Conseil de la concurrence: le décloisonnement pour réussir la couverture médicale

Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence.

Revue de presseFace aux rigidités structurelles de l’offre de soins et au risque de dérive des dépenses, le Conseil de la concurrence livre un diagnostic sans concession du secteur de la santé au Maroc. De la numérisation du parcours des patients à la révision des tarifs de référence, en passant par la modernisation des hôpitaux publics et du secteur pharmaceutique, l’instance détaille une série de solutions concrètes pour bâtir un système décloisonné, efficient et pérenne. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 01/11/2026 à 18h59

Le Conseil de la concurrence dresse un diagnostic sans concession du système de santé marocain, affirmant qu’il ne sera pas possible de généraliser la couverture médicale tout en conservant une offre de soins aussi cloisonnée. La montée en charge de l’assurance maladie obligatoire révèle en effet l’inadéquation d’une organisation segmentée où médecine publique, secteur privé, laboratoires et pharmacies évoluent sans réelle synergie. Face au risque d’un emballement des coûts sans amélioration de l’accès aux soins, l’instance préconise une refonte globale pour décloisonner les pratiques et moderniser l’ensemble des circuits de prise en charge, rapporte le magazine Finances News Hebdo.

Au cœur des solutions formulées par le Conseil, figure la création d’un dossier médical numérique unique et universel, dont la propriété exclusive reviendrait au patient. Cet outil transposerait la gestion de l’information médicale hors des seuls établissements publics pour intégrer le secteur privé dans un réseau partagé et sécurisé par une double identification. En mettant fin à la répétition inutile d’examens et en facilitant le suivi des parcours de soins, la centralisation des données permettrait d’optimiser la dépense des organismes payeurs tout en alimentant la recherche et la veille épidémiologique grâce au traitement d’informations anonymisées.

Sur le volet financier, le Conseil de la concurrence pointe du doigt le retard d’actualisation des tarifs de référence, dont un rattrapage immédiat et intégral déstabiliserait les organismes de couverture. Pour y remédier, l’institution préconise une approche progressive combinant l’ajustement des niveaux de remboursement et la mise en place d’un mécanisme de révision périodique. Ce dispositif prendrait en compte l’inflation, l’évolution des charges et les investissements technologiques, illustrés par les équipements de pointe en ophtalmologie, afin d’encourager la modernisation des plateaux techniques sans compromettre la pérennité financière du système, lit-on dans Finances News Hebdo.

Analysant l’orientation de la majorité des dépenses remboursées vers le secteur privé, le Conseil souligne les problèmes d’attractivité et de fonctionnement de l’hôpital public. Pour rétablir l’équilibre, l’instance propose de faire évoluer le mode de rémunération des praticiens hospitaliers en introduisant une part variable liée à l’activité médicale, en complément d’un fixe garanti. Le Conseil suggère également de renforcer la complémentarité entre les secteurs en permettant à des médecins du privé d’intervenir au sein des infrastructures hospitalières publiques pour y réaliser des actes spécialisés lorsque les compétences manquent sur place.

S’agissant du secteur pharmaceutique, le diagnostic met en avant les contraintes d’investissement qui pèsent sur les officines et limitent leur modernisation ou leur transmission. Comme solution, le Conseil de la concurrence défend l’ouverture du capital des pharmacies à des capitaux extérieurs, ainsi que la facilitation des regroupements d’officines. Selon l’institution, cette évolution financière permettrait de moderniser les structures et de diversifier les activités, tout en maintenant l’obligation stricte de confier la réalisation des actes pharmaceutiques à des professionnels diplômés.

Pour répondre aux inégalités d’accès aux soins dans les territoires éloignés, le Conseil recommande de miser sur le potentiel de la télémédecine. La solution proposée repose sur le déploiement de dispensaires locaux connectés et dotés de personnels formés, capables d’assurer le lien avec des médecins spécialistes à distance. À travers cette série de propositions, le Conseil de la concurrence entend orienter la régulation du secteur vers un cadre qui encourage les investissements et les coopérations, prévenant ainsi les situations de rente et garantissant la viabilité de la couverture médicale universelle.

Par La Rédaction
Le 01/11/2026 à 18h59