Le communiqué, daté d’Alger le 31 octobre, tient en deux pages. Il s’ouvre sur une phrase que la presse algérienne s’était gardée d’écrire: «Le gouvernement algérien exprime son profond regret face au non-renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental.» La veille encore, certains journaux algériens voyaient dans le vote un «camouflet monumental» pour Washington et un «précédent historique». Le ministère, lui, constate une perte.
Le coupable est aussitôt désigné. Selon le texte, «le parti pris excessif» qui entachait le projet américain «a rendu ce résultat inévitable». Le projet aurait penché «de manière excessive et flagrante» en faveur du Maroc, «au détriment du Front Polisario», au point de ne plus pouvoir constituer «une base sérieuse» pour une solution. Le communiqué précise que le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, avait adressé, avant le vote, des lettres officielles aux membres du Conseil pour les mettre en garde contre un texte qui, selon lui, visait à «consacrer un fait accompli» et à «légitimer une situation fondée sur l’occupation».


Le raisonnement mérite d’être suivi jusqu’au bout. Si le projet américain était si mauvais que son échec était «inévitable», encore fallait-il le faire échouer. Ce n’est pas le Conseil qui l’a rejeté: onze de ses quinze membres l’ont soutenu, selon le compte rendu officiel de l’ONU. C’est un veto, celui de la Russie, qui l’a fait tomber. Or le communiqué ne mentionne ni la Russie, ni son veto, ni le contre-projet qu’elle a présenté dans la foulée et qui n’a obtenu que trois voix. Les lettres d’Ahmed Attaf, envoyées à tous les membres du Conseil, n’ont donc convaincu qu’un seul membre élu, la Somalie. Le communiqué n’en dit rien.
Ce silence n’est pas un oubli. Il permet à Alger de regretter la fin de la MINURSO sans avoir à expliquer comment elle est survenue. La diplomatie algérienne avait multiplié les démarches auprès de Moscou dans les semaines précédant le vote. Elle a obtenu le veto qu’elle souhaitait. Et ce veto a eu exactement l’effet qu’elle redoutait: faute de résolution, la mission n’a plus de mandat. Le communiqué attribue donc à Washington un résultat que le vote russe a rendu possible.
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Cette mobilisation dit aussi, si besoin en était, qui est la véritable partie au conflit. Alger se présente depuis cinquante ans comme un simple «pays voisin», attaché au droit des peuples. Mais qui a écrit à chacun des quinze membres du Conseil de sécurité avant le vote? Le ministre algérien des Affaires étrangères. Qui est allé chercher le veto russe à Moscou, jusqu’à y dépêcher le Premier ministre la veille du scrutin? Le gouvernement algérien. Qui a porté la parole sahraouie devant le Conseil? L’ambassadeur algérien. Qui publie, le lendemain, le communiqué officiel qui tire les conclusions du vote? Le ministère algérien. Le Polisario, lui, n’a eu qu’à remercier. Dans cette séquence, Alger a conçu, négocié et commenté. Le Polisario a suivi. C’est la définition même d’un mandataire.
Les griefs détaillés en disent long sur ce qu’Alger redoute vraiment. Le ministère juge la suppression du «R» de référendum dans le nom de la mission «un signal politique préoccupant», qui reviendrait à écarter l’option référendaire. Il reproche au texte américain de priver le Polisario, qu’il qualifie de «représentant légitime et unique du peuple sahraoui», de la possibilité de présenter ses propres idées. Il l’accuse surtout de vouloir transformer progressivement le conflit «d’une question de décolonisation en une problématique à caractère essentiellement humanitaire». C’est une allusion transparente à la demande, contenue dans le projet, d’un recensement des populations des camps de Tindouf par le HCR, une opération que l’Algérie refuse depuis des décennies.
Le paradoxe est complet. Le gouvernement redoutait un texte qui fasse de l’autonomie la seule base des négociations. La résolution 2797 d’octobre 2025, qui place déjà l’autonomie au cœur du règlement, reste en vigueur, et aucun veto ne l’a annulée. Le communiqué conclut que le projet américain «n’était pas qualifié pour servir l’objectif d’instaurer la sécurité et la stabilité dans la région». La mission que l’Algérie voulait préserver, elle, n’existe plus.
Le texte se termine sur une profession de foi: le gouvernement algérien «renouvelle son attachement» à une solution politique «juste, durable et mutuellement acceptable», garantissant l’autodétermination du peuple sahraoui. Il parle d’une solution «acceptable par les deux parties», le Maroc et le Polisario, comme si l’Algérie n’en était pas une. Le communiqué lui-même dément cette fiction: c’est un État, et non un mouvement, qui a fait campagne auprès des membres du Conseil, sollicité une grande puissance et dressé le bilan du vote. La résolution 2797 l’a d’ailleurs associée nommément au processus. Le Polisario, de son côté, a remercié la Russie. Alger, elle, ne remercie personne.
Les regrets ne servent plus à rien aujourd’hui. Alger s’est battue pour que le «R» de référendum ne disparaisse pas du nom de la MINURSO. Elle a obtenu bien davantage: en courant après le veto russe, elle a activement contribué à effacer toutes les lettres de la mission.



