique

Quant à la répartition des ressources humaines, le gouvernement entend accélérer l’application des textes relatifs à la fonction sanitaire, renforcer l’attractivité des carrières et encourager l’exercice dans les régions sous-desservies, notamment grâce à des mécanismes d’incitation et à une rémunération fondée sur la performance. La formation médicale doit également être renforcée, à travers l’application du nouveau cadre réglementaire concernant les étudiants en médecine, pharmacie et médecine dentaire. L’ouverture de l’exercice médical aux médecins étrangers, prévue par la loi n° 33-21, doit être rendue effective au moyen d’un guichet numérique unifié et de délais clairement définis.

Autre chantier majeur, la digitalisation doit permettre de mieux coordonner les soins et de fluidifier le parcours des patients. Le projet de loi n° 52-26 relatif au système national intégré d’information sanitaire, adopté par le Conseil de gouvernement, prévoit une plateforme nationale de données de santé, un dossier médical partagé, un identifiant national de santé et un système hospitalier unifié. Il prévoit également la création d’une Agence nationale de la numérisation du système de santé, chargée du déploiement et de la sécurisation de cette infrastructure.

En 2027, les priorités porteront sur la généralisation progressive du dossier médical partagé et de la feuille de soins électronique, l’interconnexion des systèmes d’information hospitaliers, le développement de la carte sanitaire numérique et l’extension du système de gestion du service d’aide médicale urgente (SAMU).

Améliorer le parcours des patients et la prise en charge des urgences

Le gouvernement prévoit de structurer progressivement le parcours de soins autour du médecin de famille ou de l’équipe de soins de santé primaires. Ceux-ci assureront le suivi préventif, la prise en charge des affections courantes et l’orientation vers les spécialistes et les hôpitaux. Le dossier médical partagé et l’interconnexion des systèmes doivent faciliter le suivi des patients entre les différents établissements.

L’accueil et l’orientation seront également réorganisés. Des systèmes régionaux de gestion des rendez-vous et des lits hospitaliers doivent permettre de mieux orienter les patients en fonction des spécialités et des capacités disponibles, afin de réduire les délais d’attente.

Le SAMU sera progressivement généralisé à toutes les régions, en coordination avec les GST. Le dispositif doit couvrir l’ensemble de la chaîne des urgences, de la réception de l’appel et de la régulation médicale au transport sanitaire, au diagnostic, au traitement et à l’orientation vers l’établissement adapté.

Un mécanisme numérique de dépôt et de suivi des réclamations doit enfin être mis en place, avec des délais de réponse définis. L’analyse des plaintes récurrentes permettra d’identifier les dysfonctionnements et d’améliorer les services.

Prévention, santé mentale et souveraineté pharmaceutique

Le PLF 2027 prévoit également de renforcer les programmes de prévention, notamment en matière de santé maternelle et infantile, de santé des jeunes et des adolescents et de prise en charge des populations à besoins spécifiques. La lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles, la surveillance épidémiologique et la préparation aux crises sanitaires figurent parmi les priorités.

La souveraineté pharmaceutique et vaccinale doit, pour sa part, être renforcée par le développement de la production locale de médicaments essentiels, de vaccins et de produits biotechnologiques, afin de sécuriser l’approvisionnement national et de réduire la dépendance aux importations.

Enfin, le gouvernement poursuivra le Plan stratégique national de santé mentale et psychique à l’horizon 2030. Celui-ci prévoit de renforcer les capacités hospitalières, les structures intermédiaires et les dispositifs de prise en charge ambulatoire et des situations de crise, tout en développant les effectifs spécialisés et en modernisant le cadre juridique et réglementaire.

Par Ryme Bousfiha
Le 23/10/2026 à 19h32