Le taux de 40% proposé pour les grands importateurs et distributeurs d’hydrocarbures déroge au taux de droit commun de 20% de l’IS. Il relève également de cinq points le taux de 35% actuellement applicable aux entreprises réalisant un bénéfice net d’au moins 100 millions de dirhams, tous secteurs confondus.
Ce taux de 40% n’est toutefois pas inédit dans le système fiscal marocain. Il s’applique déjà aux établissements de crédit et organismes assimilés, notamment les banques, ainsi qu’à Bank Al-Maghrib, à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et aux entreprises d’assurances et de réassurance. Ces catégories font l’objet d’un traitement fiscal spécifique en raison de la nature de leurs activités et de leur place dans l’économie.
Pour les entreprises d’hydrocarbures, cette mesure s’inscrit dans la logique de la loi-cadre n° 69-19 portant réforme fiscale, qui vise notamment à renforcer la contribution fiscale des entreprises opérant dans des secteurs réglementés ou caractérisés par une situation de monopole ou d’oligopole. Il ne s’agit donc pas d’une hausse généralisée de l’IS, mais d’un taux majoré ciblant une catégorie précise d’entreprises, sous condition de bénéfice.
Les chiffres du Conseil de la concurrence donnent une indication du poids financier du secteur. Selon son rapport publié en juillet 2025, les neuf principaux distributeurs de gasoil et d’essence ont dégagé, en 2024, un résultat net cumulé de 2,295 milliards de dirhams sur cette activité, pour un chiffre d’affaires de près de 77,9 milliards de dirhams. La marge nette a atteint 2,9%, contre 0,6% en 2022 et -0,5% en 2023, exercice affecté par les sanctions financières liées aux accords transactionnels conclus avec le régulateur.
À l’échelle de l’ensemble de leurs activités, les neuf sociétés ont réalisé un résultat net global de 3,683 milliards de dirhams en 2024. Ce montant est revenu à 3,42 milliards de dirhams en 2025, selon un reporting du Conseil de la concurrence. Le recul du résultat global ne permet cependant pas, à lui seul, de tirer des conclusions sur l’évolution des bénéfices de chaque opérateur dans la seule activité des hydrocarbures.

Les comptes publiés de TotalEnergies Marketing Maroc illustrent les capacités bénéficiaires de certains grands opérateurs. La société a réalisé un bénéfice net social de 803 millions de dirhams en 2025, contre 845 millions en 2024. Son résultat net consolidé s’est établi à 851 millions de dirhams en 2025, contre 934 millions un an auparavant. Ces montants dépassent largement le seuil de 100 millions de dirhams retenu par le PLF 2027.
Pour les autres opérateurs, les dernières données individuelles détaillées que nous avons retrouvées dans un document officiel remontent à 2021. Elles figurent dans un avis du Conseil de la concurrence, publié en 2022 (page 77). TotalEnergies Marketing Maroc constitue un cas particulier, puisqu’il s’agit de la seule entreprise du secteur cotée à la Bourse de Casablanca, soumise à des obligations régulières de publication de ses résultats financiers. Selon le régulateur, le résultat net dégagé en 2021 par l’activité gasoil-essence s’élevait à 370 millions de dirhams pour Vivo Energy Maroc, 274 millions pour Winxo, 196 millions pour Petrom, 146 millions pour Afriquia SMDC, 129 millions pour Ziz et 91 millions pour Ola Energy Maroc. Ces montants concernent exclusivement la distribution de gasoil et d’essence, et non les résultats de l’ensemble des activités de ces entreprises.




