Fin de la MINURSO: les coulisses d’une séance tendue au Conseil de sécurité

Personnel de la MINURSO.. AFP or licensors

Revue de presseDe la demande formulée par l’Espagne en 1975 pour inscrire le dossier du Sahara à l’ordre du jour du Conseil de sécurité à la résolution 2797, le politologue Moussaoui Ajlaoui retrace l’évolution de ce dossier et décrypte les coulisses d’une séance mouvementée du Conseil de sécurité. Dans un entretien accordé à *Al Ahdath Al Maghribia*, dont est tirée cette revue de presse, il révèle la présentation, à la dernière minute, d’un projet russe dit « technique », l’intention de Moscou de recourir au veto et les tractations en coulisses autour de la création d’une commission technique. Le Maroc, qui a pris acte de cette évolution importante et exprimé sa satisfaction, refuse toute nouvelle version dont le contenu serait inférieur à celui du projet américain.

Le 01/11/2026 à 19h28

L’examen récurrent du dossier du Sahara au sein du Conseil de sécurité remonte à 1975, lorsque, au lendemain de l’annonce de la Marche verte, l’Espagne a demandé l’inscription de cette question à l’ordre du jour du Conseil, en vertu du chapitre VI de la Charte des Nations unies. «Depuis, le dossier du Sahara figure parmi les questions examinées simultanément par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, au motif que les événements dans la région portaient atteinte à la sécurité et à la stabilité», souligne le politologue Moussaoui Ajlaoui dans un entretien accordé à Al Ahdath Al Maghribia du lundi 2 novembre.

Selon les dispositions du chapitre VI, cette question pouvait être traitée dans le cadre de négociations. «C’est ce qui s’est produit durant la période allant d’octobre 1975 à octobre 2025, avec la décision du Conseil de sécurité d’instaurer un cessez-le-feu en septembre 1991 et de créer la MINURSO, dont sept mandats ont pris fin, notamment avec la résolution 1309 de l’année 2000», précise Ajlaoui.

Puis vient l’année 2025, lorsque la résolution 2797 a dessiné les contours d’une nouvelle étape au sein des Nations unies, fondée sur la notion de « transgression positive », sur la base de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Un an plus tard, en octobre 2026, toujours selon l’interviewé, le rapport du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a clairement délimité les contours de la solution politique la plus réaliste et la plus applicable. Il a été suivi, le 10 octobre 2026, par l’exposé de l’envoyé spécial de Mistura, appelant le Conseil de sécurité à clarifier certaines questions contenues dans la résolution 2797.

«C’est ce qu’ont fait les États-Unis en présentant un projet de résolution traduisant la nouvelle dynamique internationale autour de ce dossier», note Ajlaoui. Les onze membres du Conseil de sécurité, y compris les États-Unis, s’y sont référés pour expliquer leur vote favorable au projet américain amendé. Mais, quelques heures avant la tenue de la réunion du Conseil de sécurité, révèle le politologue, la Russie a présenté un second projet, dit «technique», appelant à prolonger d’un an le mandat de la MINURSO, ce qui a révélé l’intention de Moscou de recourir à son droit de veto contre les États-Unis.

S’agissant de la situation juridique de la MINURSO, Ajlaoui indique que son mandat a expiré dès la première minute du dimanche 1er novembre, conformément à la résolution 2797. Il souligne toutefois que des négociations se déroulent en coulisses, au sein du Conseil de sécurité, autour de la création d’une commission technique chargée de rapprocher les positions de la majorité et la proposition russe, afin de présenter une nouvelle version au Conseil et d’éviter un veto. Mais, insiste Ajlaoui, «le Maroc n’acceptera jamais une nouvelle version de la résolution du Conseil de sécurité dont le contenu serait inférieur à celui du projet américain».

«Le Maroc avait d’ailleurs pris acte, à travers le communiqué du Cabinet royal, de l’évolution importante intervenue le 30 octobre 2026 et exprimé sa satisfaction quant à la fin de la MINURSO, aux rapports du secrétaire général de l’ONU et aux exposés de l’envoyé spécial de Mistura», note Al Ahdath Al Maghribia.

La séance du Conseil de sécurité a été tendue, tant en raison du recours au droit de veto, une première, que de la virulence et de la nervosité du représentant russe, ainsi que des échanges d’accusations avec la majorité sur les véritables raisons ayant conduit à la fin de la MINURSO. Les réponses de tous les États ayant soutenu le projet américain ont été fermes. Certains ont même accusé la Russie d’instrumentaliser le dossier du Sahara dans les calculs internationaux, tandis que toutes les interventions ont salué l’initiative d’autonomie comme cadre permettant de parvenir à une solution équitable.

Par Hassan Benadad
Le 01/11/2026 à 19h28