Logistique céréalière: le défi stratégique du stockage et du transport intérieur

Les silos à céréales du Port de Casablanca qui assurent le déchargement des navires céréaliers. 

Silos à céréales au port de Casablanca. . Onicl

Revue de presseAlors que le Maroc importe plus de 12 millions de tonnes de céréales par an, le renforcement des infrastructures portuaires ne suffit plus à garantir la fluidité des approvisionnements. Confrontée à l’explosion des frais d’attente des navires et à la congestion des quais, la filière doit de toute urgence moderniser son réseau de transport et ses capacités de stockage à l’intérieur des terres pour sécuriser la souveraineté alimentaire du pays. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 25/10/2026 à 19h16

Chaque année, le Maroc importe plus de 12 millions de tonnes de matières premières céréalières afin d’assurer l’alimentation humaine et animale. Si la compétitivité de cette filière clé dépend fortement des fluctuations des marchés internationaux, son véritable défi réside désormais dans la fluidité de sa chaîne d’approvisionnement nationale. La modernisation des infrastructures portuaires a permis de renforcer la porte d’entrée du pays, mais les vulnérabilités se sont déplacées en aval. De l’accostage des navires jusqu’à l’acheminement vers les minoteries et les usines de nutrition animale, la performance globale de la filière conditionne directement les coûts de production, la stabilité des prix à la consommation et la souveraineté alimentaire du Royaume, analyse le magazine hebdomadaire Challenge.

Une fois les cargaisons arrivées à bon port, le véritable marathon logistique commence avec le déchargement, le passage par les silos et l’évacuation rapide par rails ou par routes. La moindre défaillance ou congestion dans ce processus en cascade génère d’importants goulots d’étranglement qui immobilisent les navires en rade et entraînent une explosion des coûts pour l’ensemble du secteur. Les professionnels tirent la sonnette d’alarme face à la hausse des surestaries, ces pénalités de retard payées en devises qui ont frôlé les 100 millions de dollars sur les cinq premiers mois de l’année 2026,sous l’effet d’un temps d’attente moyen passé de 12 à 25 jours.

Pour Habib Hjiaj, expert du secteur, la situation impose une vision globale: si le port constitue le cœur du système désormais musclé, la sécurité alimentaire nationale se joue aujourd’hui dans les «artères» logistiques que sont les réseaux de transport et les capacités de stockage intérieur. Face à ces tensions, l’Agence nationale des ports (ANP) a instauré de nouvelles règles d’accostage strictes à Casablanca pour optimiser l’usage des quais, en conditionnant l’amarrage de chaque navire à la préparation effective des opérations de déchargement et d’évacuation. Si cette discipline portuaire permet d’éviter la saturation des terminaux et d’inciter à une meilleure coordination des acteurs, elle ne peut pallier seule les carences logistiques situées au-delà des enceintes maritimes. Les silos portuaires ont en effet pour vocation première de servir de stocks tampons pour le transit rapide des marchandises et non de se substituer aux réserves stratégiques de l’État ou aux stocks outils des industriels. La confusion entre ces différentes catégories de stockage contraint le système portuaire à absorber un rôle pour lequel il n’a pas été dimensionné, lit-on dans Challenge.

Le désengorgement des ports et la sécurisation des approvisionnements nécessitent ainsi un redéploiement massif des capacités de stockage au plus près des zones de consommation. Le développement de silos intérieurs interconnectés aux réseaux routiers et ferroviaires offrirait une meilleure régulation des flux et apporterait une prévisibilité cruciale aux transformateurs. D’un point de vue financier, la réorientation des dépenses est tout aussi parlante: les sommes colossales englouties en quelques mois dans le paiement des surestaries équivalent au coût de construction d’infrastructures capables d’emmagasiner 600 000 tonnes de céréales hors des zones portuaires. Transformer ces frais improductifs en investissements pérennes constitue donc un levier majeur pour doter le pays d’actifs durables.

Cette restructuration globale de la logistique céréalière trouve un contexte particulièrement favorable dans la dynamique nationale de modernisation des infrastructures à l’horizon 2030, stimulée par la préparation de la Coupe du Monde de football. La mise à niveau des réseaux routiers, ferroviaires et énergétiques offre une opportunité historique pour intégrer pleinement les besoins de la filière agricole dans les grands chantiers d’aménagement du territoire. En articulant intelligemment la localisation des futurs silos avec les axes de transport stratégiques, le Maroc a la possibilité de maximiser le rendement de chaque dirham investi et de rendre ces projets pleinement bancables auprès des bailleurs de fonds.

Par La Rédaction
Le 25/10/2026 à 19h16