PLF 2027: le gouvernement détaille sa feuille de route pour la souveraineté numérique

La souveraineté numérique au Maroc. (Photo d'illustration)

Cloud souverain, datacenter de 50 mégawatts à Rabat, modèles d’Intelligence artificielle (IA) en darija et en amazighe, généralisation du programme JobInTech… La note de présentation du projet de loi de finances (PLF) 2027 consacre un volet à la souveraineté numérique. Le document dresse un bilan chiffré des acquis, dont 27,08 milliards de dirhams d’exportations de services d’offshoring en 2025, et fixe six axes prioritaires pour l’année prochaine, articulés autour de la stratégie Maroc Digital 2030.

Le 26/10/2026 à 18h17

La note de présentation du PLF 2027 regroupe la transition numérique du Royaume autour de plusieurs axes: l’offshoring, les infrastructures et la connectivité, l’attraction des grands acteurs du cloud, le soutien aux startups, la feuille de route AI Made in Morocco 2030 et le réseau JAZARI, ainsi que les compétences et les talents. Pour chacun de ces volets, le texte présente les résultats enregistrés et les actions programmées en 2027.

Premier volet du bilan, l’offshoring. Selon la note, le chiffre d’affaires à l’export de ce secteur s’est établi à 27,08 milliards de dirhams en 2025, contre 15,78 milliards en 2022, soit une progression annuelle moyenne de 19,75%. Ce niveau dépasse la cible de 25 milliards de dirhams fixée pour 2026. L’emploi a atteint 167.380 postes en 2025, ce qui représente plus de 37.380 créations nettes depuis 2022 et un taux de croissance annuel moyen de 8,79%.

Les objectifs à l’horizon 2030 sont fixés à 40 milliards de dirhams d’exportations et 270.000 emplois. Par rapport aux réalisations de 2025, l’écart à combler s’élève donc à 12,92 milliards de dirhams et à un peu plus de 102.600 postes.

Pour 2027, la note présente l’offshoring comme le premier pourvoyeur d’emplois qualifiés du secteur. Deux actions sont prévues: la prospection et la promotion internationales de la destination Maroc, en vue d’attirer de nouveaux projets d’investissement dans l’ensemble des régions et la digitalisation intégrale des modalités d’accès aux mesures incitatives de l’offre Offshoring Maroc. Ce dernier chantier repose sur l’interopérabilité avec les systèmes d’information de la Direction générale des impôts (DGI), de la CNSS et de l’ANAPEC. Il doit permettre le dépôt et le suivi des demandes en temps réel et de réduire le nombre de pièces justificatives exigées.

Infrastructures: du réseau 5G au cloud souverain

«La souveraineté numérique commence par les infrastructures: réseaux, centres de données et cloud», pose le document. Au chapitre des acquis, la couverture 5G atteint 38% de la population, avec plus de 9.000 sites radio déployés et 2,63 millions d’utilisateurs. La trajectoire retenue vise 70% de couverture à l’horizon 2030.

Deux projets de centres de données figurent dans le bilan. Le premier est issu de la convention cadre signée le 7 avril 2026 pour le campus de datacenters verts d’Igoudar, à Dakhla, d’une capacité de 500 mégawatts. Le second d’un protocole conclu avec Nexus Core Systems Morocco pour une AI Factory souveraine, qui réunit un datacenter de calcul haute performance, un centre d’excellence et un pôle d’innovation.

Pour 2027, le gouvernement prévoit de publier une circulaire instituant la politique nationale «Cloud First». Celle-ci fera du cloud le choix par défaut de tout nouveau projet numérique des administrations publiques. La migration de leurs systèmes d’information vers une infrastructure nationale sécurisée sera accompagnée de guides et de référentiels, ainsi que d’une commande publique privilégiant les centres de données à haute efficacité énergétique.

La note annonce également le lancement du datacenter souverain Jazari-Root à Rabat, d’une capacité de 50 mégawatts, sur la période 2027-2029. Il est présenté comme la racine centrale du réseau Jazari et le support de l’hébergement sécurisé des données stratégiques de l’État. Le texte prévoit en parallèle un dispositif national intégré de cybersécurité et de stockage des données des Marocains dans un cloud national souverain.

En matière de connectivité, le Programme national du haut débit doit couvrir, d’ici fin 2027, 2.000 localités faiblement connectées ou dépourvues de connexion. Une Note d’orientations générales du secteur des télécommunications à l’horizon 2030 sera publiée. Elle fixe deux cibles: 5,6 millions de lignes en fibre optique jusqu’à l’abonné et 70% de couverture 5G. Le document mentionne enfin un objectif de «connectivité pour tous»: 80% des logements équipés en fibre optique, une connexion par satellite dans les zones isolées, une couverture 4G de l’ensemble des zones, le déploiement de la 5G et la création de 500 espaces numériques citoyens.

Startups: le financement entre en phase de contractualisation

Le bilan 2026 fait état de près de 1,2 milliard de dirhams mobilisés au profit des startups, à travers deux offres. L’offre Startup Venture Building, dotée de 758 millions de dirhams, a suscité 102 manifestations d’intérêt et retenu six structures d’accompagnement. L’offre Venture Capital, dotée de 400 millions de dirhams, a présélectionné neuf sociétés de gestion sur 47 candidatures, dont 33 internationales.

Le réseau Technopark a conduit cinq éditions du programme Boost Up Lab, qui ont reçu 1.177 candidatures et accompagné 84 startups lauréates. Le réseau a également accéléré 18 startups et généré 1.800 emplois en 2025, année de l’ouverture du site d’Essaouira.

L’initiative Morocco 300, organisée en marge du Gitex Africa 2026, a retenu 300 startups sur 744 candidatures et donné lieu à plus de 1.000 rencontres d’affaires; 26,8% des participantes ont obtenu des promesses de levée de fonds. Le programme DigiTPME, lui, a formé 300 très petites et moyennes entreprises dans trois régions pilotes et en a accompagné 120.

En 2027, l’offre Venture Building doit bénéficier à 840 startups innovantes, de l’idéation jusqu’à la préparation de la levée de fonds et à l’internationalisation. Le gouvernement prévoit de contractualiser avec les sociétés de gestion présélectionnées afin de lancer des fonds de capital-risque couvrant les phases d’amorçage et de série A. Le réseau Technopark sera étendu avec l’ouverture d’un nouveau site à Oujda.

L’Intelligence artificielle (IA) fait l’objet d’une feuille de route propre, adossée au réseau Jazari. Premier chantier annoncé pour 2027: l’élaboration d’un cadre national de confiance et d’IA responsable, qui articule innovation, éthique, sécurité et protection des données personnelles.

Le texte prévoit le développement de modèles nationaux d’IA adaptés à la darija, à l’amazigh et à l’arabe, notamment GemMaroc pour le langage et IsMa pour la transcription automatique. Ces travaux seront menés en articulation avec le laboratoire de recherche et développement mis en place avec la société française Mistral AI.

Sur le plan institutionnel, la note annonce l’installation de l’Institut Jazari Root et des trois premiers instituts thématiques et territoriaux du réseau, ainsi que le déploiement de l’initiative Digital for Sustainable Development avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Un programme baptisé IA Maroc sera par ailleurs lancé. Il est orienté vers l’État social, la détection précoce des enfants menacés de décrochage scolaire et le renforcement des services médicaux. Il prévoit la formation de 5.000 encadrants en IA.

Qu’en est-il des talents?

Côté formation, 549 filières ont été accréditées en 2024-2025, dont 416 nouvelles. Les effectifs inscrits sont passés de 10.712 en 2022-2023 à 22.779 en 2025-2026, soit une hausse de 112,7%. Cette progression s’appuie sur 540 postes budgétaires alloués aux universités depuis 2024. La trajectoire fixée porte le nombre annuel de diplômés de 8.000 à 22.500 en 2027, avec 28.970 inscrits attendus en 2026-2027.

Le programme JobInTech a formé 1.000 jeunes lors de sa phase pilote, puis près de 2.700 lors de la première phase de généralisation, dans douze régions. Sa généralisation doit porter le nombre cumulé de jeunes formés à 14.000 à fin 2027. Pour la recherche, 350 bourses doctorales ont été allouées, dont 309 contractualisées, en cybersécurité, cryptologie et informatique quantique ainsi qu’en IA et transition numérique. L’objectif est d’atteindre 550 doctorants accompagnés.

Le programme de formation au numérique et à l’IA destiné aux enfants de 8 à 18 ans a couvert douze maisons de jeunes, formé 65 formateurs et bénéficié à 744 enfants. En 2027, le gouvernement entend étendre les écoles de codage à de nouvelles régions, notamment Guelmim-Oued Noun, Dakhla-Oued Eddahab et Drâa-Tafilalet.

Dernier volet, la digitalisation de l’administration. Le déploiement de la nouvelle version du portail national Idarati a permis la publication de plus de 2.400 actes administratifs et le référencement de plus de 600 e-services. La note associe ce déploiement au gain de onze places réalisé par le Royaume dans le classement des Nations unies sur le développement de l’administration électronique. Sept parcours usagers ont été accompagnés dans leur digitalisation et une cinquantaine de projets ont été conduits avec le Digitallab, en partenariat avec la CDG et le ministère chargé de l’Éducation nationale. Près de 600 fonctionnaires ont été formés et sensibilisés dans 115 administrations.

Pour 2027, Idarati doit être consolidé comme point d’accès unique aux services publics, avec plus de 2.500 actes et plus de 700 e-services intégrés. Le gouvernement prévoit également de renforcer l’interopérabilité des systèmes d’information, d’améliorer la gouvernance et la qualité des données et de suivre l’avancement des projets de digitalisation des administrations ainsi que leur alignement avec Maroc Digital 2030. Des actions de communication et de sensibilisation viseront enfin à favoriser l’appropriation des nouveaux services numériques par les administrations et les usagers.

Par Camilia Serraj
Le 26/10/2026 à 18h17