Le Sahara ne peut rester l’otage de retards sans fin

Lahcen Haddad.

Lahcen Haddad

ChroniqueLe Maroc aurait préféré que le processus des Nations Unies se poursuive, à condition qu’il avance. Après 35 ans, les parties avaient l’occasion de s’appuyer sur la dynamique de la résolution 2797 du Conseil de sécurité et de prendre la proposition américaine comme base de négociations sérieuses. L’objectif aurait dû être une solution pacifique et mutuellement acceptable, au service des populations, de la région et de la communauté internationale.

Le 31/10/2026 à 12h30

Cela reste la meilleure voie: privilégier l’accord plutôt que la confrontation, la négociation plutôt que l’impasse, et un règlement ouvrant la voie à la stabilité et au développement. Les Nations Unies peuvent jouer un rôle constructif lorsque leurs efforts rapprochent les parties d’un résultat. Mais le processus ne peut devenir une fin en soi. Il doit produire des avancées.

La résolution 2797 avait ouvert une perspective en faisant de l’initiative marocaine d’autonomie la base des négociations, tout en appelant à une solution politique définitive et mutuellement acceptable. Le projet américain cherchait à s’appuyer sur ce cadre. Il a recueilli le soutien de 11 membres du Conseil de sécurité, mais la Russie y a opposé son veto. Le Conseil a ensuite rejeté le texte russe, qui n’a obtenu que trois voix favorables. Aucun des deux projets n’ayant été adopté, le mandat de la MINURSO n’a pas été renouvelé.

Cette issue n’est pas celle qu’aurait souhaitée le Maroc. Le communiqué du Cabinet royal rappelle que le Royaume a agi de bonne foi pendant 35 ans et n’a pas cherché à mettre fin au processus onusien. Mais lorsqu’une occasion d’avancer se présente et que la réponse consiste à reculer, à revenir aux anciennes formules et à prolonger l’impasse, il devient difficile de croire que le processus puisse aboutir.

Ceux qui tirent avantage du statu quo ont peu de raisons de vouloir y mettre fin. L’Algérie et le Polisario ont maintes fois résisté à toute avancée vers un règlement négocié, tandis que les populations continuent de payer le prix d’un conflit qui dure depuis des décennies. Le veto russe a contribué à prolonger les retards mêmes qu’une nouvelle ouverture diplomatique aurait pu dépasser. Ce n’est ni sérieux ni responsable.

Le vote a révélé les limites de la capacité du Conseil à s’accorder sur une voie à suivre. Un projet soutenu par 11 membres a été bloqué, tandis que l’alternative russe n’a pas recueilli un soutien large. Les États-Unis se sont opposés à cette dernière, et le Maroc affirme depuis longtemps que le processus actuel ne peut se poursuivre indéfiniment sans résultats. La communauté internationale s’impatiente face à l’enchaînement des propositions, contre-propositions et reports qui maintient les populations dans l’attente et les tensions régionales sans réponse.

Le veto russe a peut-être permis de voir plus clairement qui est prêt à avancer et qui préfère préserver l’impasse. Mais ce n’est pas une raison de remercier Moscou. Le Maroc aurait préféré une démarche consensuelle permettant aux Nations Unies d’aider les parties à se rapprocher d’une solution gagnant-gagnant. L’occasion existait; elle n’a pas été saisie.

Le communiqué du Cabinet royal tire une conclusion claire: le Maroc considère le non-renouvellement du mandat de la MINURSO comme un tournant et estime que la présence de la Mission dans les provinces du Sud doit prendre fin. Il appelle également au retrait de la question de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Ces décisions marquent une nouvelle réalité après 35 ans. Le Maroc a réaffirmé son attachement au cessez-le-feu et indique qu’il poursuivra ses efforts en faveur d’une solution avec ses partenaires internationaux.

La priorité est désormais de dépasser les tactiques qui entretiennent l’impasse et de construire un avenir politique porteur de paix, de dignité et d’opportunités pour les populations de la région. Le Maroc reste prêt à œuvrer pour une solution sérieuse et pacifique. Mais la bonne foi ne peut signifier accepter des retards sans fin. Le moment est venu d’avancer.

Par Lahcen Haddad
Le 31/10/2026 à 12h30